N'Guessan Jean Christ Koffi

Le remède aux putschs, ce n’est pas l’organisation d’une élection, mais la culture de la probité

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) semble voir en l’organisation d’une élection présidentielle la solution aux putschs dans sa zone. Les autorités maliennes, en se refusant de se conformer à cette exigence dans un bref délais, subissent même les sanctions de l’organisation sous-régionale. Et pourtant, seule la probité peut préserver les États de la sous-région des coups d’États, en considérant simplement leurs causes.

Sièges devant des drapeaux
Le remède aux putschs ce n’est pas l’organisation d’une élection, mais la culture de la probité

Des élections frauduleuses avec la complicité des conseils constitutionnels corrompus

Le remède aux putschs, ce n’est pas l’organisation d’une élection, parce qu’il y a des élections frauduleuses. C’est le cas en Côte d’Ivoire, avec l’élection illégale du chef de l’État actuel à un troisième mandat alors que la Constitution limite les mandats à deux. Les propres partisans de ce dernier clamaient, réaffirmait et confirmaient même la limite des mandats à deux à une époque pour prouver la grande probité (sic) de leur mentor et montrer aux électeurs que cette modification n’était pas motivée par de bas desseins.

La fraude aux élections se réalise avec la complicité des conseils constitutionnels inféodés au pouvoir. L’institution judiciaire chargée d’approuver les candidatures à la présidence, viole non seulement les constitutions en validant des candidats sortants illégaux, mais elle choisit aussi les antagonistes selon la volonté du régime. C’est le cas encore en Côte d’Ivoire ; et dans une certaine mesure au Bénin (où juste avant les élections des affaires judiciaires ont subitement surgi contre les opposants les plus sérieux à M. Talon).

Les conseils constitutionnels s’illustrent tristement en validant aussi un procédé électorale litigieux, notamment le système de parrainage, en vogue ces dernières années dans la sous-région ouest-africaine. Il est contraire aux règles auxquelles les chefs d’États candidats à leur réélection ont accédé au pouvoir. Il filtre de plus les candidatures en offrant la possibilité aux régimes de les manipuler à leur guise, pour encore choisir leurs adversaires (les plus faibles évidemment). L’exemple du Sénégal, de la Côte d’Ivoire et du Bénin aux dernières élections dans ces pays est très édifiant à ce sujet. La justice sénégalaise a même jugé illégal ce critère de validation de candidatures et a incité le pouvoir à le retirer du code électoral.

Les conseils constitutionnels sont au cœur des fraudes lors des élections en Afrique de l’ouest. C’est d’ailleurs la manipulation des résultats des législatives au Mali en 2020 au profit du pouvoir qui ont favorisé le coup d’État du 18 aout contre le régime du défunt président Ibrahim Boubakar Kéita (IBK), après les manifestations de protestation de l’opposition.

Des dynasties à la tête des États

Le remède aux putschs, ce n’est pas l’organisation d’une élection, parce qu’il y a des élections qui sont instrumentalisées pour maintenir des dynasties à la tête des États, États dits pourtant démocratiques. Les exemples du Togo et du Gabon en sont les illustrations.  55 ans de pouvoir respectivement pour les Yassingbé au Togo et les Bongo au Gabon. 38 ans de pouvoir pour le père et 17 ans actuellement pour le fils dans le premier ; 42 ans de pourvoir pour le géniteur et 13 ans présentement pour son rejeton dans le second. Les violences électorales récurrentes dans ces pays sont un indice des forfaitures pour faire de ces États des monarchies en toute impunité.

Des élections dévalorisées au profit d’impostures

Le remède aux putschs, ce n’est pas l’organisation d’une élection parce qu’il y a des élections qui sont dévalorisées pour mettre à la tête des États des imposteurs. C’est le cas en République Démocratique du Congo. Le perdant de l’élection de 2019 selon les observateurs et les résultats de l’Église catholique dans ce pays est pourtant celui qui est à la tête de l’État. Il s’en suit donc, comme en ce moment, des intrigues à n’en point finir pour conserver un pouvoir dont l’obtention était désespérée. C’est la porte ouverte à l’autoritarisme, aux manigances, aux arrestations et aux emprisonnements toujours dans le même objectif. C’est au aussi la boîte de pandore au putsch, pour mettre fin à l’imposture. Une tromperie pour mettre fin à une autre, comme si ce cycle infernal semble étrangement planifier.

Des régimes farfelus à la tête des États

Le remède aux putschs, ce n’est pas l’organisation d’une élection parce qu’il y a des élections qui maintiennent à la tête des États des régimes farfelus. Le défunt pouvoir de Condé en est l’illustration. Il fait voter une nouvelle Constitution, pour basculer dans une prétendue nouvelle République (comme par ailleurs en Côte d’Ivoire). Il peut ainsi briguer un troisième mandat illégal qui, pour l’occasion devient le premier mandat de cette République fantoche. Comme pour marquer le caractère fantasque de ce régime, la constitution qu’il promulgue est différente de celle qu’il a faite voter. La chute par putsch d’un tel pouvoir, n’est pas surprenant, il n’a eu qu’à récolter ce qu’il avait malicieusement semé.  

Des élections cafouillées pour maintenir des relais de l’ancienne puissance coloniale à la tête des États

Le remède aux putschs, ce n’est pas l’organisation d’une élection parce qu’il y a des élections qui se passent dans un cafouillage total. Cela pour maintenir à la tête des États des relais de l’ancienne puissance coloniale, vraisemblablement les poulains de celle-ci.

Ce n’est pas un hasard que le chef de l’État français et son ministre des affaires étrangères ont été les avocats de M. Ouattara pour sa candidature à un troisième mandat illégal en 2020 en Côte d’Ivoire. Face au tollé, puis aux contestations, aux troubles, et aux morts d’hommes que cause cette candidature litigieuse, les dirigeants de l’ancienne métropole se font simplement passer pour des illettrés. Ils la justifient, sans se référer à la constitution que ce dernier a lui-même fait voter, par la mort de son dauphin au sein de son parti.  C’est certains qu’avec, un souverainiste et progressiste au pouvoir, par exemple Mamadou Koulibaly, le franc CFA, monnaie coloniale, contestée par les nouvelles générations parce que maintenant dans le sous-développement, arrimée à l’Euro, et dans laquelle l’ancienne puissance coloniale, la France, continue de jouer un rôle, n’aurait jamais été réincarné dans l’ECO.

La nouvelle monnaie sous régionale était à l’origine censée remplacée le franc CFA tant contesté. Cela en vue de garantir un développement économique plus serein dans la zone. Et pourtant elle a été parasitée par l’union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) qui a pour locomotive les autorités ivoiriennes issues d’élections illégales. L’ECO n’est donc devenue qu’un autre franc CFA.

À retenir

Finalement, l’élection présidentielle sur ces différents aspects n’est pas une panacée contre les putschs en Afrique, et dans la sous-région ouest-africaine en particulier. Elle en est même la cause, en maintenant à la tête de certains pays des autorités frauduleuses, illégitimes, fantaisistes, archaïques, mensongères, corrompues, incapables et sanguinaires.

Et pourtant l’expérience prouve que la culture de la probité est une solution simple contre les putschs. Comme le montre les exemples états-uniens, européens, et plus proche de nous le Ghana, le Nigeria, ainsi que le Bénin à une certaine époque.

La bonne moralité, qui implique aussi de la responsabilité ou la capacité de pouvoir démissionner quand on est incapable de résoudre un problèmes, l’ancien chef d’État burkinabé fraîchement renversé à cause de son incapacité à trouver des solutions à l’insécurité causée par le terrorisme dans son pays, l’apprend à ses dépens…. La bonne moralité donc ne fait pas que préserver des putschs, elle est par-dessus tout une garantie de développement.

Cependant, ne soyons pas dupe, ce n’est pas demain la veille la promotion de la droiture en Afrique de l’ouest, pas en tout cas avec les acteurs politiques nationaux et internationaux actuels ; en signant la fin de dirigeants farfelus à la tête de certains États de la sous-région, la probité ne fait évidemment pas l’affaire de ces chefs et leurs partenaires occidentaux louches.

D’où certainement l’empressement à organiser des élections sans résoudre au préalable le réel problème : le manque d’attachement au devoir de la justice et de la moralité.

La question de fond est donc de savoir si 60 ans après les indépendances, les institutions politiques actuelles en Afrique, qui sont des copiées-collées de celles de l’Occident, donc facilement manipulables par certaines mains obscures, sont adaptées aux réalités sociétales ainsi qu’aux cultures et modes de vie des Africains.

En sommes, vue l’échec des États, n’est-il pas temps que l’Afrique s’approprie ses institutions en fonction de ses réalités sociétales (sa diversité notamment) et de ses cultures, plutôt que d’en faire, d’une façon ou d’une autre, un relais sournois des anciennes puissances coloniales chez elle ?

Et ce n’est pas la Communauté Économique Des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) par exemple qui pourra porter ce projet de renaissance africaine dans la sous-région, puisqu’elle est d’abord fondée sur des intérêts économiques, elle est ensuite fracturée en son sein par la divergence des visions parce qu’infestée de dirigeants illégitimes, ou au moins hypocrites.


« Côte d’Ivoire, bonne année libération »

L’année 2022 démarre avec les vœux de nouvel an. Pour la Côte d’Ivoire, nous ne pouvons désirer que de la libération pour que 2022 soit au moins, moins pesante que 2021. Dans le même temps, nous espérons aussi de la délivrance de la part de la Côte d’Ivoire.

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Le principe du : « Bonne année » en Côte d’Ivoire

Le principe du : « Bonne année » se trouve dans l’expression : « Bonne année l’argent ». Elle était plus utilisée, à travers les rue par le passé, par les enfants à l’endroit des adultes. Ce vœu qui est en même temps une demande à son destinataire, rappelle lui-même le phénomène que l’Église catholique appelle : « La règle d’or », formulée selon le texte de Matthieu, chapitre 7, verset 12. : « Faites donc pour les autres tout ce que vous voulez qu’on fasse pour vous ».

En Côte d’Ivoire « la règle d’or » est vécue remarquablement. L’enfant souhaite : « Tonton ou tantie, bonne année l’argent. ». Plus clairement, il veut pour lui ou elle une année pleine d’argent. Le destinataire, l’adulte, confiant en la divine providence ou pour signifier symboliquement qu’il reçoit de bon cœur le vœu, retourne généreusement et concrètement la bénédiction à son jeune interlocuteur en lui donnant réellement des jetons. Par ailleurs si l’adulte n’a pas de quoi donner à l’enfant, il répond : « Bonne fête ». La vie ne s’arrête pas pour autant. 

En souhaitant à la Côte d’Ivoire : « Bonne année libération » je voudrais donc que le pays la retourne réellement à ses ressortissants en s’affranchissant d’abord elle-même de plusieurs facteurs d’asservissement et en les en libérant ensuite.

Côte d’Ivoire, bonne année libération du dieu argent.

Tu ne sembles ne croire qu’en l’argent. Tu as donc une obsession du chiffre d’affaire, même là où les fonds devraient plutôt être injectés pour inculquer le savoir et produire du savoir, c’est-à-dire à l’école, et dans l’enseignement en général. Tu fais les poches aux enfants et aux jeunes gens

Normalement c’est toi qui devrait te démener pour leur accorder des bourses d’étude. Tu devrais être diligente à mettre à leur disposition tes fonds en subventionnant réellement éducation, formation et enseignement pour que leur cursus scolaire, universitaire et de formation soient des succès. Ces réussites produiraient beaucoup de fruits pour leur pays, c’est-à-dire pour toi-même. Et pourtant, on a l’impression que tu es étrangère à tes dirigeants ou que tes intérêts ne sont pas ceux de tes gouvernants…

Il est donc aisé de comprendre que tu sois indifférente que les jeunes sortent de l’école et se font brouteurs ou arnaqueur sur internet. Tu n’es en outre pas moins dégoûtée qu’il deviennent dealer ou tenants de fumoirs. Ces deux catégorie d’individus, eux au moins, ont de quoi dépenser ; n’est-ce pas ? Ils peuvent donner l’impression que la vie économique du pays est très dynamique. C’est sans doute grâce à eux que le taux du chômage sur ton territoire est demeuré à 2 %, comme prétendent sans état d’âme tes autorités.

Brouteurs et dealers ont au moins encore de quoi payer avant d’être soignés dans les hôpitaux publics ou pour des services normalement pris en charge par l’État au profit de ses administrés. Mais ces jeunes gens ne sont en rien différents de leurs aînés. Ces derniers n’ont aucune conviction politique. Ils sont seulement convaincus par l’argent, ces dignes nouveau fils d’A fric qui sèchent leurs habits là où brille le soleil argent.

Finalement ils ne sont en rien différents de toi. Ou est-ce toi qui ne te distingue pas d’eux ? Dans tous les cas, l’argent est tellement idolâtré sur ton territoire que ta souveraineté est compromise. L’on n’éprouve aucune honte à confier ta défense contre le terrorisme à une armée étrangère. L’on n’est pas non plus gênée de confier la formation de tes jeunes à des missionnaires et autres coopérants. Et pourtant tes quartiers et tes rues, tes lycées et collèges, tes universités et grandes écoles grouillent d’une incroyable ressource humaine. Mais tes dirigeants et tes fréquentations actuelles traduisent ta félonie vis-à-vis de ton peuple.

Vraiment Côte d’Ivoire, bonne année libération du dieu argent. Tu n’es pas bête, encore moins aveugle ; tu combats donc le dieu argent par… le libéralisme à visage humain.

Et pourtant, Côte d’Ivoire, bonne année libération du libéralisme économique à visage humain

Le proverbe baoulé le dit : « Le singe vert déclare qu’il fait un joli visage pour son fils. » (« Pépé wan o sié i wa i nyunu yé »).  Le singe fera son possible, son petit aura un profil simiesque, comme lui son père. Tu devrais avoir conscience de tes limites plutôt que de faire le malin. Ce qui t’aiderais à mieux discerner les limites de ta politique de développement pour espérer y apporter le solutions adéquates. 

Et pourtant tu as le génie d’ajouter au libéralisme économique : « Un visage humain ». C’est justement parce que non seulement le libéralisme a essentiellement une figure bestiale, mais que le visage inhumain est la véritable nature de la déclinaison de ton libéralisme. Ce ne sont pas ces faits qui diront le contraire :  remblayage de la lagune avec le risque de détruire tout un écosystème et de mettre des vies en danger ; destructions de quartiers entiers sans relogements des individus ; expropriation sans vergogne de personnes. Tout cela pour la construction de logement high standing. Donc dépossession des populations de leur propre pays ; Création de compagnie de transport à partir de fonds occultes, pour ne pas dire de deniers publics détournés, pour concurrencer illégalement les professionnels privés du domaine ; Création de société à l’instant même ou bien le lendemain du lancement d’un appel d’offre, quand le chef suprême renonce en toute ‘‘honnêteté’’ au marché gré à gré. Dépouillement, travestissement, et abandon de la télévision du service public au profit de chaînes de télé privées qui ne sont elles-mêmes qu’une imitation servile des télévisions des anciennes puissances coloniales.

Flagrante cécité et surdité de tes autorités devant le brouillant et patent orpaillage clandestin dans des forêts classées ou sur des sites de production agricole, avec le risque de détruire écosystèmes dans ces zones ; sans compter leur laxisme face à la forte propagation de la consommation de drogues, de la prostitution, des meurtres, et des conflits intercommunautaires qui en découlent dans ces régions.

Vraiment Côte d’Ivoire, bonne année libération du libéralisme à visage humain. Tu n’es pas irresponsable, encore moins stupide ; tu combats donc les faiblesses de ton libéralisme par… la violation de la loi.

Côte d’Ivoire, bonne année libération de la violation de la loi

L’une des grandes manifestations de la violation de la loi sur ton territoire est la fraude. Celle-ci a pour conséquence logique le désordre. Mais si ta tête, notamment le chef de ton Etat, est lui-même le résultat de la violation de la loi ou le produit de la fraude pouvons-nous encore être surpris de l’anarchie qui te caractérise ? Celle-ci se manifeste par le trucage d’élections ; l’instrumentalisation sans vergogne de ta justice par tes gouvernants pour emprisonner et terroriser les opposants politiques ; la création d’institutions illégales, notamment les ministres-gouverneurs pour contenter ses amis et se garantir un certain électorat ; népotisme ; clanisme ; privatisation sournoise des services publics et leur accaparement par des individus ;  les détournements de deniers publics avec les félicitations de la hiérarchie ; violation du code de la route sur tes routes et autoroutes. Et la cerise sur le gâteau, c’est la révolte de certains de tes élèves pour obtenir des congés anticipés.

Vraiment Côte d’Ivoire, bonne année libération de la violation de la loi.

Mais si Malgré l’entrée des enfants, ton avenir, dans cette danse indigne, tu ne te libères pas de la violation de la loi, alors tu n’es plus un État. Tu es juste une maffia en attendant que des dirigeants plus dignes viennent à ta tête ou bien en espérant qu’entre-temps murisse une conscience nationale qui te débarrassera de la racaille actuelle.

Dans tous les cas, Côte d’Ivoire, bonne année libération.


La bibliothèque Maison Connectée des Savoirs (MCDS) Sita Diallo de Tengrela est officiellement ouverte

Le samedi 15 janvier 2022 dernier, devant les autorités politiques, administratives, coutumières, religieuses, éducatives, les donateurs, les parents, les enfants, les jeunes, les ouvriers, les techniciens, les architectes, la bibliothèque Maison Connectée des Savoirs (MCDS) Sita Diallo de Tengrela (Côte d’Ivoire) a été officiellement inaugurée et ouverte.

Invités et organisateurs. Crédit photo : Aly Coulibaly

Le projet, réalisé dans la ville de Tengrela, située dans le Nord de la Côte d’Ivoire, à 950 km d’Abidjan, est le jumeau du tiers-lieu éducatif de Grand-Lahou. Il a commencé en juin 2021 pour prendre fin en novembre 2021, il a été piloté à distance par le cabinet d’architecture « Hypothesis atelier », composé de jeunes architectes et humanitaires suisses et colombiens basés à Genève et Séoul.

L’équipement de la bibliothèque en livres a été réalisé par Madame Capiaux S. de Belgique et par à une longue chaîne de solidarité amicale et fraternelle présente sur les 5 Continents.

Invités en déambulation dans la Bibliothèque
Invités en déambulation dans la Bibliothèque. Crédit photo : Aly Coulibaly

Après les libations, les discours et les présentations, le Directeur Oka Ismaël de la Clinique Juridique de Korhogo a animé le premier atelier sur les violences basées sur le genre (VBG) devant autorités, invités, parents et jeunes.

Atelier sur les violences basées sur le genre, animé par M. Oka
Atelier sur les violences basées sur le genre, animé par M. Oka Crédit photo : Aly Coulibaly

La bibliothèque sera ouverte les mercredis après-midi et samedi matin, jours de repos scolaire. Sa direction est confiée à Mme Koné Aminata, Sociologue et M. Molo Kadjo, Éducateur. Un abonnement est requis pour y avoir accès, selon l’administration.

Dans le programme pour l’année 2022 de la bibliothèque de la MCDS Sita Diallo de Tengrela deux concours littéraires sont déjà lancés par la direction. Celle-ci prévoit également un concours de photographies, deux conférences et l’organisation d’un atelier informatique.

Le président du comité d’organisation et promoteur du projet, M. Coulibaly Aly Badra Ladji a pour finir remercié toutes les personnes, associations, organisations et institutions qui soutiennent le projet depuis 2017.

M. Aly Coulibaly au pupitre
M. Aly Coulibaly (au pupitre), promoteur . Crédit photo : MCDS Tengrela

Les remerciements vont particulièrement : aux Directeur Départemental Jeunesse et Santé de Tengrela ; au Chef de Canton ; aux #ScoutsCatholiques de Tengrela pour avoir soutenu particulièrement cette cérémonie ; à l’ONG jeunesse en action pour le développement ( #JADECI), à la maison connectée des savoirs (#MCDS) de Grand-Lahou ; Hypothesis Association (#HypothesisAssociation) ; à #lecture, à #CIV225 ; à la ville de Tengrela (#Tengrela) ; à Ambassadeur Nouvel Horizon (#AmbassadeurNH) ; à Lecteur Nouvel Horizon (#LecteurNH) ; #civictech ; #CCitoyennes ; TENGRELA GRANDIRA (TG) ; Propulseur du développement éco&social #ClanWalewako ; #Tapolet ; #Greder ; #Luis ; #Schumacher ; #CliniqueJuridique ; #Scratch ; #EFFROUBA ; #SitaDiallo ; #acea ; #Africtivistes.

L’on ne peut que souhaiter bon vent à la bibliothèque Maison Connectée des Savoirs (MCDS2) Sita Diallo de Tengrela.


Congé scolaire anticipé : les élèves ivoiriens ne l’ont pas volé

Le congé scolaire pour les fêtes de fin d’année est pour prévu pour ce 17 décembre en Côte d’Ivoire. Cependant, comme depuis plusieurs années maintenant, les élèves ivoiriens perturbent les cours pour que le congé leur soit attribué bien avant la date arrêtée par le ministère de l’Education nationale. A y voir de plus près, les collégiens et lycéens ivoiriens n’ont pas volé leur attitude séditieuse.

Classe d'élèves
Crédit : Wikimédia Commons

Genèse d’un phénomène ivoiro-ivoirien

Le congé scolaire anticipé est un phénomène qui a débuté à la fin des années 2000. Il a donc pris forme au bout d’une décennie d’événements qui ont bouleversé l’évolution de la Côte d’Ivoire.

Le premier est le coup d’État du 24 décembre 1999. Celui-ci serait le résultat de la mutinerie de soldats ivoiriens qui réclamaient leur solde après leur déploiement en Centrafrique pour le compte des Nations Unies. L’opposition voyant, sans doute, en ce putsch l’occasion de se débarrasser enfin du régime quadragénaire de l’époque et d’accéder au pouvoir, en a tout de suite pris acte, au mépris de toute éthique démocratique. Elle donna ainsi l’impression d’être le commanditaire du coup d’État réalisé par les : « Jeunes gens », comme le chef de la junte appelait les mutins.

La révolte ainsi que l’esprit du désordre et du raccourci politique pour accéder au pouvoir ont donc été en parfaite intelligence lors de ces faits désastreux. Le soulèvement des élèves et leur bravade envers les autorités pour bénéficier de plus longs congés font écho à l’insoumission aux règles de la part des soldats et des politiciens pour se débarrasser d’adversaires politiques ; cela dans le but de jouir du pouvoir aussi.

Le second événement est le coup d’État manqué du 19 septembre 2002 qui s’est par la suite transformé en rébellion armée, en partition du pays en deux et en guerre civile. A des discussions de haut niveau à Lomé en octobre 2002, État et rébellion armée enregistrent des progrès notables sur le retour des militaires exilés, leur réintégration dans l’armée, les questions de solde, le vote d’une loi d’amnistie et le maintien de l’intégrité territoriale de la Côte d’Ivoire. Mais les rebelles exigent la révision de l’article 35 de la constitution de 2000 relatif aux conditions d’éligibilité à la présidence de la République. Étrange pour des militaires d’avoir des revendications politiques. Ces derniers ont même confirmé leur relent politique, en se voyant offrir des postes de ministres, au mépris de toutes morales et de toutes compétences.

Rébellion armée, agenda politique sournois et mesquin sont en collusion pour arracher à l’État ce que la loi refuse aux individus qui les incarnent. Ces événements semblent avoir inspiré l’attitude belliqueuse des élèves ivoiriens voulant imposer leur volonté à l’autorité en obtenant vaille que vaille leurs congés avant la date indiquée.

Ironie du sort, opposants inconséquents et malhonnêtes adeptes du désordre et des raccourcis pour accéder au pouvoir lors du coup d’État de 1999 et soit disant rébellion armée de 2002, branche politique comme militaire, ont dirigé le pays ou sont à la tête des affaires en ce moment.

Comme quoi, avec les congés scolaires anticipés réclamés par « les jeunes gens », les dirigeants ivoiriens ne font que vivre leur Karma. Le proverbe Baoulé le dit : « Boli wou man boua » (Le cabri ne met pas un mouton au monde).  La sagesse populaire dit encore : « Le poisson pourrit par la tête ».

En d’autres termes les élèves ne font que reprendre, à leur manière, le comportement irresponsable que ceux qui les dirigent aujourd’hui avaient eu à l’époque ; si on suppose que cet esprit du désordre fait partie du passé. Ce qui n’est pas le cas, comme le confirme l’attitude des jeunes gens et plusieurs actes politiques immoraux dont le summum, est le fameux troisième mandat illégal du chef de l’État actuel.  

Il ne faut pas se leurrer, avec un environnement socio-politique si pourri, rien ne présage la fin des congés anticipés en Côte d’Ivoire. Et pourtant des solutions existent bien pour l’annihiler. 

Les solutions au congé anticipé

« Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. ».

La Côte d’Ivoire qui était en avance sur son temps dans les année 1970 devrait jeter un regard rétrospectif sur son passé lointain. Des solutions à l’esprit des congés anticipées existent bel et bien.

En réalité, le congé anticipé en lui-même n’est pas un réel problème. C’est l’esprit de désordre et de révolte qui l’anime qui est dangereux : il n’augure rien de bon.   

Il faut substituer à cette vison erronée de l’école l’esprit d’un système éducatif plus attractif. Ce dernier, à travers une vie scolaire plus dynamique animée par des personnes intègres, est une solution à ces congés qui font l’apologie de la rébellion et du désordre.

Il s’agit d’abord de profiter de l’effervescence de l’approche des fêtes pour réaliser des journées ludiques, culturelles et sportives dans les établissements scolaires sur l’ensemble du territoire national. Comme par le passé avec par exemple les tournois organisés par l’office ivoirien des sports scolaires et universitaires (OISSU). L’initiative canalise les énergies des jeunes gens et les met à profit. Elle favorise leur épanouissement à l’école. Elle leur permet en outre dans une plus large perspective, de se réaliser socialement. Elle met surtout les adolescents au service de leur pays car des talents sont découverts grâce ce projet comme à l’époque avec les tournois organisés par l’OISSU et les manifestations culturelles. L’ancien footballeur professionnel Bakayoko Ibrahima, et l’artiste chanteur François Kency, produits de ses manifestations sportives et culturelles, en sont les exemples.  

L’évolution des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) devrait même mettre la puce à l’oreille des décideurs de l’école en Côte d’Ivoire. Les NTIC sont en effet de l’époque des élèves d’aujourd’hui. Non seulement des innovations qui prennent en compte les NTIC doivent être opérées à l’école, (cela rendrait l’école plus captivante pour les jeunes). Mais de simples projets de recherche dans le domaine doivent être confiés aux élèves. Ils en ont les capacités intellectuelles, c’est de leur temps. L’approche des congés pourrait être un moment propice pour lancer ces projets, les présenter, et récompenser les apprentis chercheurs. Le tout sous la supervision des organismes publiques pour éviter une privatisation sournoise de la vie scolaire ou son accaparement par des individus.

La réinstauration des internats dans les établissements scolaires publics s’impose également. Abandonnés depuis des décennies à cause des restrictions budgétaires du fait des plans d’ajustement structurel (PAS), (plans qui n’ont fait que détruire les acquis des lendemains des indépendances), les internats étaient un réel avantage. Ils garantissaient le gîte, le couvert et la sécurité pour les élèves les plus démunis (provenant généralement des villages).

Ils étaient par ailleurs des lieux de formation intellectuelle, humaine, sociale et sociétale.  Leur réinstauration ainsi que l’attribution de plus de bourses d’études aux élèves, inciteront ces derniers à l’excellence. Elles les inciteront donc à s’adonner au travail pour intégrer les uns et obtenir les autres. Les internats et les bourses créeront donc de l’engouement et du respect pour l’école de la part des enfants. Ceux-ci seront préservés de la débrouille et de la vadrouille pour se prendre en charge. Ils n’auront donc plus aucune occasion de se révolter.

Les parents ne sont pas en reste : internats et bourses sont respectivement des moyens pour mieux encadrer leurs enfants et réduire leurs dépenses. Finalement c’est le pays qui gagne avec la réinstauration des internats, des bourses d’études et même des cantines à l’école. L’environnement scolaire étant plus responsable, il devient plus sain.

Il y a tellement de belles reformes pratiques à réaliser ou à réactualiser pour ressusciter l’école ivoirienne. Et ce ne sont pas les moyens financiers qui manquent. La bonne santé économique de la Côte d’Ivoire, le gouvernement pléthorique, les institutions inutiles (vice-présidence, Sénat, etc.) et les sommes colossales qui sont détournées par le directeurs d’organismes publiques, impunément malheureusement, en sont les preuves.

Et pourtant, lorsque l’on considère que les élèves ivoiriens tiennent l’esprit du congé anticipé de leurs dirigeants, l’école ne pourra redorer son blason qu’avec de nouveaux gouvernants, sinon avec un nouvel esprit. L’esprit de rébellion, de clientélismes, de promotion de la médiocrité, d’immoralité, de raccourci à l’enrichissement ou à l’accession au pouvoir ont suffisamment formé de microbes, d’imposteurs, de rebelles et de bandits à col blanc, pour que l’on ne prenne pas conscience que des changements s’imposent. Comparaison n’est certes pas raison, mais le Sénégal, remarquable pour le moment par ses stabilités politique et scolaire, est la confirmation des efforts moraux que la Côte d’Ivoire doit réaliser pour préserver l’éducation nationale.


Fiction : Le vieux nègre et le pouvoir

Le vieux chef d’État ne sait pas pourquoi, mais il se sent agité dans l’avion qui l’emmène sur le territoire de l’ancienne métropole. Il est à la fois excité et un peu stressé.

Il a fait des pieds et des mains pour obtenir ce rendez-vous avec son tout jeune homologue. Il y a même mis les coudes et les rares dents qui lui restent. De cette rencontre dépend son avenir politique. Totalement à nouveau maître de son destin, lui qu’on a commencé à enterrer vivant.

Mais il le sait, il verra son jeune homo(*) gnan(*) de lui : le bouder. Parce qu’en effet à quoi sert un boubou usé ? En clair que peut-on faire d’un servant qui n’a plus d’avenir, mais des souvenirs ? Il le prendra pour du riz gros grain. Malohoussou(*). Il verra son petit homo le moquer sournoisement en passant de bureau en bureau, en transitant de domaine d’activité en domaine d’activité, en changeant de sujet à trois cents soixante degrés. Comme un jeune chevreau qui s’élance de monticule en monticule sans se fatiguer. Et lui le suivra péniblement dans ses raisonnements. Comme un chien galeux, éreinté et écervelé qui a encore les séquelles de la bastonnade qu’il a subi les jours précédents de la part de tous les chiens errants de sa rue, et même des autres cabots des rues avoisinantes. Tellement il a perdu de sa superbe, même les chats y ont mis du leur. Il en est tombé ! Comme le fameux couple café-cacao en Afrique. Il n’a plus aucune valeur.

Pour un vieux chien galeux, il a tout de même le mérite d’être reçu dans le palais de son petit homo, dont le plancher ne sera jamais foulé par les sabots de ses jeunes rivaux, même par ceux de ses adversaires de sa génération. Lui est un bon toutou. Un bon chien. Il sait que ce sont ses défauts qui lui font avoir les faveurs de celui qu’il appelle volontiers : « Homo », ou encore : « Mon ami ». En secret et intérieurement c’est : « Le jeune chevreau ».

Oui sans ses défauts il n’aurait jamais eu un ami aussi précieux. Lâche, le jeune chevreau préfère se pavaner aux côtés d’un vieux chien. Il aime la compagnie d’un chef d’État fatigué. Cela lui permet de se mettre davantage en valeur : sa jeunesse, sa vitalité, sa beauté, son éclat, sa vigueur, sa fougue, son intelligence, etc. Glouton, avec toutes ses dents au complet, il préfère évidemment être à table avec un individu qui a perdu le quart de sa dentition, et dont le dentier tient péniblement dans sa gueule.

Aussi écervelé que ce chien puisse être, il connaît pourtant son jeune homo. Ce dernier a beau le moquer sournoisement, leurs femmes ont pourtant le même âge. Et sa Madame, caucasienne aussi, est sa grande réussite. Une performance inespérée. Et puis, il le sait, elle est infiniment plus belle que la sienne. Elles sont toutes les deux d’un certain âge, mais sa Madame à lui, le vieux, elle a encore du jus. Elles est pkata(*). Sa Madame est plus belle. C’est sa véritable consolation. En dehors de ce qu’il peut obtenir du chevreau : la reconnaissance de son pouvoir . Même s’il est obtenu par le mensonge, la fraude et la terreur, à coups d’individus machettés, de personnes étêtées, d’hommes et de femmes abattus, de jeunes partisans transformés pour l’occasion en miliciens, en criminel et en délateurs, en attendant la prochaine saison… Même obtenu ainsi, c’est tout de même un pouvoir. C’est d’ailleurs pour cela qu’il s’appelle pouvoir – l’activité des hommes et des femmes qui ont des couilles : les couillons –  sinon son nom aurait été autre chose.

Il pourra mettre sa Madame sur la table si son petit homo fait de la résistance, le jeune homme aime les gnanhi, c’est-à-dire les femmes plus âgées qui ont des relations avec des hommes plus jeunes. Et puis, le petit chevreau a beau le moquer à cause de son âge, il l’ignore certainement, mais il est autant ratatiné que lui. Il n’est donc qu’un vieillard qui s’ignore. Il n’y a pas pire pour se faire surprendre par un accident vasculaire du pouvoir (AVP). Enfin soit.

Il a des atouts pour convaincre son petit ami, il le sait. Il a des costumes taillés sur mesures des plus grands couturiers du pays de son jeune homo. Son parfum. Des plus grands parfumeurs. Même si l’odeur des nansidji, lokossué(*), et d’autres talismans prennent le dessus sur les douces fragrances. Dans tous les cas, il contribue à enrichir et à valoriser le patrimoine du pays de ce dernier. L’argent n’a pas d’odeur.

Il parle bien la langue de son petit homo. Avec tout cela, celui-ci ne devrait pas avoir de difficultés à le reconnaître comme président. Sinon c’est lui-même qui se renierait. Il le sait d’ailleurs, c’est son pouvoir. Lui n’est qu’un nègre, vieux qui plus est.

Et puis encore, il est capable d’enchaîner une phrase simple, deux phrases complexes et un quatrain d’alexandrins sans reprendre son souffle, avec en plus des idiomes et des expressions authentiques, des images et des proverbes de la culture même de son jeune homo. Une culture qu’il a de plus embrassée à pleine bouche, à poil de surcroit. Et à laquelle il roule des pelles à longueur de journée. Quelle passion ! Si son jeune homo savait qu’il avait plus de culture que lui, il le prendrait plus au sérieux.

Et que dire de son vocabulaire ? Très riche. Il connaît plus de mots de la langue de son jeune homo que sa propre langue maternelle. Il préserve d’ailleurs l’organe charnu, placé dans sa bouche, des acrobaties causées par la langue dans laquelle il a appris à parler. Cet enchainement de sons d’oiseaux, de sussions de lèvres, de raclages de gorges et de bruits de calebasses cassées.

Et son orthographe ? Impeccable. Il ne peut pas le prouver clairement puisque le langage est oral. Mais il a tout de même la possibilité d’accentuer les « e » muets pour montrer qu’il connaît la langue de son maître. Par exemple :

« Mon épous-e est ravi-e de fair-e c-e voyag-e avec moi.« 

Si avec tout cela le jeune président ne lui octroie pas son mandat complémentaire, qui est d’ailleurs avant tout le sien, il pourra encore jouer les maîtres kung-fu et exécuter un relevé chinois, un geste d’art martial, vers… justement la Chine.  En faisant cela il y a le risque non seulement de se péter les quelques vertèbres qui restent, mais le jeune chevreau pourrait aussi exhumer contre lui des affaires de biens mal acquis dans son pays, comme les trois autres-là. Et Dieu seul sait qu’il possède de ces propriétés sur le territoire de son petit ami. Les coffres forts où se garde précieusement les actes de propriété cachent souvent des cadavres. Fini les nombreux pied-à-terre au froid.

Mais, Dieu merci, il a ses deux armes fatales : Le francs CFA bis ou le faux ECO et le fameux métro de la capitale. La monnaie ne garantit pas une autonomie financière. Elle est incapable d’impulser le développement. C’est une belle prise pour son jeune homo, ou plutôt un merveilleux don de sa part à celui-ci. Elle lui garantit sa sympathie et l’assurance de conserver son pouvoir. Qui est après tout le pouvoir de ce dernier. Lui n’est qu’un nègre, comme le présente son petit ami, à son entourage. Et il assume ce statut, il lui doit ce qu’il est devenu.

Concernant le second, le métro, les gens mentent. Il n’est pas un fantasme puéril d’un vieux nègre nostalgique de la colonisation et qui veut vaille que vaille encore incruster son nom pour l’éternité sur ce territoire dont il est le gouverneur. Dans la grande lignée de ses maîtres ? Valérie Giscard D’Estaing, André Latrille, Angoulvan, François Mitterand, Charles de Gaulle, Galliéni, Charles Noguès.

Son nom sur les voies, les universités les stades, les vases de nuit, les papiers hygiéniques, c’est bien, mais le métro là ce sera son plus grand coup :

« LE MÉTRO VIEUX NÈGRE. »

Ça sonne bien. 

Ah oui, le fameux métro qui fait tant jaser. Il ne plombe même pas l’économie sur plusieurs générations avec la dette contractée pour le réaliser et les surfacturations qui vont avec. Il n’est même pas en déphasage avec les besoins d’un pays pauvre très endetté (PPTE). Son petit ami peut le témoigner, c’est lui qui lui a fait crédit. Il y gagne, c’est vrai, mais cette affaire lui fait simplement mettre du beurre dans les épinards de son jeune homo dont c’est aussi le pays qui est chargé de la réalisation.  Le beurre et l’argent du beurre, ne sont pas donnés actuellement. Seul ton amoureux peut faire ce sacrifice pour toi.

Avec cela son petit ami ne peut pas ne pas le reconnaitre comme chef de ce territoire. Il peut même recevoir une médaille de lui.

Il le connaît très bien, le jeune chevreau. Ce dernier jouera la comédie en le boudant, pour sauver la face, mais il finira par le valider. Il l’a déjà même validé, sinon il ne le recevrait pas. La rencontre c’est juste l’art du théâtre, comme à la comédie française. A lui à présent de manœuvrer pour maintenir à distance, ses éventuels héritiers. Ceux qui se réclament comme tels. Autant que les hypocrites qui semblent ne pas être intéressés par l’affaire. Mais lui les voit, ces dauphins aux dents de requins. De vrais caïmans tapis dans la boue que lui-même a créé, prêts à lui donner le coup de mâchoire fatal à la moindre distraction. Les ingrats.

Il le sait, le chevreau est très intelligent et d’une clairvoyance jupitérienne. Maître dans l’anticipation, il cherche de nouveaux boubous, des boubous de son âge, des néo nègres, pour garantir à long terme les intérêts de son pays. Raison pour laquelle, lui le vieux boubou, aussi malohoussou, qu’il est, est tout de même très prudent. Il ne va à son rendez-vous qu’avec son épouse. Faut éviter de faire la promotion de ses adversaires.

« Lorsqu’un enfant possède une flèche on ne la lui enlève pas de la main »,

comme le dit le proverbe Baoulé. Lui expert en contre-prévision préfère ne même pas avoir de rejetons.

« Attachez vos ceintures Mr et Mme les présidents, nous atterrissons dans cinq minutes », prévient le pilote du jet privé.

(*) Lexique :

Homo : diminutif d’ « homonyme » en français parlé en Côte d’ Ivoire.

Gnan :  expression nouchi(lien si possible) qui veut dire bouder, ignorer, être indifférent

NansidjiLokossué : Talismans liquide en langues dioula et baoulé

Malohoussou : Littéralement, riz fumé en langue dioula, un vaurien en nouchi.

Pkata : Très belle en nouchi


Côte d’Ivoire : l’association des jeunes de Niamkey-Konankro (Ajen) récompense les meilleurs écoliers de son village

Le 31 octobre dernier, à Niamkey-Konankro, village situé dans la sous-préfecture de Kokumbo, dans le département de Toumodi, dans le centre-sud de la Côte d’Ivoire, s’est tenue la quatrième édition de remise des prix aux meilleurs écoliers.

Jeune récipiendaire, sa mère, et le directeur d’école. Crédit Photo : Djê Benjamin.

A l’occasion de celle-ci, organisée par l’association de ses jeunes ressortissants résidant à Abidjan, ce sont 12 élèves des deux écoles primaires que compte le village, qui ont été récompensés. Les bénéficiaires ont reçu des kits composés de manuels scolaires, de stylos, de cahiers, ainsi que des tee-shirts et des enveloppes pour les parents.

L’Ajen a aussi pensé aux écoles, elle leur a offert des ensembles géométriques.

Le corps enseignant réceptionne ses dons. Crédit Photo : Djê Benjamin

C’est ému que les directeurs des deux écoles primaires et les représentants du Comité de Gestion des Établissements Scolaires (COGES) ont remercié l’Ajen pour ce matériel scolaire qui leur faisait défaut depuis longtemps. Ils n’ont par ailleurs pas tari de remerciements pour l’initiative de remise de prix. Selon eux, cela valorise non seulement leur travail et les efforts de leurs jeunes apprenants, mais c’est aussi pour eux une source de motivation au labeur.

Quelques enseignent et cadres présent à la cérémonie. Crédit photo : Djê Benjamin

Le porte-parole des notables du village s’est réjoui de la tenue de la cérémonie. Celle-ci aurait dû avoir lieu il y a un an, mais avait été reportée pour cause de Covid-19). Il a remercié l’Ajen pour les prix et les dons.

Une auguste assemblée. Crédit Photo : Djê Benjamin

Le président de l’Ajen, N’dri Kouamé Bosco, s’est pour finir réjoui de l’engouement des habitants de Niamkey-Konankro pour cette quatrième édition de remise des prix aux meilleurs écoliers des deux écoles primaires de la localité. Il a cependant plaidé auprès des populations et des quelques cadres présents pour la mise sur pied d’une mutuelle de développement du village. Cela pour plus d’actions avec tous ses fils et filles en vue d’un plus grand impact pour le bien-être de l’ensemble de la communauté.

N’Dri Kouamé Bosco, Président de l’association des jeunes de Niamkey-Konankro (Ajen). Crédit photo : Djê Benjamin


Côte d’Ivoire : Quand le marketing politique dans le transport et l’éducation nationale ne fait qu’accumuler les problèmes

Le gouvernement de la Côte d’Ivoire a, au cours de cette année, pris des mesures chocs dans le domaine du transport et de l’éducation nationale. Ce sont respectivement pour la sécurité sur les routes et pour l’amélioration du niveau des élèves. Cependant les changements ne résolvent aucun problème, ils s’apparentent plus à du marketing de gouvernance. Ils ont néanmoins le mérite de mettre la Côte d’Ivoire devant ses responsabilités.

Gbaka à Abidjan (Côte d’Ivoire) Wikimedia Commons

Les reformes au niveau du passage du permis de conduire

Désormais en Côte d’Ivoire, le permis de conduire pourra aussi se passer dans des langues locales. Ce sont : le baoulé, le bété et le malinké (dioula). Cette innovation est apparemment une conséquence des changements opérés depuis quelques mois déjà au niveau des examens du permis de conduire. Le passage de ce précieux sésame n’est plus supervisé par les inspecteurs civils, mais plutôt par des « éléments de la gendarmerie ». Cela, selon le ministère du transport, pour éviter la corruption dans son obtention, et garantir une bonne formation aux candidats afin de lutter contre les accidents de la route.  

La nouveauté de l’introduction de langues locales pour le passage du permis de conduire a plutôt le don de révéler que les accidents de la route en Côte d’Ivoire sont en général dus au fort taux d’analphabétisme chez les conducteurs, et au niveau des professionnels du transport en particulier.

Finalement, les réformes en pompe au passage du permis de conduire ne sont que du marketing de gouvernance car les innovations révèlent que ce qu’il faut faire en réalité, c’est améliorer le niveau d’éducation et d’instruction des professionnelles de la route. Pour des personnes qui ne savent ni lire, ni écrire, cet apprentissage en langue s’annonce juste comme du bricolage ; il n’existe pas de manuel d’initiation au code de la route en langues locales. Pour cela il aurait fallu qu’en amont, l’État de Côte d’Ivoire ait de la considération pour les langues vernaculaires en les insérant depuis belle lurette dans le système éducatif. Ce qui n’est pas le cas.

L’apprentissage de la conduite à travers les langues locales a juste des visées politiques. Elle garantit la conservation d’un électorat analphabète. C’est de bonne guerre. Cependant la formation fiable pour assurer une certaine sécurité routière est sacrifié sur l’autel de l’intérêt immédiat et particulier.

Le choix du baoulé, du bété et du dioula même est sujet à interrogation. Pourquoi ces 3 langues alors que le pays en compte 60 ? Ou bien, le choix s’est opéré sur celles-ci parce qu’elles sont en réalité la face visible des grands regroupements politiques de la Côte d’Ivoire que sont le PDCI (parti démocratique de Côte d’Ivoire), le RDR (rassemblement des républicains) et le FPI (front populaire ivoirien) courant Laurent Gbagbo ? Ces partis sont eux adossés à leur leader respectif, Messieurs Konan Bédié, Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo ? Si cette sélection était le résultat de ces motivations, ce serait alors faire le lit, de l’ethno-politique, du tribalisme et de la discrimination. Il aurait été plus convenable d’en discuter à l’assemblée nationale pour que toute la nation détermine et assume ses choix en la matière. Mais cette sélection unilatérale même est parlante du peu d’intérêt qui est accordée à l’assemblée nationale. Cela, du fait de sa nature, elle est un prolongement du régime.

Dans tous les cas, les limites de l’introduction des langues locales à l’apprentissage de la conduite, en plus de révéler des manœuvres pour masquer l’échec des reformes, ont le mérite de soulever le problème de l’adaptation du système éducatif en Côte d’Ivoire aux réalités d’un territoire africain moderne.

Les innovations au niveau de l’école

Élèves en Côte d’Ivoire. Wikimedia Commons

En réalité, il n’y a pas de reformes majeures dans le domaine de l’éducation nationale. Il s’agit juste d’un retour à d’anciennes mesures et d’une nouvelle. Ce sont à ce sujet le retour de la dictée au primaire et au secondaire premier cycle, la réinstauration des moyennes avec coefficients au collège, la suppression des frais annexes et l’évaluation annuelle des établissements privés.

  • Le retour de la dictée

Le retour de la dictée est louable. Pourtant cette mesure est juste l’arbre qui cache la forêt. Elle répond à un désir de rehausser le niveau des élèves en orthographe, selon la ministre de l’éducation nationale et de l’alphabétisation. Certes, mais elle dévoile les limites de la réforme, car il y a beaucoup mieux à faire.

Dans un environnement international actuel fortement connecté où une grande partie des tâches sont réalisées grâce à l’intelligence artificielle (transfert d’argent, paiement de factures, investissement, etc.) c’est en effet quand même surprenant qu’aucune innovation ne soit prise en rapport avec les nouvelles technologies de l’information et de la communication en rapport avec l’école.  

De plus l’on n’a évidemment jamais fait le rapport entre la baisse du niveau en orthographe et même en français, et la mort inexorable des langues locales. Des personnes s’émeuvent devant le déclin du savoir des élèves en orthographe.  C’est compréhensible. Pourtant elles sont sans ignorer que les anciens enseignants, que l’on regrette tant pour la qualité de leurs leçons sur l’art et la manière d’écrire correctement la langue française, avaient une parfaite connaissance de leurs langues maternelles, autant que leurs élèves de l’époque. Ce qui n’est plus forcément le cas pour les enseignants depuis un certain temps. Pour leurs élèves, on n’en parle pas.

Vouloir sauver l’orthographe est certes nécessaire, mais il est encore plus utile de préserver les langues vernaculaires en les introduisant dans un programme de l’éducation nationale. Cette dernière initiative garantit un fort encrage culturel des enfants, mais elle permet aussi une excellente projection et une très belle assise des populations dans la modernité en rapport avec leurs habitudes. Ainsi les projets comme ceux du ministère des transports, de permettre le passage du permis de conduire dans les langues locales ne seront plus tirés par les cheveux. La formation en langues pourra même aisément s’étendre à d’autres secteur d’activité.   

Le Rwanda en est un exemple palpable, la place importante qu’occupe le Kinyarwanda et le Swahili à côté des langues étrangères est pour beaucoup dans l’évolution de ce pays d’Afrique de l’Est.

  • Le retour des moyennes avec coefficients

Le retour des moyennes avec coefficients pose la question de savoir s’il y a des matières qui ont plus de valeurs que d’autres. Voilà bien un autre arbre qui cache la forêt. Plutôt que de tergiverser avec un système éducatif purement théorique. L’idéal serait simplement une spécialisation des élèves dès leur entrée au collège. Plus précisément, il s’agit d’un système éducatif moderne qui ne serait pas un prolongement de l’école coloniale et ne formerait pas que des commis de l’administration. Elle accorderait de la valeur à l’apprentissage en vue d’une insertion professionnelle aisée. Elle consisterait donc en un va-et-vient entre école et entreprise.

Ce système éducatif moderne permet une responsabilisation ainsi qu’une sécurisation du présent et l’avenir du pays à travers les élèves, une meilleure introduction dans le monde du travail, une activité économique plus grande et plurielle, plus d’opportunités, la baisse du chômage, plus d’actifs, une plus grande production de la richesse. Elle permet également, avec la grande dynamique économique qu’elle génère, une moindre pression fiscale sur les entreprises existantes. Le contraire, d’inspiration coloniale, tue plus l’univers entrepreneurial nationale qu’il n’offre d’opportunités. 

Ce système éducatif, bénéfique sur tous les plans, a fait ses preuves en Allemagne et dans les pays scandinaves.  Un embryon même est vécu inconsciemment en Côte d’Ivoire, avec une génération d’agriculteurs et d’artisans qui ont appris le métier depuis leur enfance auprès d’un parent ou d’un protecteur. Il ne reste plus qu’à développer cet esprit d’autonomisation réelle en l’adaptant à un système éducatif moderne et porteur. 

  • La suppression des frais annexes et l’instauration de l’évaluation annuelle des établissements d’enseignement privés

Avec la suppression des frais annexes ou « frais COGES« , le gouvernement est juste rattrapé par sa politique sournoise du chiffre d’affaire à l’école et dans l’enseignement en général. Il est étrange que l’on parle de frais annexes dans un pays où l’école est supposée gratuite jusqu’à 16 ans. À  moins qu’elle ne soit gratuite qu’après avoir payé (sic).

La politique inavouée du chiffre d’affaires dans l’éducation a la peau dure en Côte d’Ivoire. Elle prend une autre forme lorsque le gouvernement prévoit, à compter de cette année scolaire, de mettre en concurrence des établissements scolaires privés à travers la nouveauté de les évaluer chaque année. On est tenté de demander ce qu’était le rôle des inspecteurs de l’enseignement auparavant.

Les établissements privés les plus méritants bénéficieront de plus d’affectations d’élèves de la part de l’État. Ils gagneront donc plus de subventions.

Cette situation est juste de la commercialisation de l’éducation avec de plus les biens du contribuable. Ceux-ci auraient normalement dû servir à la sécurisation de l’éducation à travers la construction d’établissements scolaires publics. Ce qui permettrait à l’État, c’est-à-dire l’ensemble des contribuables, de toujours contrôler l’environnement de l’éducation, sans compter les nouveaux postes d’enseignants qui seraient ainsi créés. Et pourtant par la politique de commercialisation de l’éducation le gouvernement tue l’enseignement public et se rend dépendant de l’éducation privée.

On n’ose pas croire que les politiques et les décideurs de l’école ne sont pas eux-mêmes fondateurs ou propriétaires d’établissement scolaires privés. Sinon il y aurait non seulement un grave conflit d’intérêt, mais l’assassinat de l’école publique et la commercialisation de l’éducation en Côte d’Ivoire trouverait là son explication.

Jusqu’à preuve du contraire, l’école ne produit pas de l’argent. Elle forme plutôt les individus qui engendreront les richesses. Mais pour atteindre ce but, ces deniers doivent bénéficier d’une formation adaptée. Un système éducatif discriminant, archaïque et affairiste ne saurait garantir cela.

Il revient donc à la Côte d’Ivoire de courageusement reformer complètement son système éducatif plutôt que de prendre des mesurettes. Celles-ci sont handicapantes pour l’ensemble de la société, elles détournent des objectifs essentiels et ne font qu’ajouter des problèmes à ceux existants déjà.

Un autre coup d’éclat à l’Ivoirienne (I) : ici


Quand le matriarcat offre une alternative au régime présidentiel en Afrique

Le régime présidentiel en Afrique, marqué par l’accaparement du pouvoir, l’autoritarisme, l’autocratie, la dictature et quelques fois même par des actes de banditisme et à la tête des États, prend plus l’aspect d’un régime présidentialiste – un président tout-puissant. Il va sans dire qu’avec avec ses caractères dévalorisants, il ne profite à aucune population sur le continent noir. Le matriarcat offre pourtant à l’Afrique une alternative politique à ce régime qui lui est étranger sur tous les plans.

Groupe d’enfants africains. CC Pixabay.com

Ce que le matriarcat est

Le matriarcat, dont les traces demeurent dans certaines sociétés originelles africaines, notamment chez les groupes Akan et Sénoufo, en Côte d’Ivoire, est le « droit maternel » ou l’ordre « social maternel » et non pas le « pouvoir aux femmes ». Il est l’essence des sociétés africaines avant les influences occidentales et orientales. Le Nord et le monde arabe ont été des obstacles à la continuité du matriarcat et son adaptation à la modernité à travers les phénomènes patriarcaux que sont le christianisme, l’islam et la colonisation. Les États africains qui ont de plus répliqué les institutions des anciennes puissances coloniales, elles-mêmes patriarcales, ont donc logiquement adopté leurs motifs au détriment des caractères du matriarcat. Ces derniers recèlent pourtant d’atouts exploitables sur le plans politique en Afrique.

Le matriarcat, un système social riche et inclusif

Le matriarcat, selon sa définition, n’est pas fondé sur l’autorité d’un individu, à plus forte raison sur celle d’un être tout-puissant. C’est le contraire du patriarcat qui est un système social fondé sur le père de famille, sur l’homme. Il repose plus clairement sur un individu supposément infaillible. Quand l’on imagine les limites de l’individu dans le temps, comme dans ses rendements à tous les niveaux, l’on se rend bien compte de la faiblesse et de la pauvreté de ce système social vis-à-vis du matriarcat.

Le système matrilinéaire ne fait pas en effet de la femme et l’enfant des biens du père de famille, ils n’y sont pas une propriété de l’homme : le père y est le protecteur, le défenseur, le pourvoyeur aux besoins de sa famille, rien de plus ; l’enfant bénéficie d’une plus grande protection du clan maternel, c’est-à-dire ses oncles et tantes maternels. Seuls ces derniers ont autorité sur lui, puisque selon le système matrilinéaire il en est l’héritier et c’est par eux également qu’il peut accéder au pouvoir.

Il faut surtout retenir que dans le matriarcat, autour de la femme (symbole de la nation) et de l’enfant (représentation de la pérennité de la nation) gravite donc l’ensemble des acteurs de la famille africaine, qui elle-même y est la première cellule sociale. Père ou époux, oncle ou frère, et tante ou sœur ont tous des fonctions bien définies dans l’ordre social maternel.

Ce n’est pas le cas dans le système patriarcal qui érige le père de famille comme la seule autorité. La femme (symbole de la nation) et l’enfant (représentation de la pérennité de la nation) semblent ses propriétés. Quelle aberrance !

En somme le matriarcat est très différent du patriarcat par sa richesse et son caractère inclusif. Ces particularités font de lui un atout pour la rénovation des systèmes politiques justement inspirés du patriarcat et qui sont de plus étrangers et inadaptés au continent noir. Il s’agit notamment du régime présidentiel.

Le matriarcat, un avantage sur le plan politique

L’ordre « social maternel » ne transforme pas le père de famille, et l’homme en général, en oppresseur ou en chef illusoire d’un certain ordre social.  Très inclusif, il ne fait encore moins d’un individu le socle d’une société, comme cela est visible dans les régimes présidentiels en Afrique où tout un État repose sur la seule volonté d’un individu.

L’exemple de la côte d’Ivoire le confirme bien, aucun contre-pouvoir n’existe contre les déviations du chef de l’État actuelle. Tellement de dérives l’illustrent : le fameux 3ème mandat illégal ; l’emprisonnement d’opposants sans jugement ; les procès sur mesure et l’indifférence de la justice vis-à-vis de crimes subies par les opposants au régime ; les chantages politiques ; la nomination de Ministre-gouverneurs, qui n’est prévu dans aucun texte de loi et qui sème un désordre administratif pendant qu’il garantit des amitiés et un certain électorat au chef de l’État.

La dépendance de la destinée de toute une nation aux instructions ou au bon vouloir d’un individu, avec tout ce que cela implique comme incompétence, injustice, illégalité, imposture et sous-développement, telle est pour résumer le spectacle irréel qu’offre pourtant le régime présidentiel dans cet État, et en Afrique en général.

Le système matrilinéaire inspire au contraire un régime politique inclusif, à l’image des rôles singuliers que jouent les principaux acteurs de la grande famille africaine autour de la femme (symbole de la nation) et de l’enfant (représentation de la pérennité de la nation).

Le régime présidentiel, inspiré du patriarcat, voire de l’autoritarisme et de la convoitise, et de plus étranger à l’Afrique, se révèle en revanche dans son essence contraire à la vision de concorde sociale qu’avait déjà la société originelle africaine pour elle-même. D’où l’immobilisme, voire la rétrogradation de la vie politique. Mais l’espoir n’est pas perdu le matriarcat inspire un régime politique légitime, juste et porteur.

Le matriarcat, socle d’un système politique légitime, juste et porteur

  1. Un collège à la place de la fonction de président de la République

Le matriarcat est toute une organisation sociale autour de la femme et de l’enfant. En considérant la femme comme le symbole de la nation et l’enfant comme la représentation de la pérennité de cette nation, le système matrilinéaire inspire donc un régime politique qui fait de l’État l’affaire de tous. Par conséquent, Il ne  transforme pas celui-ci en une propriété de son supposé chef, comme lors de la colonisation où le territoire colonisé appartenait au colon au détriment des populations autochtones.

En se référant au matriarcat la fonction de président de la République est simplement appelée à disparaitre pour laisser la place à un collège à la tête du pays.

Cette révolution, qui n’en est au fond pas une pour des Africains, l’organisation politique de l’ancienne puissante confédération Ashanti en est le témoignage, est faite en référence à l’ordre social maternel,  selon lequel encore une fois la femme et l’enfant sont entourés.

Ce système politique qui met la nation au centre de ses préoccupations préserve même de facto des conflits liés à la gestion partiale du pouvoir les pays composés de plusieurs peuples, de diverses ethnies, de différentes régions ainsi que d’une pluralité culturelle.

Ce qui n’est pas le cas du régime présidentiel, et même du régime parlementaire, que l’on s’entête à appliquer en Afrique. Ces systèmes politiques n’y sont pas une garantie d’équité, il ne peuvent prendre en compte plusieurs peuples regroupés sur un même territoire. Ils sont en effet la perpétuation voilée des anciens blocs monarchiques occidentaux, qui ont de plus une longue histoire.

La réalité socio-politique de la Côte d’Ivoire, pays composée de plusieurs peuples, milite en faveur du collège  à la tête du pays. Les diversités culturelles et des populations ainsi que les disparités régionales appellent simplement à une autonomie ou à une responsabilisation des peuples.   

  • 2- Une réelle décentralisation, une vraie autonomie et un bien-être assuré

Le système matrilinéaire,  d’abord dévoile un père de famille qui honore ses engagements vis-à-vis de sa famille, sans aller au delà de ses obligations ;  la famille y est ensuite autonome tout en ne vivant pas en marge de la communauté et des règles de celle-ci. De même le système politique qu’inspire le droit maternel garantit une liberté d’administration.

En clair, le matriarcat, par sa capacité de responsabilisation, valorise la décentralisation et l’autonomie. Il engendre donc un système politique dans lequel les districts, les régions, les communes et autres collectivités territoriales sont autonomes, tout en bénéficiant, il va de soi, des biens de l’État, la richesse commune.

  • 3- Un système démocratique de désignation des membres du collège

Le regroupement des anciens élus des collectivités forme le collège évoqué plus haut et qui remplace un chef de l’État à la tête du pays. Il est tout simplement une réplique du groupe de sages des sept clans qui selon le système de désignation du roi dans la confédération ashanti, choisissent la reine-mère qui, à son tour, désigne le roi parmi ses descendants[1].  

Cependant, la royauté n’est pas seulement l’apanage de l’homme. La femme peut aussi y accéder  chez les Baoulés. Ce peuple de Côte d’Ivoire a une vision beaucoup plus inclusive du matriarcat. Celui-ci garantit à la femme des fonctions de dirigeant au même titre que l’homme. Les souverain du peuple baoulé peut donc être des deux sexes, neveu ou nièce, pourvu qu’il soit sur la lignée matrilinéaire.

Dans le système démocratique, qu’inspire le matriarcat, d’abord le roi est simplement représenté par un coordinateur du collège. Il peut être un homme ou une femme pourvu qu’il respecte les conditions d’éligibilité. Comme sa fonction l’indique le coordinateur, élu par ses pairs n’a aucun pouvoir exécutif, celui-ci est détenu par l’ensemble du collège (qui lui-même remplace le parlement classique). Le coordinateur a juste un rôle de synchronisation du travail de l’ensemble des ministres et des moyens mis en œuvre.

Les ministres même, vu que n’importe qui ne peut se prévaloir du titre de notable ou de sage selon les cultures africaines, sont recrutés par le collège après dépôts de dossiers de candidature et exposé sur le ou les projets qu’ils préconisent pour les départements qui suscitent leur intérêt. Les ministères même sont clairement prédéfinis pour éviter de verser dans la prédation, le népotisme, la démagogie et les gaspillages.

La reine-mère est ensuite symbolisée par l’ensemble des populations. Ce sont elles qui en amont désignent démocratiquement les élus de leurs régions et autres collectivités territoriales. Ces derniers par la suite les représenteront au collège après avoir fait leur preuve dans les fonctions qu’ils occupaient dans leurs régions respectives.

L’accès au collège est par voie de scrutin dans les collectivités territoriales et réservé aux anciens élus des collectivités ou des membres démissionnaires. Les bilans de ces derniers militeront ou non en leur faveur pour leur élection au collège. S’il leur tient à cœur de faire valoir leur compétence, ils pourront aussi éventuellement postuler au poste de ministre avec les personnes qui n’ont pas exercer de mandat, s’ils échouent à se faire élire au collège.

Le collège et le mode de sa constitution sont décentralisés. Ils épargnent par conséquent l’accaparement de la chose publique par un individu, un peuple, une ethnie, une région, un clan ou encore par une classe sociale, comme il se passe sous les régimes présidentiels dans des supposées Républiques en Afrique. À l’image des colonies, celles-ci sont en réalité les biens de leurs chefs.

Le collège et son mode de constitution préservent également encore une fois le pays des impostures, de l’incompétence, de la gabegie, des machinations et de la corruption. Ils garantissent par dessus tout de l’intérêt pour les collectivités territoriales. Les capitales ne sont plus ainsi les principaux objectifs des individus qui désirent s’engager en politique.

À retenir

Le système politique qu’inspire le matriarcat est clairement inclusif par le bas ou depuis les populations, il est juste dans sa mise en œuvre, il n’oublie aucune région, aucun peuple, aucune ethnie et aucun individu. Il prends donc en compte toute la nation, autant que le matriarcat met la femme (symbole de la nation) et l’enfant (représentation de la pérennité de la nation) au centre de ses préoccupations.

Les pays africains, qui sont des regroupements de plusieurs ethnies et de différents peuples, sont très composites. Il n’y a donc que par le système politique inspiré du droit maternel que l’ensemble des populations d’un État africain accédera au bien-être et au bonheur auxquels il aspire et auxquels il a naturellement droit. N’est-ce pas d’ailleurs à cette fin que la déclaration universelle des droits de l’homme et des peuples proclame le droit de tout peuple de disposer de lui-même ?

Le système politique inspirée du matriarcat fait de cette idée une réalité. Il ne manque plus qu’aux premiers concernés en amont comme en aval, c’est à dire les populations africaines, de faire preuve de bon sens et de courage pour mettre en œuvre ces réformes qui sont une garantie de justice, de paix et de développement général.


[1][1] Jean-Noël Loucou, Françoise Ligier, La Reine Pokou, fondatrice du royaume baoulé, ABC, Paris ; NEA, Dakar, Abidjan, 1977, p. 21.


Côte d’Ivoire : les noms baoulés, toute une science en péril

Les Baoulés sont un peuple du groupe ethnique Akan, en Côte d’Ivoire. Ils sont remarquables par un riche et beau patrimoine culturel au centre duquel se trouve leurs noms et prénoms. Ces derniers sont particuliers par leur mode d’attribution. Ils sont aussi prestigieux par la science qui fonde cet état civil. Celui-ci est malheureusement en danger. Ce qui n’est pas sans conséquences.

Petits garçons baoulés. CC by Carsten ten Brink, Flickr.com

À retenir

En faisant correspondre certains de ses noms aux jours de la semaine, le Baoulé les rend présents et éternels. Les noms correspondant aux circonstances de la naissance, les noms religieux, les noms en référence aux éléments naturels, les noms de caresse et les noms modernes ou forgés rendent encore plus ces appellations factuelles, simples, affectueuses et ingénieuses. Elles sont de dignes éléments d’identification des individus qui le portent.

Les noms selon l’ordre de naissance dans la fratrie ont la priorité sur les autres conditions de nomination, en dehors des jumeaux. Cette singularité dévoile que ces enfants ont un statut particulier. On leur reconnaitrait même de ce fait certains pouvoirs mystiques. Cet état n’exclut pas les autres rejetons, l’individu ne se distinguant que par ses actes et non à travers son nom (nous y reviendrons).

La similitude des noms, quel que soit le sexe, des enfants nommés selon leur ordre de naissance dans la fratrie en rajoute à leur spiritualité. Le fait de baptiser fille et garçon selon l’ordre de naissance des mêmes noms traduit l’absence de discriminations, sinon il révèle la parité de la parole, chez le Baoulé. La figure incontournable de la reine-mère en pays baoulé (« choisie parmi les sœurs du roi par le conseil des notables, c’est elle qui désigne le nouveau roi entre ses descendants, partage la puissance avec le roi»), et des femmes en général, à travers le système matrilinéaire, le confirme bien. Le puissant ancrage social des noms baoulés dévoile leur particularité, un immense savoir.

L’état civil baoulé, toute une science

La particularité des noms baoulé vient par-dessus tout du fait que les prénoms (selon la dénomination en français) des hommes sont également des patronymes.

En clair, le prénom d’Untel sera le patronyme de sa descendance. Le nom, signalons-le, se place avant le prénom, comme sur tout document officiel sérieux. Cette particularité répond surtout de la logique que ce sont les parents qui ont donné la vie aux enfants. Sur ce point, ceux-ci ne sont jamais cités avant leurs géniteurs ; ils ne seront non plus jamais supérieurs à ces derniers. Par exemple : les enfants de KOFFI N’guessan s’appelleront N’GUESSAN + prénom.

C’est une ingénieuse stratégie d’état civil. Elle conserve en effet les histoires des familles sans les confondre, encore moins sans les renier. Elle préserve les noms. Elle parle de l’individu et de ses parents, c’est un puissant moyen d’identification. Le nom KOFFI N’guessan révèle par exemple que l’individu qui le porte est un 3ème garçon d’affilé dans une fratrie ou une 3ème fille successive. Il dévoile aussi que son père, qui a pour prénom Koffi, est né un samedi. En remontant ainsi dans la lignée, des informations précises sur les ascendants apparaissent.

La stratégie d’état civil chez le Baoulé favorise la projection dans le futur. Elle n’ignore pas non plus les sources car le retour régulier des noms chez les Baoulés appelle à plus de précisions pour la localisation de l’individu dans sa généalogie. Ses particularités le distingueront.

Ainsi, pour savoir par exemple duquel des N’guessan il s’agit, le baoulé répond : « Koffi N’san », c’est-à-dire à dire, le 3ème garçon (si c’est un mâle) de Koffi, son père, et non le 3ème garçon de l’aïeul Koffi. Ou encore il s’agit de N’guessan qui a pour père Koffi (et non qui a pour aïeul Koffi), qui lui-même a par exemple pour père Kouamé. Donc il s’agit de Koffi N’guessan qui est le fils de Kouamé Koffi qui, lui-même, a pour père Djê Kouamé.

Il arrive que l’enfant soit l’homonyme de son père, si la condition de leur naissance est identique. Dans ce cas son patronyme et son prénom sont identiques. Par exemple : KOFFI Koffi. La version simplifiée est KOFFI Kan, soit littéralement petit KOFFI, ou plus couramment KOFFI Junior. Ses enfants s’appelleront alors : KOFFI (prénom du père) + prénoms, selon la formule d’appellation chez les Baoulés.

Régénération des communautés

La technique d’état civil établie avec habilité chez le Baoulé ne fait non plus aucune discrimination entre les ascendants et les descendants. Elle met simplement chacun à sa place tout en dévoilant un sentiment de fierté des enfants pour leur père, leur protecteur. Loin d’attribuer uniquement un nom, l’état civil des Baoulés est fait dans l’intention de renouvellement des générations et de régénération de la communauté. Elle est surtout réalisée dans l’esprit de transmission de valeurs. Ce n’est pas le nom qui fait parler des individus, mais leurs actes. Dans l’environnement social réservé des Baoulés, l’on se distingue par ses vertus communiquées à travers ses noms et non par des noms vides de valeurs. En clair, c’est par tes valeurs et tes actes que l’on saura que tu es de ce prestigieux ancêtre, et non à travers ton nom. Le Baoulé le dit très bien à travers un proverbe :

« Boli wou man boua. » « Le cabri ne met pas au monde un mouton ».

De ce fait, l’état civil baoulé met l’enfant mâle en face de ses responsabilités puisque ce dernier est appelé à fonder une famille afin de transmettre son nom et ses valeurs à sa descendance. L’état civil chez les Baoulés est donc un puissant facteur d’intégration tant psychologique que sociale au sein du peuple baoulé. Il confère toute sa dignité à l’homme. Il est aussi une parade à l’imposture, il n’y a pas de célèbres patronymes chez les Baoulés, mais des hommes légendaires ; des Christophe Rocancourt (fameux escrocs français qui a usurpé de célèbres patronymes pour arriver à ses fins) n’aurait jamais existé en pays baoulé.

Pour revenir aux valeurs que livre l’homme, il s’agit de celles qu’il a reçu de son ascendant, symboliquement par son patronyme, et celles qu’il communiquera à ses enfants, symboliquement aussi par son nom (son prénom) qui devient leur patronyme. L’enfant, au travers de son nom, est donc une part de son père et une part de lui-même. Il est pourtant, selon la spiritualité des Baoulés, par-dessus tout la totalité de sa mère.

Le rôle de la femme dans la nomination chez les Baoulés

La femme, contrairement à l’homme, ne transmet pas son nom chez les Baoulés. Ce n’est pourtant pas un drame parce que la gente féminine fait justement plus que cela. Elle est le fondement de l’état civil chez le peuple baoulé. C’est la femme qui en réalité détermine le patronyme des différentes familles de ses enfants de sexe masculin, et par conséquent chez le peuple baoulé.

D’abord l’enfant est en effet fondamentalement nommé selon le jour de la naissance, l’ordre de naissance dans la fratrie, les circonstances, etc. Ensuite, les prénoms des hommes sont des patronymes chez le Baoulé. Enfin le fait que c’est la femme qui naturellement met au monde, c’est donc de ses dispositions que dépend l’appellation des enfants.

C’est sur la femme que repose par conséquent le baptême des enfants et les noms chez les Baoulés. C’est le cas des peuples du grand groupe Akan. Il en est de même chez les Gouro et les Tagbanans. Ils ont le matriarcat en commun avec les Baoulés. La science de l’appellation chez les Baoulés est pourtant menacée.

Péril sur les noms baoulés

Les complexes et la quête d’une modernité sans vergogne tendent à tuer les noms originels des Baoulés et leur état civil premier.

C’est le cas d’abord des noms baoulés modernes forgés. Puisque ceux-ci répondent de la quête d’originalité ou sont l’expression d’un témoignage, leur utilité serait réelle et sublime s’ils s’ajoutaient aux deux noms originels ou occupaient la place des prénoms occidentaux et chrétiens ou encore s’ils s’ajoutaient à ces derniers. Le fait que ce ne sont pas de vaines paroles, mais des formulations, en rajoute à leur fonction et la transcendance de l’état civil.

Par exemple : Koffi N’guessan Elahossou. Cet état civil à lui seul veut dire : « Toi, le 3ème garçon de Koffi, tu as toute notre confiance (ou nous comptons sur toi)? ».

L’inversion de l’état civil (prénom + nom), notamment sur la nouvelle carte nationale d’identité ivoirienne (CNI) ainsi que pour les individus qui ont atteint un certain statut social, et les orthographes fantaisistes des noms sont aussi parlants sur les complexes qui dévalorisent les noms baoulés et les appellations des Ivoiriens en général. Elles dénaturent même les individus qui se sentent plus dans la peau d’un Occidental que d’un Africain.

Un système d’état civil matriarcal

La règle qui voudrait que le patronyme soit sur le système patriarcal est encore plus dévastatrice pour la science de l’état civil des Baoulés. Une certaine uniformisation des noms définirait le même patronyme pour toutes les générations suivantes. Plus précisément, le prénom chez le baoulé, prénom qui a valeur de patronyme, n’est plus un patronyme. Il devient un vulgaire prénom. La culture, l’âme d’un peuple, est ainsi aspirée, effacé par une modernité qui en réalité révèle ainsi toute son ignorance et sa nuisance.  

L’appellation chez les Baoulés, foncièrement matriarcal, ou fondé sur le « droit maternel » ou l’ordre « social maternel », résolvait pourtant à l’origine des questions auxquelles font face les peuples aujourd’hui : les complexes, l’exclusion de la femme, sa chosification, la perte de la mémoire historique, l’inculturation, l’acculturation, la déconsidération de la personne humaine, etc.

En somme, le système d’état civil chez les Baoulés, fondamentalement féministe, est toute une science. Il maintient les sources, favorise les affluences et la régénération, tout en valorisant la personne humaine et la culture. Il est naturellement avantageux. Il conviendrait donc de le conserver, voire de l’étendre à l’ensemble de la société ivoirienne, pour le rayonnement de celle-ci.

Les noms selon le jour de naissance (Homme / Femme)

  • – Lundi: (Kouassi / Akissi).– Mardi: (Kouadio / Adjoua).
  • – Mercredi: (Konan / Amenan).
  • – Jeudi: (Kouakou / Ahou).
  • – Vendredi: (Yao / Aya).
  • – Samedi: (Koffi / Affoué).
  • – Dimanche: (Kouamé / Amoin).

Les noms selon la position dans la fratrie quel que soit le sexe

  • – Le 3ème  enfant d’une succession d’enfants de même sexe : N’guessan (N’san).
  • – Le 4ème enfant d’une succession d’enfants de même sexe : N’dri.
  • – Le 9ème enfant d’une mère : N’goran (N’glwan).
  • – Le 10ème  enfant d’une mère : Brou (Blou).
  • – Le 11ème  enfant d’une mère : Loukou.
  • – Le 12ème enfant d’une mère : Toungbin/Abonouan.

Les noms selon les circonstances de naissance quel que soit le sexe

  • – Enfant né dans un dépotoir : Ounfoin. Ouffouet (Houphouët)
  • – Enfant né pendant que la mère était hors de la maison : Atoumgbré 
  • –  Enfant né la tête tournée vers le sol : Ahoutou
  • – Enfants jumeaux : N’da
  • –  Enfant né à la suite des jumeaux : Amani 
  • –  Enfant inspirant la quiétude / né dans la paix : Allaly
  • – Désespoir. Pour conjurer le mauvais sort : N’gonia
  • –  Enfant prématuré : Atiman
  • – Rouquin : Djaha
  • – Albinos : Gbamlé, Fri
  • – Kindoh

Les noms en référence aux éléments naturels quel que soit le sexe

  • – Akpoué : roche.
  • – Allah : iroko (chloroflora excelsa)
  • – Assiè : terre
  • – Béra : touraco
  • – Bla : fontaine
  • – Django : figuier
  • – Djué : poisson
  • – Faitai : lac
  • – Frondo : baobab
  • – N’go : huile de palme (personnes de teint clair)
  • – N’zué : l’eau- Kondro : loloti (arbre médicinale à écorce épaisse)
  • – Kongo : vallée- Lomé : espèce de palmiste spécialement rouge
  • – M’mé : palmier
  • – Oura : ordure, nom donné pour conjurer la mort de l’enfant.
  • – Oka : montagne- Yobouet : caillou, pierre.
  • – Zougou : chenille, nom attribué aux personnes particulièrement velues.
  • Etc.

Les noms religieux et autre quel que soit le sexe

  • – Allangba : fétiche protecteur
  • – Allou : fétiche guerrier
  • – Assoh : fétiche de Bocanda à Konan-Elekro (région et village de Côte d’Ivoire)
  • – Bohoussou : Génie des forêts.
  • – Déla : fétiche
  • – Diby : fétiche d’origine kweni
  • – Djê : masque d’origine gouro (peuple de Côte d’Ivoire)
  • – Djézou : fétiche- Doh : masque d’origine gouro
  • – Gbangbo : fétiche reconnu seulement chez les Baoulé de Tié’ndékro
  • – Goly : masque d’origine Wan (peuple de Côte d’Ivoire)
  • -Gnanmien : souffle de vie / Dieu
  • – Kangah : esclave ; de nos jours ce nom est attribué à un enfant dont les précédents sont décédés.
  • – Kra : fétiche
  • – Kramo : marabout
  • – M’bra : Danse fétichiste
  • – N’gatta
  • – Saraka : Sacrifice
  • – Souaga
  • – Tanou : fétiche
  • – Zouzou : nom d’origine Wan  adopté par les Godé de Béoumi
  • Etc.

Les noms de caresses

  • – Abo :  Konan.
  • – Adammo :  Yao.
  • – Atomoli : Joli femme, d’une extrême beauté
  • – Atôwla : Kouassi.
  • – Akpôlè :  Koffi.
  • – Atchoueh, Atchouehlou ou Adroh : N’guessan.
  • – Atouman : Kouadio
  • – Gouhé : Amoin –
  • Késsi : Aya
  • – Bly :  Kouamé.
  • – Gadeau ou Zagbla : N’dri-Gbakla : Ahou
  • – Kôlou :  Kouakou.
  • – Nandoua : Adjoua
  • – Sialou ou Mossia : Amenan.
  • – Ziahimo : Affoué

Les noms modernes ou forgés quel que soit le sexe

Ils sont plus formulés selon le vécu, un témoignage, les circonstances, etc.

  • – Akloundjouè : apaisement
  • – Ananganman : divine providence
  • – Aoundjouè : paix
  • – Asséna : action de grâce, remerciement
  • – Batiyé :  nous sommes unis
  • – Demoyer : bénédiction, bonne fortune
  • – Elahossou : Tu as notre confiance
  • – Kanvou-Jésus : Loue Jésus
  • – Miensah : la main de Dieu
  • – Moyer : bénédiction, bonne fortune
  • – N’zraman : étoile
  • – Soulafilè : foi
  • – Souralè : bénédiction
  • – Viah Soubo : le soleil brille
  • – Famien : roi  
  • Etc.


Les Sénoufos de Côte d’Ivoire et leurs noms originels

Les Sénoufos rassemblent en Côte d’Ivoire un ensemble de peuples (Tagbana, Djimini, Niarafolo, Gbins…) qui vivent dans le nord du pays. Comme partout, les noms dans ces peuples sont liés à l’histoire de leurs populations. Le contact avec l’islam sera déterminant dans la nomination chez le Sénoufo, il s’attribuera de nouveaux patronymes. Certains de ses noms originels ont tout de même résisté à cette influence. Comme nous l’avons fait pour des peuples de Côte d’Ivoire, les Baoulés, les Adjoukrous et les Malinkés, explorons l’univers des noms chez les Sénoufos.  

Commons wikimedia.com

Quelques Patronymes sénoufos et leur sens ancestral

Silué vient de « Pe man pè soûl n’laha » : Ceux qui se sont débarrassés d’une partie de leur communauté. Chez le Tagbanan, Silué est Hilli. Chez le Djimini, Silué se dit Illi. Ils ont pris les noms suivants : Koné et Fofana. Ils ont pour animal fétiche le singe noir.

Soro vient de « Nanzorobélé » : les courageux, les téméraires, les intrépides. Chez le Tagbana, son homonyme est « Horo« . Chez le Djiminin, c’est « Sorhoro ». Ils sont devenus des Coulibaly. Ils ont pour animal fétiche la panthère.

Yéo vient de « Bélé pé pè Yiêh » : ceux qui se sont divisés. Chez le Tagbana, comme chez le Djimini, on dit « Yiêh« . Ils sont devenus des Ouattara. Ils ont pour animal fétiche l’antilope rouge à raies et taches blanches.

Sékongo vient de « Beli pe sehye congue » : ceux qui préparent les portions de terre destinées à la culture. Il se dit « Ikongo » chez le Tagbana et « Ikonsego » chez le Djimini. Ils sont devenus des Camara, Traoré, Sanogo. Ils ont pour animal fétiche l’écureuil de terre.

Tuo vient de « Béli pe toubélé tchaa » : ceux qui s’adonnent à la chasse aux souris ou aux rats. Il se dit « Toulo » ou « Toulou » chez les Tagbanas, les Djiminis, les Niarafolos. Ils sont devenus des Diarrassouba, Touré, Dagnogo. Ils ont pour animal fétiche le phacochère.

Des totems pour noms

Les populations de la région de la Bagoué (Tengréla…) ont les noms de leurs totems animaux comme patronymes : Ziao est « biche, zèbre ». Kéwô est le singe noir. Sedjion est la panthère. Goanougo, tortue. 

La lettre « a » comme signe particulier du nom

Cette singularité concerne uniquement les Guins ou Gbins dans l’univers Sénoufo. Leurs patronymes se terminent en effet par la lettre « a ». Ils ont également pris des noms malinkés :  

  • Solama ou Soulama : Traoré
  • Soma : Koné  
  • Sirima : Coulibaly 
  • Hema : Ouattara
  • Fayama : Touré
  • Karama : Sanogo

Notez bien

Les noms Ouattara, Coulibaly, Touré, Traoré, Koné, Fofana, Diarrassouba, etc. sont des noms malinkés, communément appelés Dioulas. Ils ont été empruntés par les Sénoufos à la faveur de l’islam. Le Sénoufo prenait en effet le nom de la personne qui l’a convaincu à se convertir ou qui l’a converti à l’islam. Les correspondances des patronymes sénoufos avec les noms malinkés ne sont toutefois pas figées. « Yéo » peut par exemple s’appeler Coulibaly, Camara, Touré, etc. en fonction de la personne qui l’a converti à l’islam.

Les patronymes sénoufos n’ont pas la même signification qu’en langue Bambara, Malinké ou Dioula.