Présidentielle ivoirienne : Konan Bédié, candidat malgré lui

La candidature de M. Henri Konan Bédié à la primaire du pdci, en vue d’une éventuelle investiture par son parti pour le représenter à la prochaine élection présidentielle, soulève protestations, indignations et même insultes parmi ses opposants. Or, cette candidature qui n’est même pas encore effective, n’est motivée que par les circonstances.

Manipulation des règles démocratiques

La nouvelle constitution ivoirienne aurait pu être un obstacle à la future candidature de Konan  Bédié. Rien pourtant dans cette constitution ne l’empêche de se présenter à la présidentielle d’octobre prochain. La limite d’âge de 75 ans de l’ancienne loi fondamentale aurait pu l’en écarter, lui qui a 86 ans.  Mais cette mention a été retirée de la nouvelle constitution de 2016 par le régime actuelle qui en a eu l’initiative. Pour qu’elle raison ? Seul Alassane Ouattara le président en activité de la Côte d’Ivoire  qui a promulgué cette constitution et qui, à 75 ans passés (78 ans en 2020), a  longtemps entretenu le mystère au sujet d’un troisième mandat, avant de se désister ‘‘officiellement’’ il y a quelques mois, vus les controverses  que soulevaient ce mandat supplémentaire, peut répondre à cette question. N’empêche que la présente constitution permet la candidature de Konan Bédié. S’en indigner ou s’y opposer d’une façon ou d’une autre est donc lâche, exclusionniste et antidémocratique, trois maux qui sont à la base de la rébellion armée du 19 septembre 2002 .     

Stratégie politique

La candidature de Konan Bédié répond avant tout de la stratégie politique. Ce ne sont pas des cadres beaucoup plus jeunes que lui, et de grande qualité qui plus est qui manquent au pdci*. Et c’est là le problème, pour le pouvoir en  tous cas  qui n’a cessé de harceler les cadres du pdci avec les ‘‘affaires judiciaires’’ avant ou après les récents scrutins.

Les cas d’Akossi Benjo et Jacques Mangoua sont révélateurs de ces complots présumés. Le premier, ancien maire pdci du plateau, est poussé à l’exil au plus fort des dernières élections municipales, puis condamné par contumace à 20 ans de prison.  Le second, dont le malheur semble d’avoir été élu à la tête du conseil régionale de Bouaké qui serait un bastion du régime, a été condamné à 5 ans de prison ferme pour une rocambolesque affaire de possession d’armes et de minutions à son domicile.

Par ailleurs, Guillaume Soro, qui paraît avoir eu insolence de rompre avec le parti au pouvoir et d’annoncer sa  candidature à la présidentielle  subit ce même martyre, lui qui est sur le coup d’un mandat d’arrêt international dont l’objectivité est contesté par la cour africaine des droits de l’Homme et des peuples. Il a aussi dans la foulée été condamné par contumace à 20 ans de prison  par une justice ivoirienne que ses partisans disent aux ordres du régime. Pareil pour Charles Blé Goudé qui ne cache rien de ses ambitions présidentielles, condamné aussi à 20 ans de prison pour des faits dont il a été innocenté à la cpi*. Et que dire du cas Laurent Gbagbo ? Il a été aussi condamné par contumace à 20 ans de prison pour le ‘‘braquage la bceao*’’ lors de la crise post-électorale de 2010, alors que d’autres auteurs de casses des agences de la bceao dans les anciennes zones rebelles et soutiens du régime n’ont jusqu’à présent subi aucune poursuite judiciaire. 

La candidature de Konan Bédié, d’une carrure politique plus imposante que celle de ses jeunes collaborateurs du pdci, auprès duquel même partait prendre conseil Alassane Ouattara à l’époque de leur idylle politique,  vient donc parer à toute velléité de manigance ourdie par le régime actuelle pour empêcher  une candidature pdci à la présidentielle ivoirienne ; cela  au profit du candidat du régime à qui l’actuel chef d’État veut laisser le fauteuil présidentiel en héritage.

Sacrifice

Le fait que la Côte d’Ivoire moderne est tout de même une société patriarcale, le besoin pour l’aîné et chef  du parti, en particulier pour le président  de la République, de laisser un héritage politique à ses fidèles est une réalité, surtout qu’avec l’alternance politique cela est une garantie de sécurité pour ce dernier.  Le chef de l’État actuel en sait quelque chose lui qui a pratiquement imposé son dauphin comme candidat de son parti malgré les protestations d’un rival, Mabri Toikeusse, membre du rhdp* unifié  et qui a depuis été limogé du gouvernement et dont le parti politique (udpci*) est depuis lors aussi dans la tourmente.

Konan Bédié a le  mérite de faire le sacrifice des privilèges que lui offre son âge avancé en ne s’imposant pas. A contrario l’on a pris soin d’épargner  une primaire à d’autres qui ne doivent leur candidature qu’à cause du fait qu’ils sont originaires du nord comme leur parrain de président et font parti du dernier cercle de fidèle de celui-ci. Marcel Amon Tanoh, originaire de l’est  ivoirien, ancien ministre du régime et qui nourrissait des ambitions présidentielles en sait quelque chose.

Il faut rappeler que Konan Bédié n’est que candidat à l’investiture. Rien n’est donc encore décidé avant la primaire du pdci. Ce rien semble pourtant troubler les nuits du régime et ses soutiens occultes qui multiplient injures et mauvaises paroles vis-à-vis de celui que le sacrifice de ses ambitions présidentielles a porté Alassane Ouattara au pouvoir et lui a permis d’avoir un second mandat, avec l’appel de Daoukro.

Héritage politique

De ces deux patriarches de la politique ivoirienne, le Sphinx de Daoukro semble celui qui est bien parti pour laisser un héritage politique à ses jeunes collaborateurs, voire un bien encore plus précieux à la Côte d’Ivoire. Il  considère en effet sa proposition de candidature comme « une mission de salut public », comme il le dit lui-même. Les mots ont tout leur poids quand l’on sait le besoin de réconciliation nationale pour la Côte d’Ivoire depuis 20 ans. Et celui qui n’est ni un extrémiste, encore moins un va-t-en guerre semble le mieux indiqué pour la mener à bien.

Konan Bédié a également le mérite de faire le sacrifice de ses vieux jours en se mettant clairement en avant de ses jeunes et sages collaborateurs pour faire barrage aux mesquineries politiques, plutôt que d’être un président inavoué caché sous la peau d’un dauphin-de-président de la République fantoche. 

En somme, l’on constate simplement, ironie du sort, que les petits calculs politiques du pouvoir ont favorisé la candidature de son plus sérieux opposant présent sur le sol ivoirien : Konan Bédié, un homme d’un certain âge certes, mais dont les actes politiques ont toujours été en faveur de la paix dans son pays. Celui-ci ne peut espérer mieux en vue d’une réelle transition entre l’ancienne génération et la vraie nouvelle génération pour une Côte d’Ivoire plus juste répartissant équitablement ses richesses.

Pdci : parti démocratique de Côte d’Ivoire. Rhdp : rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix. Cpi : cour pénale internationale. Bceao : banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest. Udpci : union des démocrates pour la paix en Côte d’Ivoire

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Auteur·e

revedehaut

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