Présidentielle ivoirienne : Le régime Ouattara innove avec la crise préélectorale

Les électeurs ivoiriens devraient élire leur nouveau président, le 31 octobre 2020, en remplacement au sortant Alassane Ouattara. Mais voilà, ce dernier prétend pourvoir rempiler à la tête de l’État pour un 3ème mandat illégal, ou plutôt selon lui pour son 1er mandat de « sa 3ème république ». Cette situation absurde, digne d’un coup de force, qui a déjà causé des manifestations de protestation dans tout le pays et des morts de personnes, ne provoquera pas, pour le régime Ouattara, une crise  post-électorale, comme en 2010. Quoi de plus normal, puisque ce dernier innove avec une crise préélectorale.

Les prémices de la crise préélectorale

La crise préélectorale a des signes avant-coureurs liés dans un premier temps à la mauvaise préparation du scrutin. Dans un premier temps, l’opération de renouvellement des cartes nationales d’identité (cni) de l’ensemble de la population et d’enrôlement des nouveaux électeurs a débuté tardivement, juste 9 mois avant le scrutin comme si on ne voulait pas qu’elle ait lieu. Mais quand elle a enfin commencé, elle a été bâclée par le gouvernement avec 90 % de points d’enrôlements en moins par rapport à  l’opération de 2008-2009.

Le régime au pouvoir s’est en outre accaparé cette opération en la détournant de ses objectifs premiers. Il l’a simplement transformée en une opération d’achat de votes. Cela s’est réalisé  à travers le financement par certains de ses cadres et des ministres du gouvernement des quittances des cni de, selon eux, les ressortissant de leurs régions et militants. Or il aurait été plus raisonnable, responsable, honnête et bienveillant que le gouvernement  rende ces cni gratuites pour l’ensemble de la population, à l’image de la  précédente opération sous Laurent Gbagbo  qui était gratuite, prise en charge par l’État de Côte d’Ivoire.

Les populations des régions en dehors de celles des membres du gouvernement ont donc été simplement  privées de la « générosité » de ces derniers. Cette entreprise mesquine motivée par des velléités de fraudes électorales a accentué les clivages dans le pays et les ressentiments contre un gouvernement dont les actes tiennent ainsi du communautarisme, de la manipulation, de l’exclusion et de la tricherie. Autant de caractères qui le rendent impopulaires et justifient certainement pour lui le recours à la tyrannie.

La dérive tyrannique 

Les relents d’autocrate du chef de l’État préparent à des tensions avant l’élection présidentielle.Il en a fait la preuve à plusieurs reprises. Avec d’abord une justice aux ordres. Celle-ci a condamné opportunément des cadres de ses anciens alliés du pdci, dont Mangoua Jacques, Akossi Benjo. Sans oublier Soro Guillaume,  son ancien premier ministre et ancien président de l’assemblée nationale qui a subi le courroux de la justice après avoir refusé de prendre part au rassemblement politique du chef de l’État, mais parce qu’il nourrissait surtout des ambitions présidentielles. Lui est aujourd’hui en exil, quand les députés de son bord et même des membres de sa famille croupissent en  prison en dehors de toutes procédures légales devant la justice. Même l’injonction de la cour africaine des droits de l’Homme et des peuples de suspendre les procédures contre  Soro guillaume et de libérer ses proches n’ont pu faire fléchir le régime Ouattara.  Ce dernier, comme pour confirmer son despotisme, a simplement utilisé cette décision comme prétexte pour retirer la Côte d’Ivoire de cette institution judiciaire panafricaine.

La tyrannie du chef de l’État est ensuite visible par son adoption par ordonnance du code électorale, alors que celui-ci devrait être voté à l’assemblée nationale après concertation de toutes les parties en présence avant sa promulgation. Mais cet autoritarisme ne surprend pas puisque le Chef de l’État en avait déjà annoncé les couleurs en nommant de façon unilatérale  le président de la commission électorale indépendante (CEI). De plus, une grande majorité des sections locales de cette institution est simplement déséquilibrée en faveur du régime, comme  l’a également encore confirmé la cour africaine des  droits de l’Homme et des peuples qui a appelé à reformer cette institution pour plus d’équité. En réponse, le régime ruse en y opérant une recomposition et en créant un siège pour l’opposition, maintenant du coup le statut quo à la CEI et dans ses représentations régionales.  

La crise préélectorale se précise : accaparement,  nécrocratie, exclusion

La crise préélectorale se concrétise de plus en plus. Cela d’abord avec le discours du chef de l’État à la nation à l’occasion des 60 ans d’indépendance de la Côte d’Ivoire, le 6 aout 2020 qui était plus une adresse à ses partisans qu’à l’ensemble des habitants de la Côte d’Ivoire. Il y annonce en effet, avec force, conviction et mépris pour la loi et la cohésion sociale sa candidature pour un troisième mandat que ne lui permet pas la constitution. La preuve, ses partisans même et les experts du droit qui avaient dans le temps garanti, pour motiver le vote de cette constitution, qu’il ne pourrait pas se présenter pour un nouveau mandat se dédisent honteusement ou restent lâchement muets.

Le mépris est d’autant plus assumé et autant révélateur de la tyrannie que M. Ouattra prend pour prétexte à cette candidature le fait que son dauphin désigné, dont il n’ignorait rien de la lourde pathologie au cœur dont souffrait ce dernier et qui aurait pu l’emporter à tout moment, soit mort. Il remplace donc son défunt dauphin à la candidature, en raison dit-il, d’un cas de force majeur.

Voilà bien une nécrocratie qui ne dit pas son nom et qui rappelle aux Ivoiriens son bras de fer avec Henri Konan Bédié, successeur constitutionnel du président Houphouët-Boigny, au lendemain de la mort de ce dernier, en vue de s’approprier le pouvoir exécutif. Elle rappelle même sa candidature à la présidentielle de 2010 à titre exceptionnelle pris par décret  par le Président Laurent Gbagbo pour mettre un terme à 8 ans de rébellion armée et de déstabilisation du pays.

L’exclusion de poids lourds de l’opposition à la présidentielle accentue ensuite la dictature du chef de l’État, et partant l’évidence de la crise préélectorale. Il s’agit de celle de Laurent Gbagbo et de Soro Guillaume. Les deux opposants pour avoir officiellement été condamnés par contumace par la justice ivoirienne. Mais le refus du gouvernement de délivrer un simple passeport à Laurent Gbagbo pour lui permettre de rentrer au pays comme il le désire en dit long sur  la stratégie du régime de M. Ouattara : choisir ses concurrents à la présidentielle à laquelle il n’as pas le droit de se présenter.

Mais l’alliance entre les deux poids lourds de la politique en Côte d’Ivoire, ses opposants les plus crédibles, que sont le PDCI (Parti démocratique de Côte d’Ivoire) et le FPI (Front populaire ivoirien), tendance Laurent Gbagbo, ne donne pas cher de la peau du régime à la suite d’une élection claire et transparente.

L’enjeu de la crise préélectorale

La stratégie politique du régime Ouattara serait donc, en dépit le tollé que provoque sa fameuse candidature,  qu’il n’y ait pas une élection présidentielle en Côte d’Ivoire en cette année 2020 ; ou au moins que celle-ci soit bâclée. Ainsi celui qui est déjà au pouvoir, lui, y demeure, ou est réélue dans des conditions exécrables, mais est réélu tout de même ;  d’où la crise préélectorale. 

La tactique politique de  la crise préélectorale peut-elle assurer, malgré tout, le maintien au pouvoir du régime Ouattara ? Dans tous les cas, les manifestations de protestation dans tout le pays, contre sa candidature à un 3ème mandat, mais surtout l’union des Ivoiriens de tous bords politiques à Bonoua, Divo et Gagnoa par exemple, contre les milices du régimes (les microbes) venues perturber les marches  contre cet énième cas de forfaiture électorale en Afrique sont des signes qui en disent long sur les jours qu’il reste au régime.

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Auteur·e

revedehaut

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