Signification des noms malinké

Le peuple Malinké/Manding/Mandé est un peuple d’Afrique de l’Ouest présent en Guinée, au Mali, en Gambie, en Guinée-Bissau, au Burkina, au Sénégal et en Côte d’Ivoire.

En Côte d’Ivoire, ce peuple est situé au Nord (Nord-ouest & Est) et il agrège six (6) grands groupes dont l’identité repose sur un socle linguistique et historico-politique. Chez eux, chaque nom a une signification particulière. Allons donc à la découverte de l’histoire des noms malinké, comme nous l’avons auparavant fait pour les peuples Baoulé et Adjoukrou. Vous en trouverez le post facebook original, que nous avons repris avec l’autorisation de la fondation BJKD : ici.

Femme malinké se mettant du hiéné, Crédit photo : Fondation BJKD
  • Les Koulibaly (Coulibaly)

Bien des années se sont succédé, la lignée royale est dans les mains des puissants guerriers du royaume. C’est le tour d’un roi pas comme les autres. Il est futé, téméraire et intrépide. Bien que courageux, il n’en fait qu’à sa tête et ne prend donc conseil chez personne, et cela, même sur les sujets les plus sensibles du royaume. La population, fatiguée et remontée à cause de son obstination et la célébration frénétique de ses libres-pensées l’appelle donc « le roi buté et entêté  à qui rien ni personne ne peut faire changer d’avis ». Cela se dit en Malinké “ Bê bali mansa ou Kourou bāli mansa« .

L’effet du temps fait que nous les appelons de nos jours Koulibaly dérivée de « Kouroubali mansa ».

  • Les Camara

Camara est Jadis, le patronyme le plus répandu chez les Manding. Il vient de l’histoire exemplaire de “Mansa Biliba” premier roi, le Bâtonnier du royaume de Sinssany (précurseur du Mendeng). Elle remonte à bien des centaines d’années avant J.C. C’est à une époque que les contemporains du roi nomment l’abîme du chaos. Guerres, désolations et terreurs ravagent les grandes civilisations. Selon la légende, de façon inattendue vient par la suite l’enfant prodige, courageux et réfléchi qui réussit à pacifier et à mettre sous contrôle toute une contrée sans avoir recours à l’armée. C’est un véritable coup de maître de la part de « Bili ba ». Il devient roi et mérite le respect absolu de son peuple. Les obligations royales font de lui « le gardien de la paix » dans le royaume. Ce  qui se dit en Malinké “Kâ māra”, l’effet du temps fait qu’ils sont appelés de nos jours Camara ou Kamara.

  • Les Traoré

Ils doivent leur patronyme à leur « arrière arrière » grand père « Touramanba 1er du nom », qui est différent de celui qui a combattu le royaume sosso aux côtés de Soundiata fils de Sogolon et qui serait Touraman 6ème du nom. Il y a des années de cela, le royaume Mangend autrefois appelée « Krikoro » s’estt fait attaquer. Le royaume (pratiquement impuissant face aux envahisseurs) lance alors une campagne de plaidoirie chez « Touraman 1er du nom » pour que celui-ci vienne à la rescousse d’une cause qui semblait être déjà perdue. Cet appel est entendu, Touraman et ses guerriers immaculés viennent libérer le royaume en déclenchant les hostilités. Cette gloire accompagne le vaillant conquérant dans les chansons du Mandeng/manding qui raconte l’histoire dans les mots suivants : lors de la guerre « On l’a appelé «  qui se dit en Malinké  » À tara wolé » pour la guerre. La situation géographique et les différents dialectes font que nous les appelons de nos jours « Traoré ou Trawoulé« .

  • Les Bérété

Tributaire d’un prince héritier âgé de moins de  dix ans du nom de “Mandjan” qui perd précocement son géniteur (le roi) dans un royaume gangrené et plein de conspirations et de soubresauts. Après la mort de son père, la couronne lui revient d’office en raison de son sang royal et du droit d’aînesse. Cependant, ses oncles, corrompus et cupides, détournent la couronne avec une ingéniosité subtile en leur faveur sous prétexte que le jeune prince Mandjan est « immature, mineur », qui se dit en Malinké « Bèdè tè », donc incapable de prendre des décisions mesurées pour la stabilité du royaume.

Pour détourner l’attention des partisans du prince, ils soutiennent qu’ils rendront le pouvoir au prince lorsque celui-ci sera prêt, c’est-à-dire grand. Cette nouvelle priend de l’ampleur et du coup, pour se moquer du prince déchu et dépossédé de son héritage royal, les sujets (gens) l’appellent dans tout le royaume “Mandjan Bèdè tè” qui signifie « Mandjan l’immature ». Le prince et sa descendance ne réussiront plus jamais à récupérer leur trône, c’est ainsi qu’ils deviennent tous des célèbres marabouts du Manding. La situation géographique et les différents dialectes font que nous les appelons de nos jours Bérété ou Berthé

  • Les Konaté

Konaté vient d’une histoire pathétique qui remonte à cette belle et charmante princesse du nom de Siyara Kéita, mais malheureusement ni sa miséricorde, ni sa bonté, encore sa beauté ne peuvent faire d’elle une mère lorsqu’elle se marie.

Après plusieurs années de vie de couple sans concevoir, sa coépouse et son entourage la traite de stérile qui en Malinké se dit  » Koona ». La jeune princesse, remplie de chagrin et couverte d’humiliation, va vers ses frères pour leur demander de lui donner à adopter un de leurs innombrables enfants. Ceux-ci, sans aucune hésitation, acceptent la requête de la jeune princesse persécutée. De retour chez elle, tous ceux et celles qui la traitaient de stérile sont étonnés de voir un enfant avec la princesse Siyara. Ainsi, se disent-ils entre eux : « Donc elle n’est  » pas stérile «  » qui se dit en Malinké « Koona tè ».

Aux jours succèdent les semaines, ensuite les mois, puis les années, et le fils adoptif s’établit à la tête d’une grande progéniture, assurant ainsi la lignée de la princesse « Siyara Koona tè » qui gardera ce patronyme. De nos jours les membres de cette lignée s’appellent « Konaté » et ils répondent également des noms  Siyara et Kéita.

  • Les Kourouma

Contrairement aux autres patronymes du Manding, il est plus récent et est  prononcé pour la première fois pendant l’hégémonie de l’Empire… C’est un bout d’homme, un individu de petite taille, qui s’est fait une réputation dans la sorcellerie, les fétiches et l’usage de la magie noire dans l’empire à telle enseigne qu’aucun homme ou autres dieux d’alors ne peut prétendre lui faire du mal. Ces derniers essayent en effet par tous des moyens imaginables à lui nuire, mais à chaque fois le bout d’homme triomphe de tous. Finalement aucune personne dotée d’un pouvoir surhumain ne peut lui créer le moindre souci, du coup ils l’appellent “ Kori ma” en Malinké qui signifie “fatigués de lui”. La situation géographique et les différents dialectes font que nous les appelons de nos jours «Kourouma ou Koroma

L’histoire continue, ce bout d’homme s’établit dans une case et accepte la consultation des sujets du royaume pour la prédiction de leurs avenirs et autres mystères les concernant. Un entretien confidentiel signifie en Malinké “doumbouly” et le lieu “dia ou ya” donc par analogie le lieu où ce tiens l’entretien secret se nommait ainsi “doumbou dia ou doumbou ya”. Voilà pourquoi les Kourouma se font appeler « Doumbouya » et vice versa.

  • Les Touré

Les Touré sont à l’origine des hommes du Nord qui naquirent chez les Maraka (Ethnie rare en Guinée, en nombre au Mali et au Burkina-Faso), également des chefs de guerre qui ravagent les contrées qui s’opposent à leur suprématie.  Ils ont en commun leur robustesse avec des pieds grands et remarquables tel des éléphants. Ainsi, les gens du royaume les appellent « Thou-ré » qui signifie dans leurs dialectes « Éléphants ». Mandjou vient aussi de là, mais signifie éléphants inoffensifs “À mandjou” ou “À djouman tè” qui signifie en malinké “ Pas méchant”.

  • Les Sano/Sanogo/Sakho

L’histoire des porteurs de ce patronyme remonte à cet homme pourvu du sens de bravoure et d’honneur du nom de « Amadou le téméraire ».  L’histoire raconte que depuis la nuit temps, existait un rituel pathétique à Ouagadougou qui est celui de donner une fille en offrande au grand serpent à sept (07) têtes de Ouagadougou comme signe de soumission au démon afin de recevoir le bonheur. Cette triste activité perdure sur le territoire de l’empire pendant des siècles.

Un jour, c’est le tour de la promise d’Amadou d’être offerte en sacrifice. Sans l’ombre d’un doute, le vaillant Amadou va se battre en combat singulier avec le python maléfique et démoniaque. Après des rudes épreuves il finit par triompher du python et tranche les sept têtes de la créature, Après quoi il récupère donc sa bien-aimée et s’enfuit avec elle. Ils vivent par la suite le bonheur.  Les habitants du royaume se révoltent contre l’action d’Amadou, craignant le courroux et les représailles des démons. Ils chassent donc la tribu d’Amadou.
Ceux-ci partent vers le sud de l’empire. C’est ainsi que les Malinké les appelent « Saa nogno «  qui signifie  » trace du Serpent  » donc qui ont émigrés à cause du serpent. La situation géographique et les différents dialectes font que nous les appelons de nos jours Sano ou Sanogo ou Sakho.

  • Les Magassouba

Magassouba est patronyme bien plus récent que d’autres. C’est au moment de l’apogée de l’empire, l’époque de la crainte, de la terreur et de la tyrannique, le roi adulé par tous les sujets du royaume a pourtant un ennemi juré. C’est les préféré du peuple, un homme intrépide et téméraire du nom de  » Aly Maïga ». Plus le temps passe, plus la haine du puissant roi contre Aly Maïga grandit. Un jour, le roi ordonne la capture et l’enchaînement de Maïga. Après plusieurs jours, un petit matin les partisans Maïga  s’évadent avec lui et prennent la direction de l’Ouest tout en évitant les gardes et les cavaliers du roi. Le jeune Aly Maïga échappe donc aux supplices du roi et ses chaînes sont brisées dans l’actuelle Siguiri.
Tous ceux qui entouraient Maïga le traitent de détenteur de pouvoir surnaturel. Il est surnommé «Maïga le sorcier » qui se dit en Malinké  » Maïga Souba ». De nos jours, on les rencontre partout en Guinée principalement à Siguiri sous le nom de Magassouba, Diarrassouba ou Maïga au Mali.

  1. Les Condé /Koné

Ce nom est un ancien patronyme. Dans un village reculé de Do (chez sogolon, mère de Soundiata kéita) vit une vieille sorcière qui n’hésite pas à prendre la vie d’une tierce personne à travers la magie noire pour protéger ses biens et sa progéniture. Cette vieille sorcière se fait appeler « Kon ». Pour reconnaître ses enfants et ses petits-enfants, elle met des amulettes autour du coup et bras de ceux-ci. Ainsi donc, dès qu’une personne de la contrée aperçoit l’un d’entre eux, il crie « Kon dén », fils de Kon en malinké. La situation géographique et les différentes dialectiques transformèrent donc en « Condé ou Koné ou encore Conté. »

  1. Les Sylla

Le fondement de ce patronyme est différent de tous les autres précités. Si la majorité des patronymes du Mandeng sont issus de la belligérance ou de l’usage de la magie noire ou encore de la sorcellerie, celui-ci au contraire est lié à la religion, en particulier à l’islam.  Les Sylla sont les hommes intègres et intelligents, doués et dotés du savoir, notamment dans la lecture du Saint Coran. Sylla est cet homme à la voix mélodieuse, captivante, émouvante et majestueuse ; il est magistral dans la lecture des versets du Coran de telle sorte que les gens viennent de tous les horizons pour écouter ou faire écouter cette somptueuse  voix.  Etant donc pratiquement la voix la plus sollicitée et la plus écoutée… Il est surnommé  » l’homme qui preste pendant la nuit de la destinée » qui se dit en malinké  » Roubasyla ». Sa descendance, à ce jour, se trouve en Guinée, au Mali, en Côte d’Ivoire et au Sénégal sous le nom de Sylla.

  1. les Diawara

Les Diawara viennent du nord, d’un village jadis appelé Dia. Comme les jeunes de ce village sont des guerriers farouches, qui sont comparés seulement qu’aux panthères (animal puissant) qui en malinké se dit Wada ou Wara, ils sont appelés « les panthères de Dia », d’où le nom       « Dia wara ».

Source : #FondationBJKD

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Auteur

revedehaut

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