Présidentielle ivoirienne, l'opération "1 contre trois" ou la stratégie d’une réélection frauduleuse de M. Ouattara au 1er tour

Le conseil constitutionnel ivoirien a donné, ce 14 septembre 2020,  la liste définitive des candidats autorisés à concourir pour l’élection présidentielle du 31 octobre prochain. La  configuration de cette liste arbitraire, « un contre trois », laisse simplement entrevoir la stratégie pour une réélection illégale et frauduleuse du chef de l’État sortant, M. Ouattara, au 1er tour.

La validation fantaisiste de la candidature d’Alassane Ouattara par le conseil constitutionnel

Le président du conseil constitutionnel a approuvé la candidature du chef d’État sortant parce que la Côte d’Ivoire serait, selon lui, dans une nouvelle République depuis novembre 2016. Donc ses mandats, dont le second et dernier est en cours qui plus, ne comptent que pour la  République précédente, car le mandat qu’il pourrait effectuer après les élections s’il était réélu ne serait pas le troisième mais plutôt son premier mandat de ladite nouvelle République.   

A ce niveau, l’argumentaire du président du Conseil constitutionnel (cc) est étrangement identique à celui des membres du régime Ouattara pour soutenir sa candidature.

Ces derniers, pour masquer le troisième mandat de M. Ouattara et son illégalité sont passés de l’évocation de la possibilité d’une nouvelle candidature du chef de l’État, en raison d’une nouvelle république, à la rhétorique simplement de sa première candidature de la dite nouvelle république.

Le fait que le président du cc use de l’entourloupe langagière du régime Ouattara pour approuver la candidature de ce dernier dit simplement qu’il fait soit parti de cette administration, il y a alors conflit d’intérêt par rapport à son devoir d’intégrité, ou alors il n’a fait qu’approuver sous la contrainte la candidature de M. Ouattara comme le montrerait sa posture étrange durant la lecture de la ‘‘décision’’ du cc. Dans tous les cas, ces deux situations viennent confirmer l’irrecevabilité de la candidature du chef d’État sortant.

Le second argument fantaisistes que le président du Conseil constitutionnel avance pour donner du poids à sa décision, comme le feraient de simples profanes du droit, mais partisans de M. Ouattara, est que certains politiques, de l’opposition notamment, avaient auparavant confirmé que le chef de l’État sortant pouvait se présenter à un nouveau mandat puisque la République était nouvelle.

Cependant, le président du cc ne se réfère nulle part aux textes de la constitution pour étayer la candidature de M. Ouattara. Sa stratégie n’est pas du  tout surprenante puisque la constitution, en son article 183, ne permet pas une nouvelle candidature de ce dernier après ses deux mandats constitutionnelles, comme l’affirmaient le ministre de la justice de M. Ouattara, M. Sansan Kambilé,  devant le parlement et M. Ibrahim Cissé Bacongo un autre de ses  ministres et juristes de surcroît sur les plateaux télé, pour réaffirmer l’honnêteté de M. Ouattara et motiver le vote de la nouvelle constitution.

La forfaiture du Conseil constitutionnel ivoirien qui valide la candidature illégale de M. Ouattara et sélectionne en outre les antagonistes de celui-ci n’est pas surprenante puisqu’elle fait parti d’une stratégie pour la réélection illégale et frauduleuse du chef de l’État sortant au 1er tour. 

La confrontation stratégique « un contre trois » et ses implications malveillantes

Il faut voir à travers l’antagonisme « un contre trois », cette opposition Ouattara contre les 3 autres candidats, Konan Bédié, Kouadio Konan Bertin (KKB) et Pascal Affi N’guessan.  

Mais à partir d’une lecture géopolitique de cette confrontation, il est encore plus intéressant de voir qu’elle vient de celle-ci : un candidat du Nord du pays, Ouattara contre trois candidats du Sud. Une telle configuration consacre de fait la partition insidieuse et mesquine du pays entre le Nord et le Sud. Elle révèle aussi, à la mesure de la candidature illégale de M. Ouattara, une division malveillante de la Côte d’Ivoire entre Musulmans d’une part dont se réclamait M. Ouattara pour justifier amèrement  son recalage aux élections présidentielles avant 2010, et Chrétiens d’autre part. 

Mais la division en deux est faite à dessein puisque selon les théoriciens occultes pour la réélection frauduleuse de M. Ouattara au 1er tour de l’élection présidentielle, la partition du territoire national entre Nord d’une part et Sud d’autre part, tout comme entre Musulmans et Chrétiens octroie de facto au moins 50 % de voix au chef d’État sortant originaire du Nord et musulman alors que tous les autres candidats du Sud et supposés chrétiens se partageront les 50 autres pourcents, avec l’évidence que M. Ouattara y aura aussi sa part.  

De là vient certainement l’invalidation de la candidature de tout autre candidat de nom à consonance nordique, qui pourrait mal justifier une union infaillible du nord du pays autour de la candidature de Ouattara. Il s’agit en l’occurrence de Mamadou Koulibaly et de Soro Guillaume.

Le cas de ce dernier est encore plus parlant de la cabale dont il a été l’objet par le pouvoir pour empêcher sa candidature. Originaire du nord du pays comme M. Ouattara qui s’en réclamait pour encore une fois justifier amèrement son recalage, selon lui injuste, aux élections présidentielles avant 2010, Soro compte de réelle partisans dans cette zones du pays. Sa jeunesse, son cran, mais surtout sa popularité dans cette régions du pays pour y avoir dirigé la rebellions (2002-2007) lui donnent en outre de réelles avantages sur son rival régional,  M. Ouattara.

La manipulation des dissidences

Les théoriciens de la réélection frauduleuse de M. Ouattara au premier tour ont aussi savamment pris soin  d’écarter de la liste finale des candidats à  la présidentielle tout  dissident du Rassemblement des Houphouétistes pour démocratie et la paix (RHDP, le parti présidentiel). Il s’agit notamment d’Albert Mabri Toikeuse et Marcel Amo-Tanoh. Officiellement, selon le conseil constitutionnelle pour parrainages insuffisants, ce que contestent les concernés avec preuve à l’appui.

Les « ingénieux » stratèges du régime Ouattara ont, dans le même temps, sciemment  permis la candidature du dissident du Parti démocratique de la Côte d’Ivoire (PDCI), KKB. Les plus grands spécialistes de la politique en Côte d’Ivoire se demandent même comment ce dernier qui n’a ni mouvement, encore moins un parti politique, a pu réunir tous les parrainages devant des candidats sérieux comme Mamadou Koulibaly, Mabri Toikeusse et Amon-Tanoh, tous présidents de parti ou d’un mouvement politique.

Le yoyo politique  KKB fait, dans tous les cas,  apparemment parti du projet frauduleux du régime en étant une explication de la dispersion des voix du PDCI pour justifier la réélection illicite de M. Ouattara au 1er tour. La validation de  candidature de Pascal Affi N’guessan du Front Populaire Ivoirien reconnue par le pouvoir ivoirien, qui avait déjà été battu par M. Ouattara en 2015, participe de ce projet.     

La validation de la candidature PDCI, une pure diversion

Finalement, l’on se rend bien compte que l’autorisation de la candidature du candidat du PDCI s’imposait aux stratèges en fraude électorale du régime Ouattara pour donner une apparence crédible au scrutin.

Les approbations et éliminations fantaisistes de candidatures font pourtant voir au PDCI que les dés sont pipés d’avance. D’ailleurs le refus de ce parti de prendre part aux élections dans les Commissions électorales indépendantes (CEI) locales, Largement dirigées par les représentants du parti de M. Ouattara, lui font comprendre  qu’il est le dindon d’une farce savamment orchestrée depuis plusieurs mois avec : d’abord le non respect de l’accord pour le soutien du candidat PDCI par le Rassemblement des Républicains en 2020, comme le PDCI l’avait fait pour ce dernier avec M. Ouattara en 2010 et 2015,  avec ensuite l’échec de l’opération de renouvellement des cartes nationales d’identité et d’enrôlement des nouveaux majeurs, puis la nomination illégale du président de la CEI et l’adoption tout aussi illégale du code électoral, ainsi que l’apparition des affaires judiciaires suivies par les emprisonnements de politiques de l’opposition et des membres de leur famille, le tout couronné par la validation illicite de la candidature de M. Ouattara. 

Un environnement politique aussi nauséabond d’ingéniosité malsaine peut, à juste titre, emmener à se demander  si le décès du Dauphin désigné de M. Ouattara, Amadou Gon Coulibaly, n’avait pas été  provoqué pour passer à une autre étape de la conservation injuste et incontestable du pouvoir.  

Le PDCI doit, dans tous les cas, courageusement se retirer de ce processus électoral biaisé pour ne pas se faire le complice de la conservation illégale et frauduleuse du pouvoir par le  régime  Ouattara et des conflits interethniques et communautaires qui pourraient suivre ; le pouvoir tyrannique Ouattara, contrairement au régime de M. Wade du Sénégal qui était dans la même situation  en 2012, s’est visiblement donné des moyens funestes et frauduleux, avec en plus des milices (les microbes), pour conserver coûte que coûte le pouvoir dès le premier tour.

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Auteur·e

revedehaut

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