N'Guessan Jean Christ Koffi

Le Think Tank Label causes Afrique organisent des discussions sur les nouvelles lois ivoiriennes relatives au mariage, à la filiation, à la minorité et à la succession

Le samedi 2 novembre dernier, à l’hôtel la Rose blanche d’Angré, dans la commune de Cocody, le Think Tank Label Causes Afrique (LCA) a organisé une table ronde sur le thème : les nouvelles lois ivoiriennes sur le mariage, la filiation, la minorité et  la succession. Avancée ou recul pour les droits de la femme et de l’enfant ? Il a à cet effet invité trois panélistes qui étaient emmené à se prononcer sur la question. Des représentants des ministères de l’éducation nationale, de la Solidarité, de la famille, de la femme et de l’enfant, ainsi que du sénat ivoirien étaient présents à ce débat.

Des participants aux discussions organisées par le think tank Label Causes Afrique.
Des participants aux discussions organisées par le think tank Label Causes Afrique. Crédit photo LCA

D’entrée de jeu, et après son mot de bienvenue, l’initiatrice du ThinkTank et également présidente de  LCA, Mme Djénéba Bénédicte Kouassi Dosso, a planté  le décor en rappelant les conditions dans lesquelles ces nouvelles lois ont été votées et les stratégies de communication employées par le gouvernement.  Entre autres, leur adoption par seulement 24 députés sur les 42 membres de la Commission des Affaires Générales et Institutionnelles (CAGI) de l’Assemblée Nationale et ce en l’absence de plus de la moitié des membres (partisan de l’opposition).

l- L’analyse des intervenants principaux

Le premier panéliste, Mr Koffi N’guessan, blogueur, a invité à ne pas aborder la question de ces innovations sur le plan d’avancées ou de recul pour la femme ou l’enfant. Le faire, c’est en effet selon lui non seulement tomber dans le piège de l’exclusion (de l’homme notamment), mais c’est aussi limiter les perspectives que peuvent offrir de réelles reformes.

Mais il  faut plutôt, toujours  selon le panéliste, en considérant l’intérêt supérieur de la société ivoirienne, se poser la question de savoir si les changements au niveau de ces lois sont une avancée ou un recul pour celle-ci.

Sur ce point de vue, la reforme sur la filiation est une évolution, car elle formalise automatiquement le droit à l’enfant adultérin d’avoir une identité, conformément  aux Conventions sur l’apatridie de 1954 et 1961 auxquelles a adhéré par la Côte d’Ivoire en 2013. L’avis de l’épouse légitime n’est plus nécessaire à cette reconnaissance, cependant celle-ci doit être notifiée par un commissaire de Justice, sans quoi cette reconnaissance est nulle.

Toutefois, selon Mr Koffi N’guessan, le processus de reconnaissance de l’enfant adultérin de l’époux est en contradiction avec l’esprit de l’égalité homme-femme dans le mariage.  Le fait que l’épouse légitime est simplement informée d’un enfant adultérin par le commissaire de justice, sans qu’elle ait son avis à donner, c’est proclamer la suprématie de l’homme sur la femme dans l’union matrimoniale et pérenniser l’inégalité.

Il aurait fallu, pour Mr Koffi N’guessan, prévoir des mesures d’accompagnement, sur la base d’une large concertation et des études sur la question. Mais, non seulement il n’y a pas eu de consultation, aucune étude n’est non plus venue  motiver davantage la reforme sur la filiation six ans après la ratification de la convention qui la justifie, selon le gouvernement.

L’intervention de l’huissier dans le processus de reconnaissance de l’enfant né hors mariage sur demande unilatérale de l’époux pérennise, toujours selon le panéliste, non seulement le pouvoir de l’homme sur la femme, mais cela légalise sournoisement l’adultère qui, faut-il le rappeler, reste un motif de divorce. La nouvelle législation accorde aussi, une caution inavouée à la polygamie, qui elle, demeure illégale vis-à-vis de la loi. Au total, c’est le fondement de la famille, première cellule sociale, que les limites de cette reforme viennent menacer.

L’injustice est encore visible, selon l’intervenant, lorsque pour reconnaitre l’enfant de son épouse dont il doute de la paternité, l’époux peut recourir à des tests ADN qui prouvent qu’il en est le père alors que parallèlement il est simplement notifié à la femme de l’existence d’un enfant adultérin de l’homme.

Selon le panéliste, la justice aurait commandé que des tests ADN soit valables dans les deux cas, en référence à l’esprit d’égalité homme-femme dans le mariage. Même si cette infidélité est une raison pour l’épouse de demander le divorce, celle-ci devrait, selon Mr Koffi, pouvoir avant tout, remettre en question la paternité de son époux au sujet d’un enfant née en dehors du cadre familial légal. Cette position se justifie en outre, selon lui, par le fait que les innovations     elles-mêmes bannissent la notion de « puissance paternelle » dans le mariage au profit du concept  « d’autorité parentale » qui instaure l’égalité entre le mari et la femme dans la gestion morale et matérielle de la famille.

La deuxième panéliste, Maître Audrey Elloh, avocate au Barreau d’Abidjan, a noté de réelles évolutions au niveau de la nouvelle loi relatives aux  successions sur  la préservation des droits des femmes. Auparavant  exclue de la succession, l’épouse a en effet désormais, selon la reforme, droit au quart de celle-ci, si elle est toujours légalement marié au défunt au décès de celui-ci. Le reste étant réparti entre les enfants du défunt.

La panéliste a toutefois relevé des limites, notamment le cas des concubines, ces femmes qui vivent avec des hommes sans être encore mariées avant la mort de ces derniers. La loi sur la succession ne les prend pas en compte au décès de leur compagnon alors que beaucoup d’unions sont scellées aux travers uniquement de cérémonies traditionnelles et religieuses.

Le troisième panéliste, M. Yao Brou, étudiant en Licence 3 Droit Public, a fourni quelques éléments de comparaison de certaines de ces dispositions avec des législations étrangères, notamment avec le droit français dont s’inspire le droit ivoirien. Il a cet effet relevé la possibilité que les droits de ces deux pays offrent à l’époux de ne pas reconnaître l’enfant de son épouse s’il est en mesure de prouver son incapacité physique à en être le père pendant un temps déterminé.

À la différence cependant du droit français, le droit ivoirien offre désormais la possibilité à l’homme de pas reconnaître un enfant de son épouse s’il peut prouver à partir de test ADN ne pas en être le père. Le panéliste a aussi rappelé dans le même temps que la reconnaissance automatique d’un enfant adultérin par l’homme donne l’impression d’une légalisation pernicieuse de l’adultère.

2- Des évolutions notables

D’autres évolutions positives ont été rappelées dans les discussions, notamment la protection des mineur(e)s, la reforme sur le mariage indique que « l’homme et la femme avant dix-huit ans révolus ne peuvent contracter un mariage ». Il en est de même de l’harmonisation de l’âge de la majorité civile et matrimoniale, tous fixés désormais à dix-huit ans.

Il y a également l’imposition de la publication des bans par voie d’affichage un mois avant la célébration du mariage, au siège de la circonscription de l’état civil du lieu de célébration du mariage et de celui de la résidence de chacun des futurs époux. Cette action aura l’avantage d’éviter des mariages litigieux.

3-Les discussions ont abouti à des propositions

– Notamment au sujet de l’héritage du défunt. Les participants à la discussion proposent la possibilité de le partager entre sa veuve et sa famille biologique au cas où il n’aurait pas de descendants.

– Il faut également, selon les participants, tout en corrigeant les limites de la reforme sur la filiation, notamment la possibilité d’un test ADN pour l’enfant adultérin du père, penser aussi à la prise en charge psychologique de l’enfant né hors mariage.

– En considérant que l’homme et la femme sont des partenaires dans le mariage, qu’ils ont tous les deux contribué à la constitution du patrimoine familial, le partage de l’héritage avec des enfants illégitimes s’avèrent difficile à accepter, selon les participants. Une législation plus claire à ce niveau évitera des conflits dans l’avenir.

– La nécessité de la mise à jour effective et de l’informatisation réelle de l’état civile viendra palier, pour les personnes présentes à ces discussions, aux limites d’une simple publication de bans.

L’initiatrice des discussions a promis de déposer les conclusions de la Table ronde auprès des Institutions pertinentes dont le Sénat ivoirien, (dont deux représentants ont pris part à la table ronde) qui au moment de l’adoption de ces nouvelles lois, n’existait pas.


Le Prix Nobel de la gouvernance 2019

Médaillon CC Pixabay

Les Prix Nobel, cette année encore, ont tous été décernés, sauf une fois encore celui de la gouvernance. Comme en 2015, en 2017 (1 et 2) c’est encore le gouvernement du chef de l’état, adepte des politiques cosmétiques, et Président de la répu-brique (Il réussit la performance de ne se rassasier que de briques *:)) Marrant , sonnantes et trébuchantes qui peuvent se décliner en Euros, en dollars, en CFA, etc.)  qui l’a remporté. Un village-gouvernement 5.0, avec des postes aussi extraordinaires que bons pour faire recette dans un cirque *:)) Marrant.  Comme toujours, souffrez qu’on ne cite personne parce qu’apparemment encore une fois, ce ne sont pas tous les Nobel qui suscitent des félicitations *:)) Marrant. Nous ne vous donnons donc que les portefeuilles des plus illustres ministres de ce gouvernement et ce par quoi ses détenteurs se sont distingués. Cependant, vous aimez jouer ? Amusez-vous donc à mettre des noms, mais encore une fois c’est à vos risques et périls*:)) Marrant.

Le ministre de la ville *:)) Marrant , bon… du village, du campement, de la cabane, de la brousse, de l’arbre, de la feuille, finalement de rien du tout. Grand glandeur, il arrive à faire avec les deniers publics beaucoup de  rien, Vraiment chapeau Emoji!  On ne comprend vraiment pas pourquoi il est méprisé des maires.

Le ministre du riz *:)) Marrant : la star incontestée du gouvernement, il  prouve que le président de la répu-brique (pr) n’a eu pas tort de le nommer au gouvernement. Très polyvalent, il ne s’occupe pas que du riz, il grille aussi des arachides. Il démontre même son grand amour pour le blé, au point d’en charger personnellement des sacs en pleine nuit entre les caisses ministérielles et son coffre-fort, dans sa chambre. Il est vraiment bon, le ministre du riz, il a de l’oseille qui lui pousse sur le corps tellement il n’est pas venue dans son ministère pour rire. Le président de la répu-brique prévoit même jumeler à son portefeuille, le ministère de la broderie, tellement il ne fait pas dans la dentelle *:)) Marrant. Il est si dévoué et fidèle qu’il a promis au chef de l’éclat de gérer tout seule la patate chaude en cas de scandale.

Le ministre des affairages présidentiels *:)) Marrant : Ce grand bouillon *:)) Marrant  est non seulement dans toutes les sauces, mais il arrive à cuisiner partout à la fois grâce à son don d’ubiquité : dans l’armée, dans les syndicats, dans les grandes sociétés et les ministères d’État, dans les institutions économiques du pays. Il veille brillamment au gain, le top chef. Ce faisandée qui ne peut passer inaperçu, il va sans dire, a en outre ajouté un emploi à une liste déjà bien triste de boulots dans le pays. Il réussit en effet à faire de la qualité de frère de président une fonction. (Si ce n’est pas du génie ça ! )*:)) Marrant. Et même mieux, lui y prospère vraiment… enfin en attendant la chute du grand-frère.  Le souvenir de ses amis François et Saïd lui fait faire des cauchemars*:)) Marrant.

La ministre de l’eh-ducation *:)) Marrant: Seconde star du gouvernement, elle confirme vraiment que les politiques d’égalité des chances et d’égalité homme-femme dont le pr se fait le chantre sont de vrais succès. Il est en effet impossible de faire la différence entre elle et le mâl(e) du gouvernement.  La ministre de l’eh-ducation est en somme une vraie pro-graissiste *:)) Marrant, son grand amour pour les élèves des tropiques et sa grande moralité de femme l’emmènent à équiper les établissements scolaires du pays en table-blanc venu tout droit du pays de la grande muraille et des cochons gras grillés*:)) Marrant. Cette viande, paraît-il, est très pratique pour préparer les élèves à ne pas avoir peur de graisser des pattes dans l’avenir ; et puis  elle au moins ne risque pas de saouler, à la différence des pots de vin, parce que les élèves, leur priorité, c’est bien l’école et non l’alcool. Et puis encore ces table-banc 5G *:)) Marrant , sans casier en outre, sont pratiques contre les dessous de table.

La ministre de l’eh-ducation, immense re-vol-u-tionnaire, combat par ailleurs tous les néocolonialistes aux esprits rétrogrades doublés de discrimination et d’exclusion et qui passent par la langue pour faire l’affaire des Blancs. Sa technique de lutte est simple : massacrer le français *:)) Marrant. Et pour ça, ya pas mieux qu’elle dans tous les gouvernements qu’a connu le pays.  Elle est d’une remarquable pugnacité si bien qu’elle réussit à faire du scandale une vraie valeur morale. C’est le moins qu’on puisse s’attendre de la part d’une eh-lite  qui a bénéficié d’une brouillonne et bruillante formation à SciencePro *:)) Marrant , à la faculté des arts de la catégorisation, de l’injure, de la calomnie et des nerfs à fleurs de peau. Elle n’a vraiment rien à envier aux hommes, ils la jalousent même.

Le ministre de l’intégration national et de la grande famille : Véritable tête chercheuse, il travaille  brillamment à la large ouverture du gouvernement à toutes les familles politiques. À cet effet, il s’introduit dans certains milieux  a priori fermés au régime. Il est doté d’une magnifique immoralité qui lui donne le droit de tout pénétrer, avec violence, sang froid et une confiance déconcertante.  D’ailleurs toujours aussi bien lubrifié grâce aux deniers publics que met à sa disposition le président de la répu-brique, grâce à son art du chantage aussi, il faut l’avouer, on se demande comment il échouerait. Mais ils a tout de même le mérite de pouvoir faire copuler sur la table du gouvernement, les différentes familles politiques que compte le pays. On les croyait opposées, chacune fidèle à ses convictions. Mais on avait surtout oublié qu’elles sont  toutes adeptes des orgies gouvernementales. Ce sont les sot-cialistes, les lib-eros et la société sibylle ; Avec de tels exploits on comprend donc d’où viennent les gémissements plaintifs du pays.

Ce merveilleux gouvernement qui, de plus, remporte  son énième prix Nobel de la gouvernance fait mentir  Alpha Blondy quand ce dernier accuse les Africains d’être leurs propres ennemis.

 


Chirac et la Côte d’Ivoire, c’était une question de logique

Jacques Chriac, CC wikipedia.org

La disparition de Jacques Chirac  (Père a son âme)  le 26 septembre a suscité une forte émotion dans le monde, plusieurs réactions également. On s’est aussi souvenu de lui en Côte d’Ivoire où il a eu une forte influence sur la politique, en tant que chef d’État français. Les personnalités politiques ivoiriennes qui étaient dans de bons termes avec lui  se sont ouvertement émus de sa mort. Celles  qui ne  le portent pas dans leur cœur parce qu’ils ont des choses à lui reprocher ont en revanche préféré garder le silence. C’est leur choix, qu’elles peuvent sans doute justifier, mais au fond la relation du  président  Chirac à la Côte d’Ivoire n’a été guidée que par la logique.

La cohabitation Chirac-Jospin et le coup d’État du 24 décembre 1999

Nous nous rappelons le coup d’État en Côte d’Ivoire en 1999 contre Henri Konan Bédié, alors président de la République.  Chirac qui est de la droite et proche du régime ivoirien de l’époque  est en cohabitation avec l’opposition socialiste. Alors qu’il est pour un déploiement de l’armée française dans Abidjan afin de rétablir de l’ordre constitutionnel, Lionel Jospin, le premier ministre socialiste qui détient la majorité au parlement s’y oppose. Parce que Konan Bédié un ami de Chirac ? Par simple rivalité avec le président Chirac ? Ou pour favoriser l’accession au pouvoir de ses camarades socialistes ivoiriens ? Ou pour ne pas s’ingérer dans une affaire ivoiro-ivoirienne ?

Dans tous les cas, ce refus, que les  accords de défense entre la  France et la Côte d’ivoire ne justifiaient pas, acte le putsch et par la même occasion proclame la chute d’un régime démocratiquement élu.

Les opposants ivoiriens de l’époque, dont le rdr (rassemblement des républicains) et les socialistes du fpi (front populaire ivoiriens), s’en réjouissent et ne voient aucun inconvénient à faire parti du gouvernement du chef de la junte  militaire. C’est certainement une aubaine pour ces organisations politiques légalement constituée de se rapprocher de leur objectif d’obtenir le pouvoir d’État.

Mais elles oublient, en particuliers les socialistes ivoiriens qui ont une longue histoire de lutte démocratique dans leur pays, qu’en acceptant de cautionner une action illégale pour la chute d’un régime démocratiquement élu, leur crédibilité est mise en cause. Ils se privent de plus de potentiels soutiens dans l’avenir. Et les socialistes ivoiriens l’apprennent à leur dépends lorsqu’ils sont effectivement au pouvoir.

L’insurrection armée du 19 septembre 2002 et l’indifférence de la France

Le régime de Laurent Gbagbo subit une tentative de coup d’État le 19 septembre 2002 qui se transforme en une rébellion. Entre-temps, Chirac et la droite remporte les élections générales de 2002 et arrivent à exercer pleinement le pouvoir. Le Régime socialiste ivoirien, attaqué, demande l’intervention de la France en raison des accords de défense qui lient la Côte d’Ivoire et l’ancienne puissance coloniale. Le président Chirac refuse logiquement de venir à la rescousse de socialistes ivoiriens qui ne s’étaient pas embarrassé 3 ans auparavant d’acter en intelligence avec leurs amis socialistes français, un accès au pouvoir par coup d’État. Et puis il y a aussi le principe de non ingérence dans un conflit entre ivoiriens, qu’avait déjà invoqué le premier ministre socialiste  à l’époque pour ne pas faire barrage au coup d’état contre Bédié, qu’avance le gouvernement français. En lieu et place d’une intervention française, les socialistes au pouvoir en Côte d’Ivoire ont droit à une force d’interposition qui coupe leurs pays en deux.

Les Forces françaises sécurisent ainsi logiquement les intérêts français dans la partie non occupée du pays après avoir mis à l’abri leur compatriote de la zone rebelle.

Politiciens puérils et sans principes démocratiques     

En vouloir à Chirac au point de ne pas s’incliner devant sa mémoire est la preuve d’une immaturité politique ; c’est même un comportement puéril de ces politiques ivoiriens qui refusent de voir leur propre responsabilité dans le déclin de leur pays : avoir cautionné un coup d’État qui est pour  la Côte d’Ivoire une boîte de pandore. Tous les drames (charniers, tentative de coup d’État, rébellion, guerre civile, conflits interethniques, massacres, détournement et corruption à grande échelle, tribalisme, gabegie, manipulation politique, prédation économique) que le pays connaît par la suite en sont la source logique.

Entre parenthèse : il est intéressant de remarquer la stabilité du Sénégal. Comme la Côte d’Ivoire, ce pays de la sous-région ouest-africaine est, à la fin des années 90, confronté à de réels obstacles à une alternance politique démocratique.  Malgré les épreuves et les difficultés, les opposants de ce pays avec à leur tête Abdoulaye Wade, ne succombent pas aux sirènes des moyens anti-démocratique, ne serait-ce que pour espérer gérer les affaires de l’État.  Ce n’est pas le cas de ceux de la Côte d’Ivoire ; D’où certainement le mépris de Wade, une fois au pouvoir, pour les socialistes ivoiriens avec qui il semblait à couteau tiré alors que chacun gérait son pays de son côté. Laurent Gbagbo même, dans les interviews qu’il accordait, se plaignait de ce dédain, dont il disait ignorer la cause.

Pour revenir au président Chirac, de belles paroles même de personnalité politiques ivoiriennes à sa mémoire ne veulent rien dire si la logique, la loyauté aux principes démocratiques et à ses amis,  la persévérance et l’amour pour son pays et ses compatriotes …. Si tous ces principes  qui l’ont animé ne servent pas de leçons aux politiques de la Côte d’Ivoire. Il n’y a pourtant rien à espérer de ces derniers. L’aigreur des ex gouvernants et l’euphorie du régime actuel emmènent cet agrégat de requins, dauphins, pique-bœufs et autres égoïstes et égocentriques assoiffés du pouvoir à oublier l’essentielle : L’intérêt supérieur de la Côte d’Ivoire.

Le Président Chirac, lui, est décédé en paix chez lui, entouré des ses proches, comme le signe  du devoir accompli dans un esprit de logique, pour le rayonnement de son pays et la dignité de ses compatriotes. Père a votre âme, Monsieur Chirac, vous pouvez reposer en paix.


La mémoire de l’étoile, Dj Arafat, dévoile des sorciers

Arafat Dj en concert au Tchad en 2014. CC wikipédia

Cela fait prêt d’une douzaine de jours qu’à la suite d’un accident de moto  nous a quitté le roi du Coupé-décalé,  Arafat Dj, de son vrai nom Ange Didier Houon – Père a son âme. Sa  disparition est une énorme perte pour la Côte d’Ivoire et le monde des arts musicaux modernes. Elle  confirme pourtant la mauvaise foi,  voire la méchanceté, que certaines catégories d’individus lui ont montrées de son vivant. Ces adeptes des pratiques secrètes, illicites et effrayantes semblent même utiliser sa disparition tragique à leur profit.

Le monde des politiciens

Il n’est un secret pour personne, Dj Arafat avait pour « mentor » un politicien. Mentor ? Disons plutôt vieux-père en nouchi, ou protecteur en français. Ce dernier a même dit de lui : « C’est mon fils », avec ce que cette expression comporte comme sous-entendu en considérant le dense et  particulier contexte culturel et linguistique ivoirien. Enfin soit.

Véritable relation de protection ou pure manipulation par des politiciens   dépassés, mais surtout malins, animés de la volonté de se façonner une image d’officiels branchés devant une jeunesse désœuvrée dont Dj Arafat était l’idole ? Une chose est sûre, cette relation privilégiée n’a pu éviter le drame à l’artiste. Sans que la responsabilité du roi du coupé-décalé soit totalement avérée dans l’accident qui l’a emporté, la protection dont il bénéficiait des politiques  lui semblait une caution à tous les excès, sur la route notamment. « Il était abonné aux frasques, aux parades dangereuses à moto en pleine agglomération, souligne l’hebdomadaire satirique ivoirien L’Eléphant Déchaînésous le regard parfois amusé des forces de l’ordre, dont il ne venait jamais à l’esprit, de peur de représailles diffuses, d’oser la moindre verbalisation contre la star du coupé-décalé. […] À force de tout lui pardonner, déplore encore L’Eléphant Déchaîné, la République a laissé l’artiste, assuré d’une certaine impunité, s’installer dans une vie dangereuse, quasiment tous les dimanches, avec ses parades à moto, sur les voies très fréquentées de la 8e tranche, à Angré. ».  Ces autorités politiques étaient-elles donc vraiment de réels protecteurs pour  l’artiste ? Le fait que le gouvernement n’a  pas spontanément interrompu ses vacances pour l’organisation des obsèques de cette icône de la musique ivoirienne et offrir au plus tôt une sépulture à son corps meurtri par la violence de l’accident qu’il a subi en dit long à ce sujet.

Tweets sur tweets (pour témoigner sa peine depuis son lieu de vacance) comme leur nom l’indique ne sont ni plus ni moins que du bruit. Ces gazouillis ne peuvent valoir le grand attachement que ces tweeteurs prétendaient témoigner à la star de son vivant. Le verset biblique ne semble pas si bien dire : « Et là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » (Luc 12, 34).

L’organisation même de funérailles grandioses par le gouvernement ne saurait témoigner suffisament de l’affection pour un artiste qui, dans ses derniers jours, se plaignait auprès de sa grand-mère d’attaques et d’un manque de soutien flagrants pour l’organisation de son concert. La plus grande  reconnaissance serait de faire bénéficier à ses enfants à bas âge d’une prise en charge sociale. Alpha Blondy l’a réalisé pour le fils de son ami, l’homme qui l’a fait, Roger Fulgence Kassy. Pourquoi ceux qui prétendent regretter Arafat Dj et qui en ont les moyens et le pouvoir n’en feraient pas autant pour ses enfants ?

Pseudo croyants et autres serviteurs de Dieu

Ces  catégories d’individus y vont de leurs commentaires au sujet de la disparition  d’Arafat Dj : « Il est mort sans connaître Dieu », entend-t-on de leur part, comme si l’on connaissait la relation personnelle qu’entretenait  cet époux, ce père de famille, cet artiste, ce concepteur, ce créateur, ce  féru de travail, cet homme pas du tout hypocrite, ce chef d’entreprise avec Dieu. Si Dieu ne se trouve pas dans ces différents aspects de sa vie, alors Dj Arafat que  ces gens  prennent plaisir à dénigrer au nom justement de Dieu n’a pas existé. Donc, de grâce, qu’elles se taisent.

Bon, en supposant qu’il n’aurait pas été croyant… qui de ces personnes,  soucieux de son salut et qui le voyait  égaré, a eu l’initiative de porter la Bonne Nouvelle à cette créature de Dieu, comme le commande Jésus à ses apôtres en Marc 16, 15 ? Une chose est certaine, ceux qui pensent créer la peur et augmenter  ainsi leur fidèle en prétendant à travers leur propos que Dj Arafat a eu une fin tragique parce qu’il n’aurait pas été croyant, ces gens mêmes ne connaissent pas encore Dieu. Sinon, en ce moment même, elles se lamenteraient pour ne pas avoir contribué à sauver une âme que, justement par la grâce de Dieu, ils prétendent avoir vu en perdition.

Certains même ont déjà eu la prétention de le juger et de lui prédire l’enfer sans se soucier de la faute qu’eux, pauvres mortels aussi, commettent ainsi en se faisant passer pour Dieu. Un  pasteur, qui a flairé une occasion de faire le buzz en se servant de la dépouille de la pépite de la musique ivoirienne, a même proposé de le ressusciter, avec le secret espoir d’être davantage connu et  sans doute de se faire beaucoup plus de fidèles.

L’artiste  ivoirien éclairé

Un célèbre artiste ivoirien d’une très très grande clairvoyance rappelle avoir mis en garde Dj Arafat contre son irresponsable entourage, que ce dernier allait causer sa « perte ».  Et malheureusement, selon lui, ceux qui étaient avec lui la nuit du drame l’ « ont poussé à ça jusqu’à la dernière minute, jusqu’à le mettre sur une moto sans casque ».

Notre artiste éclairé doit sans doute se réjouir, pour avoir eu raison. Sauf que sur la mémoire d’un défunt, on ne cherche pas à montrer son intelligence ou on ne prouve même pas qu’on avait raison. La sagesse veut qu’on se montre simplement humain ; on s’incline devant la mémoire du défunt, on fait preuve  de compassion et d’empathie pour la famille éplorée. Ce n’est à  l’honneur de personne de ne rien faire pour empêcher un danger qu’on a heureusement pressenti, de s’abattre contre la potentielle victime. Pire, il n’y a rien de digne d’avoir été particulièrement en conflit permanent avec cette personne qu’on dit avoir prévenu du drame, si bien qu’on a contribué à l’isoler davantage, parce qu’on nourrissait le secret espoir d’avoir raison un jour.

Ce comportement cache mal une antipathie née de la jalousie pour  un artiste d’une véritable  spontanéité, d’un naturel et d’un génie fascinants et dont l’aura lui attirait la collaboration de stars et l’amour spontané de millions de fans qu’il appelait affectueusement les chinois.

Seulement, les basses manœuvres contribuent étrangement au rayonnement d’une étoile, surtout quand celle-ci est  montée, définitivement dans les cieux,  rejoindre ses semblables, les anges. Repose en paix Ange Didier Houon, alias Dj Arafat, dit  Daïshikan. Père a ton âme, que tes détracteurs et tes sorciers le veuillent ou pas.

Yako* à  ta femme, à tes enfants, à ta mère, à ta grande famille, aux « Chinois » (tes fans), au monde des arts modernes, à toute la Côte d’Ivoire.

*Sincères condoléances


La Maison Connectée Des Savoirs (MCDS) de Grand-Lahou récompense ses lecteurs

Installation des lecteurs. Crédit photo :  Aly Badra

Ce samedi 6 juillet 2019, la Maison Connectée de Savoir (MCDS), ce tiers-lieu éducatif  de la ville de Grand-Lahou, a organisé, dans la joie et  la gaieté, une cérémonie de remise de prix aux lauréats des différents concours qu’elle a organisés.

L’orthographe, le dessin et la lecture sont les disciplines dans lesquelles les lecteurs ont composé. Ce sont au total plus d’une centaine d’élèves  du primaire et de la 6ème  qui ont pris part à ces concours.

Le dessin concernait les élèves de niveau CP (Cours Préparatoire) et CE (Cours Élémentaire.). Ceux   des niveaux CM (Cours Moyen) et 6ème se sont en revanche exercés  à l’orthographe.

Les prix varient certes, mais dans l’ensemble, les lauréats ont reçu en récompense de leurs efforts des sacs de sports, des jeux de société, des fournitures scolaires et des livres.

Pour avoir honoré la cérémonie de leur présence, chacun des invités  s’est vu offrir un cadeau de la Maison Connecté des Savoirs et son partenaire, les Éditions Les Classiques Ivoiriens.

Comme le montrent ces images ce fut un moment studieux,  de reconnaissance des efforts fournis, de joie et de gaieté, mais surtout de communion entre jeunes lecteurs, invités et enseignants.

 Les jeunes invités attendent sagement le début de la cérémonie. Crédit photo : A. B.

 

Le manager général de la MCDS entretient les jeunes invités sur les bienfaits de la lecture et les fondements de ces concours. Crédit photo : A. B.

 

Les jeunes lecteurs, très attentifs. Crédit photo : A. B.

 

Emmanuela, la plus brillante de tous, reçoit son prix des mains du patriarche Coulibaly. Crédit photo : A. B. 

 

La codirectrice de l’école Papa Nouveau reçoit symboliquement des cadeaux pour son école; Crédit photo : A. B.

 

Le concours de lecture se déroule séance-tenante. Crédit photo : A B.

 

Chacun des invités à eu droit à un cadeau. Crédit photo : A. B.

 

Photo de famille dans la gaieté. Crédit photo : Aly Badra


Festival Afropolitain : le slam tout feu tout flamme à l’Institut français d’Abidjan

Dans la soirée du 26 juin 2019, sur la scène de l’Institut français d’Abidjan, le slam était à l’honneur. Les slameurs africains du festival afropolitain ont gratifié les spectateurs de performances remarquables tant par leur style que par les messages véhiculés.

Le slameur ivoirien Kapégique en prestation. Crédit photo : Georges Kouamé

– Le style

Le style était simple, débarrassé de superflu, comme le réclame l’art du slam. Tous accompagnés d’une simple guitare ou d’un piano, nos artistes déclament leur texte poétique. Ceux-ci sont soit dits en Nouchi  pour ce qui est de Kapégique, le slameur ivoirien, soit en français et en langue locale pour les Powets du gabon, pour Marriusca du Congo et pour Kamal du Bénin. Les Powêts par exemple innovent par leur style traditionnel inspiré des remarquables et joyeux conteurs africains.

La simplicité des prestations augmentait le caractère intimiste de cette scène slam. Elle offrait aussi aux spectateurs non seulement de communier avec les slameurs, mais aussi de savourer des textes aux messages forts et variés.

Les Powets du Gabon en prestation. Crédit photo : Georges Kouamé

– Le message

Comme le style, le message est simple et rappelle les besoins essentiels des populations africaines. C’est avant tout pour Kapégique, le slameur ivoirien, la recherche de la paix. Son message est donc une mise en garde contre une  nouvelle guerre civile dans son pays en 2020 à la faveur des prochaines élections présidentielles après celle de 2010 qui a fait plus de 3000 morts. À cet effet Kapégique revisite le  fameux  titre du célèbre artiste congolais Zao :

« La guerre civile, ce n’est pas, ce n’est pas. Quand la guerre arrive tout le monde est cadavré. »

Le message est aussi avec les Powets du Gabon une quête de la différence, de la diversité, et non de la « demoncratie » ou encore de la « démo crass ie », comme ils le slament si bien. Marriusca la slameuse congolaise fait aussi de ce message sa thématique. Elle utilise l’image d’un arc-en-ciel qui n’est plus beau sans sa diversité pour rappeler le besoin des hommes de s’aimer afin de préserver l’humanité.

Le message de Kamal est autant simple que réaliste : le besoin pour les pays africains de ne pas se faire re-coloniser par les Russes et les Chinois après avoir subi la colonisation occidentale. La solution à ce déclin est le travail, selon le slameur béninois.

Style et message sont parfaitement conjugués par ces artistes de génie si bien que les spectateurs en redemandent chaque fois à la fin de leur temps de scène. Vivement la prochaine édition du festival afropolitain. Mais avant découvrez ici des vidéos des prestations de nos slameurs.

Les Powets du Gabon

https://www.facebook.com/jeanchristnkoffi/videos/vb.100008934032679/2026777177630064/?type=2&theater&notif_t=video_processed&notif_id=1561826374292406

Kapégique de Côte d’Ivoire

https://www.facebook.com/jeanchristnkoffi/videos/vb.100008934032679/2026789607628821/?type=2&theater&notif_t=video_processed&notif_id=1561827618736349


Festival Afropolitain : Sandrine Burckel, maquilleuse, milite contre la dépigmentation

Infirmière de profession, mais qui a le maquillage pour passion, Sandrine Burckel est une jeune femme exposante au festival afropolitain 2019, dans la catégorie art visuel.

La maquilleuse Sandrine Burckel Crédit Photo : Georges Kouamé.

À son stand, pas de photos exposés ni de modèles réels. Juste du matériel et des produits de maquillage. La raison ? Ses visiteurs sont justement ses modèles. Ils sont gratifiés séance tenante d’un make up réalisé par ses  soins. Ce ne sont pas les  mondoblogueurs qui diront le contraire.

Crédit photo : Georges Kouamé

 

Crédit photo : Georges Kouamé

Mais la jeune femme maquilleuse est plus remarquable par la singularité des maquillages qu’elle utilise. À base de produit naturels, notamment le miel, l’huile d’olive, le citron, ils servent, selon elle, à revaloriser la peau noire. Celle-ci, à cause de la dépigmentation est dévalorisée et perds de ses qualités, alors que sans produit éclaircissant, mais simplement entretenue, toujours selon Sandrine,  c’est une peau qui résiste au temps.  Son vieillissement est par exemple beaucoup plus lent qu’une autre peau. Elle tient bon contre les éléments.

Selon la maquilleuse strasbourgeoise d’origine camerounaise, sa propre peau illustre bien ses propos. Et nous le confirmons. Jugez en vous-même par cette vidéo où non seulement elle apparait, mais où elle explique également la cause de son rejet de la dépigmentation.

 


Reforme de la loi sur la filiation en Côte d’Ivoire : et si on élevait le niveau du débat

En plus de  « l’intérêt supérieur de l’enfant né hors mariage », les autorités expliquent les reformes sur la filiation par  certaines exigences de la société ivoirienne actuelle et le souci de  se conformer à « ce qui se fait ailleurs  dans le monde dans ce domaine ». Ces justificatifs, qui ne sont pas de plus appuyés d’exemples concrets, ne sauraient à eux seuls expliquer ces modifications. Ils comportent non seulement des  limites, mais la reforme en elle-même n’a pas été élaborée  dans l’esprit  dans lequel elle est supposée se faire ; c’est-à-dire les renforcements, d’abord de l’égalité homme-femme et ensuite de la protection de l’ordre public. Une élévation du niveau du débat sur cette reforme pour éviter d’en faire une triste aventure s’impose. La discussion empêchera ainsi l’inégalité et l’injustice dans le couple,  renforcera le rôle de l’institution  judiciaire et mettra les personnes en face de leur responsabilité.

Groupe d’enfants africains. CC Pixabay.com

1- Inégalité homme-femme et injustices

Corrigeant une injustice vis-à-vis de l’homme, le  nouveau texte prévoit que  « le mari peut, désormais, désavouer l’enfant né dans le mariage s’il prouve qu’il ne peut en être le père. Cela, en se fondant sur les données acquises de la science médicale ». Parallèlement l’homme peut reconnaître son enfant né de son « commerce adultérin », non plus après le consentement de son épouse légitime, mais  après une simple notification de celle-ci par un acte d’un commissaire de justice (un huissier). Ces nouvelles lois comportent des injustices et des inégalités. Elles  vont à l’encontre de l’esprit de renforcement de l’égalité entre l’homme et la femme dans le mariage, qui, selon le gouvernement, aurait motivé ces innovations.

Pourquoi en effet l’enfant de l’épouse dont l’époux doute de la paternité devrait subir des textes ADN qui prouvent qu’il en est le père avant de le reconnaître, alors que ce n’est pas le cas pour l’enfant né d’un « commerce adultérin » de l’homme ?

Autant est reconnu à l’époux le droit de douter de sa paternité, autant l’épouse devrait également pouvoir remettre en question la paternité de son époux au sujet d’un enfant née en dehors du cadre familial légale. La justice voudrait que des tests ADN  soit valables dans les deux cas pour mettre toutes les parties en présence en face de leur responsabilité. Cela, en vue d’une réelle protection de la famille ; de  l’enfant adultérin aussi qui, malgré tout, est un être humain.

2- Respecter la fonction judiciaire

– Ne pas abuser de la justice

L’homme pourrait reconnaitre l’enfant né de son commerce adultérin, comme le souhaite la reforme, après une simple notification de l’épouse légitime par une commissaire de justice.  Mais, l’action de l’huissier dans ce processus ne doit pas constituer d’une part  l’illusion du respect de l’époux infidèle pour son épouse et d’autre part une banalisation de cette fonction judiciaire. Son action se limite en effet uniquement à une notification de la femme, rien de plus. L’on abuse ainsi des services d’un agent de la Justice pour imposer à la femme la traitrise de son époux.

– Le commissaire de Justice doit être au service de la Justice

Le rôle du commissaire de justice dans le processus de reconnaissance de l’enfant adultérin doit être réel et impartial. Son action doit en effet consister à s’assurer de la paternité du père infidèle après réalisation de tests ADN (réalisés aux frais de ce dernier) le prouvant. Si c’est avéré qu’il est le père  de l’enfant né hors mariage comme il s’en réclame, l’huissier devrait alors veiller au  dédommagement de l’épouse par l’époux adultère pour le préjudice morale et psychologique subi. Ces mesures se justifient par le fait qu’au mariage l’homme et la femme se sont juré fidélité et respect. De plus, ces compensations qui ne sont pas nouvelles[1] devraient apaiser la femme. Elle est  non seulement meurtrie par la traitrise de son époux, mais ses enfants nés dans le mariage auront, selon la reforme sur la filiation,  les mêmes droits que l’enfant né de la tricherie de cet époux. Ces règles, dans le fond, sécurisent véritablement le mariage et au-delà l’intérêt supérieur de la famille, première cellule sociale.

3- La responsabilité en vue de la quiétude sociale

–  Mettre le conjoint adultère devant ses responsabilités

L’époux adultère pourrait être tenté de fuir ses responsabilités vis-à-vis de l’enfant né hors mariage en ne le reconnaissant pas par exemple. À ce niveau les tests ADN, réalisés aux frais de l’éventuelle plaignante, son amante, devraient clore le débat et le mettre devant ses obligations vis-à-vis de son enfant adultérin, s’il est prouvé qu’il en est le père. Si c’est le cas, il devra rembourser, à sa maîtresse, une partie  du coût des tests.

L’homme peut aussi  évidemment faire jouer sa liberté en demandant le divorce.  L’épouse aussi d’ailleurs. Dans ce cas, la loi devra garantir une protection totale à l’épouse en sommant l’époux fautif d’assurer  les ressources nécessaires pour l’entretien de  son ancienne conjointe et leurs enfants. Cela, pour l’équilibre de cette famille désormais monoparentale.  Le mari et son épouse étant traditionnellement des partenaires sociaux en Afrique, cette digne assistance devrait symboliquement combler la défection de l’époux.

Pour la gouverne du gouvernement ivoirien, prompt à copier ce qui se fait partout, ces mesures s’appliquent  aussi ailleurs,  notamment dans les États civilisés à travers le monde.

Ne pas faire de l’adultère un délit ne signifie pas l’institutionnaliser

Ces  mesures semblent sévères certes, mais tout est en fait une question de responsabilité, de justice et de bon sens.  Il s’agit de mettre des adultes  en face de leur Responsabilité. Tous ont en effet une obligation de contribution à l’ordre sociale et public.  Et un des obstacles à cette quiétude est indéniablement l’abandon des enfants à la seule charge d’une ancienne épouse. Il y a aussi, en plus des limites de l’assistance sociale, l’incapacité du père de famille nombreuse à assurer ses devoirs de protection  et d’éducation envers ses enfants. Il faut préciser que ces familles trop nombreuses sont le résultat de la polygamie sournoise. Celle-ci résiste au temps, à travers des mariages coutumiers et religieux, sous prétexte que l’adultère n’est pas un délit.  Il n’est pas un crime certes, mais il ne faut pas le banaliser puisqu’il constitue une cause de divorce, de drames et de désordres sociaux

L’adultère  peut simplement être   rendue coûteux, à travers toutes les mesures précédemment évoquées. Cela, pour épargner la société de tous les drames et hontes qui lui sont liés. Non seulement  il ne sera plus à la portée de tous, mais les personnes qui le pratiqueront sauront surtout ce à quoi s’attendre. Les victimes auront également de quoi apaiser leur cœur. Autant de situations qui, au moins, dissuadent  d’être infidèle.

Des hommes seraient même tentés de ne pas se marier officiellement pour jouir d’une certaine liberté matrimoniale. Mais divers avantages sociaux, fiscaux et même financiers accordés aux couples mariés légalement  devraient faire réfléchir ces mâles à deux fois avant de s’engager dans un tel égarement. La sanction en outre de pères incapables de s’occuper d’une progéniture trop nombreuse devrait davantage les dissuader à donner libre cours à leurs pulsions.

En somme, la reforme sur la filiation en Côte d’Ivoire sera salutaire si  elle est vraiment réalisée dans un esprit de Justice. Mais elle le sera surtout en prenant effectivement en compte l’intérêt supérieur de l’institution familiale, première cellule sociale. Dès lors, l’ordre public suivra naturellement, en attendant que les injustices au niveau de la pension de la défunte femme fonctionnaire[2] soient corrigées, pour une véritable égalité homme-femme dans le mariage.

 

[1] En cas de fautes de l’homme vis-à-vis de son épouse, la tradition et le bon  sens aussi d’ailleurs, veut qu’il lui fasse des cadeaux pour l’apaiser.

[2] Le veuf devrait en bénéficier pour l’entretien de la famille, comme cela s’applique également pour la veuve.


Réforme de la loi sur la filiation en Côte d’Ivoire ou le projet d’une légalisation sournoise de la polygamie

Fin mars 2019, le gouvernement ivoirien a adopté des projets de loi relatifs au mariage, à la minorité, aux successions et à la filiation. En dépit de quelques  évolutions au niveau des trois premiers, la reforme sur la filiation s’annonce assez complexe. Elle véhicule en effet certaines injustices et pourrait de plus implicitement proclamer une légalisation inavouée de la polygamie en Côte d’Ivoire.

Crédit photo : afro-moderne.mondoblog.org

  • Une reforme patriarcale

La reforme sur la filiation en Côte d’Ivoire répond, selon les autorités, du besoin de ne considérer que l’intérêt supérieur de l’enfant né hors mariage qui « n’est plus, ainsi, comptable des actes de ses père et mère ». C’est bien beau, mais on se garde bien d’informer sur les chiffres et les statistiques sur les individus qui sont concernés par la non reconnaissance de leur père à leur naissance. Aucune enquête ou tout autre étude non plus sur les raisons pour lesquelles des enfants ne sont pas reconnus par leur père n’a été utilisée comme argument pour motiver la réforme.

Il serait judicieux de prendre en compte ces éléments et de les porter à la connaissance de la population. Cela pour ne pas donner l’impression que ces reformes sont le fait de patriarches soudainement riches, qui ont donc eu les moyens de contracter au moins un mariage parallèle, mariage illégal parce que non reconnu par la loi. Ce sont ces unions coutumières ou religieuses.

Et pour revenir à ces super mâles, vu leur statut de patriarche, ils seraient fort embarrassés lors de la reconnaissance de leurs enfants adultérins. Ils doivent en effet avoir l’autorisation de l’épouse légitime à cet effet, selon la loi actuelle. La reforme viendra  proclamer la fin de ce détail qui met l’époux en face de son devoir de fidélité et de respect vis-à-vis de son épouse et vice versa. Cette loi valorisante pour l’épouse légitime qui n’a rien à se reprocher sera ainsi abrogée. Selon la reforme, son avis  ne compte plus, l’homme l’informe simplement de la reconnaissance de son enfant adultérin avec la complicité de la justice.

  • La justice au service de l’adultère et de l’injustice

L’homme pourra en effet reconnaître son enfant né de son « commerce adultérin » non plus après le consentement de son épouse légitime, mais  après une simple notification de celle-ci par un acte d’un commissaire de justice.

L’on est tenté de se demander à quoi répond la notification de l’épouse par un huissier avant que l’époux ne reconnaisse son enfant adultérin, puisque l’avis de cette femme ne compte pas. Pour son dédommagement ? Ou pour toutes autres compensations ? Ou encore pour tout autre règlement par rapport aux enfants légitimes ? Rien ne le dit. Une chose est sûre, on a l’impression que des services de la justice sont mis à la disposition d’un acte immoral, l’adultère. Le pire, on dénue à l’épouse légitime le droit de protester contre l’immoralité de son époux.

On lui offre sournoisement le choix entre le divorce et une certaine vie conjugale. Elle peut en effet demander la séparation en raison de l’infidélité de son époux. Cependant en dehors de la vie maritale une femme est non seulement mal vue dans la  société ivoirienne, mais elle paraît non plus n’avoir aucune existence. Endurer les infidélités de l’homme ou accepter d’être marginalisée. Telle est  la position de l’épouse qui finalement semble se trouver entre le marteau et l’enclume.  Il est encore évident que l’égalité homme-femme qui a motivé les reformes sur le mariage, parallèlement aux innovations sur la filiation, est ici mise à mal.

  • Une réforme qui fait une part belle à la polygamie

La réforme annoncée sur la filiation donne ainsi implicitement un statut légal aux multiples mariages contractés soit de façon traditionnelle soit suivant certaines religions. On donne ainsi en Côte d’Ivoire l’impression de faire de l’adultère une vertue, sinon d’en être indifférent, alors que la loi la considère comme un motif de divorce.

La relation extraconjugale est de plus dans les faits la cause de plusieurs drames sociaux. De nombreux faits divers liés à cet acte de traîtrise d’un des membres du couple en sont la preuve. L’adultère n’est certes pas un délit en Côte d’Ivoire, mais à partir du moment où il est la cause de tragédies, de désordres sociaux ainsi qu’un motif de divorce, toute reforme devrait être plus pour le décourager que pour l’encourager. Cela semble pourtant difficile à réaliser puisqu’il est le fondement de la polygamie, polygamie que cette reforme sur la filiation en Côte d’Ivoire cautionne implicitement.

Finalement l’intérêt de l’enfant né hors mariage qui paraît la raison pour laquelle ces reformes de la loi sur la filiation sont annoncées n’en serait pas la cause réelle. La situation de ce rejeton paraît simplement manipulée en vue d’accorder plus de crédit à la polygamie. Ce dessein inavoué met en danger l’institution familiale et constitue à long terme un facteur de désordre social et public. Ce que dit  pourtant vouloir  éviter le gouvernement en engageant ces reformes. Allez y comprendre quelque chose.


#Mondochallenge : Côte d’Ivoire, l’alcool, un tueur silencieux

Bouteilles de koutoukou dans un cabaret, Crédit photo : Christ Koffi
Bouteilles de koutoukou dans un cabaret, Crédit photo : Christ Koffi

L’Ivoirien adore faire la fête. Qui dit fête, dit laisser aller à tous les excès qui vont avec, particulièrement à une consommation démesurée d’alcool. Mais beaucoup d’autres Ivoiriens n’ont pas besoin de faire la fête pour ingurgiter quotidiennement de l’alcool. Et si la Côte d’Ivoire, malgré ses apparences, ne se trouve pas parmi les grands consommateurs d’alcool , c’est simplement parce que l’alcool qui y est le plus consommé  échappe à tout contrôle depuis sa fabrication jusqu’à sa mise sur le marché. Et cet alcool, dont le plus célèbre est le koutoukou, encore appelé gbêlê, fait des dégâts parmi ses consommateurs, de jeunes adultes en général.

  • Un fait divers lié au goût de l’alcool

Jeudi 15 janvier 2015, Yopougon (Abidjan), 9 heures du matin, un homme, la quarantaine, que nous appellerons Mike est au boulot. Il a veillé, il est gardien de nuit de véhicules. Et ce jeudi matin là, il a pratiquement fini de libérer ses clients qui viennent récupérer leur voiture pour se rendre au travail. Il vaque donc normalement à son occupation quotidienne quand il est soudain pris d’un malaise. Il s’adosse contre un véhicule, tient difficilement sur ses jambes. Les habitants et les vendeurs et vendeuses des environs présents à ce moment là n’ont pas le temps de s’approcher de Mike pour s’enquérir de ce qui ne va pas,  ce dernier s’affale au sol, dans la poussière, et rend l’âme. Son corps couvert d’un drap ne sera enlevé de ce carrefour que dans l’après-midi.

Cette mort subite de Mike causa une forte émotion parmi les gens qui le connaissaient et même parmi les femmes qui, le matin, pour se rendre au marché, se faufilaient entre les voitures dont il était le gardien.

Mais passées les émotions, cette mort tragique, au fond, n’a surpris personne car Mike avait la réputation d’un buveur quotidien de Koutoukou. Il aurait même fait de cet alcool local, dont la dose n’est connue que par ses fabricants clandestins, sa seule consommation de la journée.

Ce qui veut dire qu’à côté de son alcool quotidien, il ne prenait pas la peine de se nourrir. Quoi de plus normal puisque avec 50 francs CFA, on peut s’acheter du Koutoukou. Il y en a même en version améliorée dans des petits sachets, made in Ghana et vendus à 100 francs CFA l’unité. Soit dit en passant, cette version est très prisée par les conducteurs de mototaxi de Bouaké. Ce qui pourrait, en plus de la méconnaissance du code de la route de ces derniers, expliquer les fréquents accidents dont ils sont les auteurs dans la deuxième  ville de la Côte d’Ivoire.

  • Mais, c’est quoi cet alcool local qui fait tant de dégâts parmi les Ivoiriens d’environs 27 ans et plus ?

Il y a trois grandes boissons locales en Côte d’Ivoire :

Le vin de palme encore appelé bangui ; Avec 100 franc CFA, on peut s’offrir, dans les rues d’Abidjan, un demi litre de cette boisson douce et alcoolisée . Des jeunes gens en vendent en vélo à travers la ville.

Mais attention, certains vendeurs de bangui sont gagnés par l’appât du gain. En effet, ces derniers augmentent leur quantité de Bangui en y ajoutant de l’eau sucrée, puis de la levure pour que leur mélange prenne l’aspect mousseux de la boisson originel. Imaginons les effets d’un tel mélange sur un individu qui en fait sa boisson quotidienne.

Le Tchapalo : il résulte du maïs ou du sorgho fermenté, puis  bouilli. Cette boisson est très nourrissante selon Oumar, un ami qui en est un consommateur attitré. Pour lui, cette boisson est en plus un bon déconstipant. Elle peut être alcoolisée ou pas. C’est selon la préférence. Avec 100 francs CFA, on peut s’offrir une calebasse, environs 33 cl, de ce breuvage.

Tchapalo en pleine préparation Crédit photo : Christ Koffi
Tchapalo en pleine préparation Crédit photo : Christ Koffi

Le koutoukou. Fortement alcoolisé, il est de loin le plus dangereux. Mais, il est pourtant le plus prisé, certainement parce qu’il est le moins cher, mais aussi le plus fort. Il est fabriqué clandestinement en brousse à partir de la distillation du vin de palme fermenté, puis livré dans les centres urbains, officiellement clandestinement aussi.

  • Les  raisons du succès de l’alcool en Côte d’Ivoire

Des Mike, je le constate, parce qu’aucun chiffre ne le dit, il y en a des milliers dans toute la Côte d’Ivoire, surtout à Abidjan. Et plusieurs raisons conduisent ces jeunes adultes à l’alcool.

Le chômage qui touche, selon les chiffres officiels, entre 20 et 30% de la population active en Côte d’Ivoire est de loin l’une des raisons majeures. La deuxième raison est le sous-emploi. Il concerne une très part des actifs. Il faut dire que le petit coût des alcools locaux est largement à la portée de ces deux catégories de personnes qui ne peuvent que si adonner à cause de la forte pression sociale que leur condition précaire les fait subir dans une ville, et un pays en générale où la vie est de plus en plus dure malgré ses 9 % de croissance en moyenne sur plusieurs années. Selon la banque mondiale, la pauvreté touche 5O% de la population Ivoirienne. 

Une autre raison du goût de certains Ivoiriens pour l’alcool est la dureté de leur activité, ajoutée à leur faible revenu. Ce qui explique qu’en ville les consommateurs du koutoukou et des autres alcools locaux sont les débrouillards et les tâcherons ; dans les campagnes, ce sont les personnes qui travaillent la terre ou exercent une activité très physique.

En somme, autant faut-il vivre, autant le koutoukou est-il nécessaire pour cela, son faible coût le rendant accessible aux actifs les plus défavorisées de la société ivoirienne. Mais, dans le même temps, sa forte teneur en alcool, qui reste d’ailleurs inconnue, les tue à petit feu.

Finalement, on se rend compte que l’alcool est certes un tueur  silencieux en Côte d’Ivoire, mais il n’y a pas que lui qui tue sournoisement, il a pour associées  la précarité et la pauvreté.