N'Guessan Jean Christ Koffi

Cahier d’un voyage dans le pays profond ivoirien

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de rfi.fr

Il y a environs deux semaines de cela, j’ai effectué, avec une amie, un voyage d’Abidjan à l’intérieur du pays pour assister à des funérailles. Ce déplacement, a priori banal, est pourtant resté gravé dans mon esprit. Et cela pour plusieurs raisons.

D’abord de la maison à la gare routière, très tôt le matin. Pour ceux qui habitent les quartiers reculés de la banlieue d’Abidjan, avoir à cette heure un taxi communal (woro-woro) ou un minibus (gbaka), pour accéder au centre-ville est un véritable sport, surpopulation d’Abidjan et insuffisance de moyens de transport obligent. Pour le bus, on n’en parle pas. Vous pouvez passer votre temps à l’attendre si vous n’avez rien à faire de la journée. Quant au taxi avec compteur, le coût est certes négocié, à l’avance, depuis plusieurs années maintenant, mais il faut en avoir les moyens. Il est donc encore réservé à des privilégiés.

Après une demi-heure à héler vainement un woroworo ou un gbaka, ma compagne et moi pûmes enfin avoir deux places à bord de ce dernier. En nous rendant à la gare routière, comme toujours, je suis frappé par le nombre de personnes au bord des routes ou rassemblées à des carrefours, attendant ce taxi communal, mais surtout ce gbaka qui les transportera directement à la commune d’Adjamé, au centre d’Abidjan. Il faut dire qu’à cette heure de la journée, les transporteurs préfèrent scinder cette destination en deux. Ce qui revient à au moins 50% plus cher. Les usagers qui n’ont pas vraiment de grandes urgences, préfèrent donc attendre patiemment. Et quand vient un véhicule qui se rend à Adjamé, il faut prier pour que le coût du transport n’ait pas été augmenté par le conducteur et son apprenti à cause de la forte affluence. Quand c’est bon, il faut jouer des bras et des coudes pour avoir une place.

Et cela n’est rien face à ce qu’endurent les usagers à Adjamé à partir de 17 heures. Les transporteurs y font la loi. La demande de moyens de transport étant plus forte que l’offre, les coûts ont triplés voir quadruplés. Plus proches de là (à quelques kilomètres quand même), les habitants d’Abobo (commune d’Abidjan) préfèrent marcher pour se rendre chez eux. Quant à ceux de Yopougon, beaucoup plus éloignée, ils n’ont pas le choix, ils payent ou ils attendent patiemment au moment où l’affluence est moindre, c’est-à-dire à partir de 21 heures, pour espérer payer le tarif normal. Vivement des moyens modernes de transport à Abidjan. Métros, tramways et beaucoup plus de bus feraient vraiment du bien aux Abidjanais.

A la gare routière, ma compagne et moi prenons toute de suite soin de sécuriser portefeuille et téléphone portable. C’était bien vu car nous subissons presque aussitôt l’assaut d’un essaim de démarcheurs gringalets, à l’allure et à l’aspect autant suspect que le langage pour l’occasion débarrassé du traditionnel Nouchi et des impolitesses qui leur sont tout aussi coutumières.

Chacun nous supplie à la limite de venir à sa compagnie de voyage pour lui permettre d’avoir, comme il le dit lui-même, son management (une commission sur nos billets). L’énervement n’est pas loin chez les fameux démarcheurs lorsque vous restez indifférent à leur proposition. Mais il ne faut pas leur répondre pour éviter les palabres, et par conséquent de vous faire agresser ou voler, sinon vous n’auriez personne pour vous venir en aide. C’est ça aussi Abidjan : l’indifférence. Malheureusement.

Notre compagnie, nous l’avons choisie le plus simplement du monde, notamment en lisant sur le panneau. Elle effectuait le trajet qui devait nous transporter à destination, c’est-à-dire dans le centre-ouest de la Côte d’Ivoire, plus précisément à Bouaflé. Un peu à la bourre, je m’empresse de payer nos tickets.

Une fois à bord du minicar après une longue attente dans la poussière (c’est encore l’harmattan à Abidjan en février. Vas y comprendre quelque chose) et à négocier un peu d’ombre sur les flancs des cars, nous n’avons même pas le temps de nous installer et de retrouver nos esprits que des gens montent à bord, des bidons vides de 20 litres en main. Ils les disposent dans l’allée et s’assoient dessus. Vraisemblablement, ce sont également des passagers.

D’une cinquantaine notre minicar se retrouve finalement avec une dizaine de passagers en plus, sans compter ces personnes qui ont été prises sur le trajet et qui sont restées débout dans les escaliers.

Cette surcharge n’est pas surprenante puisque aucun contrôle n’est effectué sur la route. Les transporteurs s’en donnent donc à cœur joie. Je suppose que les automobilistes paient suffisamment aux péages (deux fois et assez cher sur une centaine de km) sur l’autoroute pour qu’on leur mette encore des contrôles entres les pattes. Les quelques équipes de gendarmes étaient beaucoup plus préoccupées à prendre 1 000 francs CFA aux automobilistes pris par le radar que par toute autre chose. La sécurité des personnes sacrifiée sur l’autel de la cupidité, du gain et de la corruption.

Et puis, aussi extraordinaire que cela puisse paraître se trouvait également à bord du minicar des personnes qui se rendaient à Bouaké, c’est-à-dire dans le centre-nord, une destination qui n’a rien à avoir avec le trajet initial du minicar : centre-ouest… Cupidité du transporteur ou laxisme de ces passagers là ? Dans tous les cas, à l’étape de Yamoussoukro, le premier transféra les seconds chez un de ses confrères qui se rendaient à Bouaké, non sans remue-ménage et d’interminables marchandages. On se plaignait dans notre car de cette perte inutile et absurde de temps. Mais, tant que les bons comptes n’étaient pas faits, point d’oreilles…

Finalement le discours du bonimenteur à propos d’une solution à base de piments chinois à l’origine accessible qu’aux grands types du pays, voire d’Afrique, qui nettoierait le sang et que lui vendait à des prix dérisoires alors qu’il aurait dû coûter au moins 20 fois plus cher à cause de son efficacité qui n’est plus à démontrer, et le film de sketchs des talentueux humoristes ivoiriens nous ont aidés à supporter plus de trois heures d’inconfort dans ce minicar pourtant climatisé. Comme quoi les attitudes réactionnaires ont vraiment la peau dure dans une Côte d’Ivoire qui se veut pourtant énervante,… pardon émergeante. C’est donc avec un grand soulagement nous arrivâmes à destination.

Mais il fallait tout de suite emprunter un minibus pour se rendre dans ce village proprement dit, Ekani, où devaient avoir lieu les funérailles.

Un tour rapide aux toilettes de la gare routière pour satisfaire un besoin naturel avant de poursuivre la route. Mais le spectacle de ses toilettes que l’on n’a pas besoin de décrire ici à cause des âmes sensibles pousse ce besoin lui-même à se remettre à beaucoup plus tard…

En route pour le village dans un convoi prévu à cet effet…

18 km d’une piste plane, montante, descendante, traversée quelques fois de rigoles et parfaitement limitée de chaque côté d’une broussaille rougie par la poussière ocre et qui venait quelques fois lécher le visage de quelques passagers somnolents assis aux fenêtres. Nous fîmes ce trajet en un peu moins d’une heure. Ce n’est à destination que, bien qu’éreintés et poussiéreux, nous prîmes réellement conscience de là où nous nous trouvions : un merveilleux endroit, un véritable site touristique méconnu. Ekani est en effet juché sur une petite colline entourée de collines beaucoup plus grandes qui vous donne l’impression d’être seul au monde.

Cette situation n’est pas le fait du hasard, elle est chargée d’histoire. Elle a en effet permis aux villages non seulement de se protéger d’éventuels ennemis, mais également de voir venir les plus intrépides parmi ces derniers, et se défendre en conséquence.

Cette situation est tellement stratégique qu’elle a été un obstacle à des influences étrangères, notamment chrétienne. Ce qui est surprenant car dans la majorité des villages les plus reculés de la Côte d’Ivoire existe au moins une communauté chrétienne. Ce qui n’est le cas dans notre village qui se situe à pourtant moins de 20 km de la ville.

Une fois les funérailles terminées, c’était reparti pour Abidjan, un autre périple que nous supportâmes beaucoup plus à cause certainement du souvenir de ce merveilleux paysage que nous ne nous lassions pas de contempler durant notre cours séjour de moins de 24 heures.


La responsabilité : l’enjeu du procès Gbagbo et Blé Goudé

revedehaut.mondoblog.org Laurent GBAGBO | Flickr - Photo Sharing!  flickr.com
Laurent Gbagbo de flickr.com

L’ex-président de la Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo, et son ministre de la jeunesse Charles Blé Goudé, sont actuellement jugés par la CPI (Cour Pénale Internationale) pour crime contre l’humanité pendant la crise post-électorale de 2010-2011. Défenseurs et accusateurs de ces deux personnages de la vie politique ivoirienne s’attendent pour les premiers à leur relaxe et pour les derniers à leur condamnation. Sans empiéter sur les espoirs des uns et des autres, je me rends compte que ce procès a, malgré lui et en dépit des émotions qu’il peut susciter, un autre enjeu : la responsabilité.

Oui, en jugeant Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé pour ce qu’elle leur reproche, dans un contexte proche de la guerre civile, la CPI joue sa responsabilité. Elle a en effet également le devoir de délivrer des mandats d’arrêt contre les partisans d’Alassane Ouattara, accusés de crimes pendant cette fameuse crise post-électorale. Et pour faire mentir tous ceux qui l’accusent de justice à deux vitesses, ces mandats devront être adressés, si les faits le prouvent, à des partisans de choix du régime Ouattara, de « gros poissons » à la dimension de Laurent Gbagbo et Blé Goudé.

Le régime ivoirien, par équité, a également la responsabilité de livrer à la CPI les partisans que la Cour pourrait réclamer. Mais, à ce niveau, il y a le précédent Simone Gbagbo. Celle-ci, bien qu’opposante au régime, n’a pas été extradée à la Haye, malgré le mandat d’arrêt lancé contre elle par la CPI. Pour justifier le non-respect de ce mandat d’arrêt, le président Alassane Ouattara a affirmé, je cite :  « les personnes qui ont commis des atrocités et des crimes durant la crise post-électorale seront jugées en Côte d’Ivoire quelles que soient les opinions nationales et internationales, car notre pays, qui est un État moderne et un État de droit, en a la capacité ».

Ça, c’est pour les discours. Sinon, il n’y a pas l’ombre d’un doute : le pouvoir s’est soudain senti capable de juger les accusés de crimes contre l’humanité en Côte d’Ivoire parce qu’il ne veut pas extrader des partisans susceptibles d’être réclamés par la CPI, de plus en plus sous pression depuis plusieurs mois maintenant, et plus que jamais avec le procès Gbagbo et Blé Goudé.

Si toutefois il lui arrivait, par miracle, de juger sur place ses partisans, le pouvoir aurait la responsabilité de veiller à ce que ce soit les véritables coupables, quelle que soit leur influence, et non des accusés de substitution. Il a également la responsabilité de faire en sorte que ces procès servent d’exemple par leur impartialité, comme le procès de Simone Gbagbo (*:)) Marrant),  si tant est que celui-ci s’est déroulé dans les règles de l’art. Mais cela reste évidemment à prouver.

Les insuffisances du procès de l’ex-première dame, ainsi que de son beau-fils Michel, et même le statut de pro-Ouattara des supposés futurs inculpés en disent long sur la capacité actuelle de la justice ivoirienne à juger ces derniers sans prendre parti.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le procès Gbagbo et Blé Goudé a des implications qui mettent la justice internationale face à ses devoirs. Ces incidences doivent à coup sûr perturber bien des sommeils au sommet de l’État ivoirien. A moins que le pouvoir ait, dans un premier temps, mis aux « calendes ivoiriennes » le passage devant la justice des pro-Ouattara accusés. Il pourrait dans un second temps se montrer irresponsable en jouant à cache-cache avec la justice, et laisser cette patate chaude entre les mains des futures autorités, à partir de 2020. Pour cela, il faudrait déjà que le RDR (Rassemblement des Républicains, parti d’Alassane Ouattara et principal allié des anciens rebelles ivoiriens parmi lesquels se trouvent les présumés coupables) renonce au pouvoir pour le PDCI (Parti Démocratique de Côte d’Ivoire), comme le stipule l’appel de Daoukro. Ce qui n’est pas gagné d’avance.

J’ose tout de même croire, bien que cela paraisse utopique, que les autorités ivoiriennes feront preuve de responsabilité en n’épargnant pas leurs partisans accusés de crimes de sang. Il en va de la réconciliation nationale, sans laquelle la Côte d’Ivoire ne peut amorcer sereinement sa marche vers l’émergence si chère à ses autorités.


« Chassez le rebelle, il revient au galop »

de wikipedia.org CC
de wikipedia.org CC

On s’interroge sur la raison qui pousse des chefs d’État, en particulier africains, à se maintenir vaille que vaille au pouvoir après leur temps constitutionnel d’exercice de ce pouvoir ; mais il suffit de se référer à l’origine de leur pouvoir ou à leur passé pour expliquer cet état de fait.

Ainsi Pierre N’kurunziza, qui effectue actuellement un troisième mandat présidentiel au Burundi au prix de centaines de morts, de violations quotidiennes des droits de l’homme, de viols et d’assassinats, en ayant même une Bible en main et un ballon de foot aux pieds, est un ancien rebelle. Il est issu de la rébellion du FDD (force pour la démocratie et la défense) . Sa volonté de se maintenir au pouvoir contrairement à ce que stipule la Constitution de son pays en la matière s’apparente à une rébellion contre les institutions de ce pays.

Dénis Sassou N’guesso, président du Congo, vient de modifier la Constitution de son pays. La limitation de mandats à deux et la limite d’âge ont sauté. Ces modifications lui permettront à lui qui était, non seulement, frappé de la limite d’âge mais aussi empêché de briguer un troisième mandat, d’effectuer d’autres et se maintenir à vie au pouvoir. Mais, rappelons-nous surtout son accession au pouvoir en 1997. Il y parvint après une rébellion armée contre le régime Lissouba.

La modification de la Constitution par ce chef d’État après avoir fait ses deux mandats comme prévus par celle-ci s’apparente également à une rébellion contre cette institution. Elle est incapable de parler, la pauvre Constitution, sinon elle crierait au viol. D’ailleurs les manifestations violentes contre cette reforme représente dame Constitution ou dame Nation qui se débattent contre leurs agresseurs qui, malgré leur farouche opposition, les frappent, les immobilisent et les forcent pour prendre leur plaisir, plaisir que représentent tous les avantages et privilèges liés à la fonction de chef d’État, ainsi que toutes ces choses qu’on s’y permet, notamment les biens acquis frauduleusement.

L’on pourrait trouver objectif et légitime cette reforme constitutionnelle qui, selon, ses instigateurs qui semblent tout droit sortis des livres d’histoire, a pourtant pour but de renouveler les institutions du pays. On peut, à cet effet, désormais faire acte de candidature à la magistrature suprême à 35 ans au lieu de 40. Mais, on oublie soigneusement de dire qu’on peut également être candidat à plus de 80 ans, qu’on peut même casser la pipe au pouvoir après s’y être interminablement maintenu.

Au Congo, on veut tout simplement faire du neuf avec du vieux. La preuve, l’actuelle président qui totalise à lui seul une trentaine d’année de pouvoir s’apprêterait, après cette reforme et avec l’empressement d’un jeune qui n’a jamais goûté au pouvoir, à se représenter à l’élection présidentielle qu’il a pris soin de rapprocher de juillet à mars 2016. Plus qu’une rébellion contre les institutions de son pays, c’est une rébellion contre le bon sens. Mais, c’est quelque part compréhensible puisqu’avec un passé de rebelle, on traîne surement des casseroles qui ne font pas autant de bruits quand on est au pouvoir que quand on n’y est plus.

Au Rwanda, c’est pareil, seulement avec des méthodes différentes. Paul Kagamé, issu de la rébellion ougandaise du NRA (National Resistant Army), puis rwandaise du FPR (Front Patriotique Rwandais), et actuel président du Rwanda briguera un autre mandat, après avoir… pardon, après que la population ait pétitionné, pétitionné, pétitionné pour une modification constitutionnelle lui permettant de demeurer au pouvoir beaucoup plus longtemps que Jésus-Christ sur terre. Mais, entre nous, y a-t-il une différence entre dame Constitution et dame nation qui sont abusée sexuellement avec force et violence comme au Burundi ou au Congo et les mêmes ailleurs qui, parce qu’elles ont une arme sur la tempe, se laissent faire ?

Abdoulaye Wade, ancien président du Sénégal, est l’exception qui confirme la règle : « Chassez le rebelle, il revient au galop ». Maître Wade a en effet échoué à effectuer un troisième mandat très controversé au Sénégal. Sa nature de simple politique a surement été la cause de son échec là où des anciens rebelles seraient passés haut les mains, en enjambant des corps aussi, et devant des loques humaines.

Les chefs d’État qui en sont les adeptes ont-ils une fois pensé à l’avenir de leur pays en se maintenant par divers calculs mesquins ou par la force au pouvoir ? Ils font ainsi le lit du cycle infernal des rébellions. La preuve, au Burundi est née une rébellion contre le pouvoir N’kurunziza.

Apparemment, certains dirigeant africains, et d’autres encore que nous n’avons pas cité ici, et qui feront l’effort de ne pas se reconnaître, ont fait l’extraordinaire choix de ne pas être ceux par qui l’Afrique nouera avec le départ pacifique de la présidence de la République, rompant ainsi avec l’accession sauvage au pouvoir et son exercice avec la même barbarie.

« Chassez le rebelle, il revient au galop. » :

Cet adage s’adresse également au pouvoir ivoirien dont l’ancienne rébellion des forces nouvelles est devenue une alliée. Avec la reforme constitutionnelle à l’horizon en Côte d’Ivoire, Ibrahim Cissé Bacongo, responsable RDR (rassemblement des républicains), parti du président ivoirien, Alassane Ouattara, a simplement proposé d’ « abroger la durée  de la limitation du mandat présidentiel » en Côte d’Ivoire. Ce cadre du parti du président de la République s’insurge ainsi contre un fondement de la démocratie.

Dévoile-t-il par là le vœu secret du RDR qu’Alassane Ouattara qui se réclame démocrate effectue d’autres mandats à la tête de l’État après ses deux mandats constitutionnels ? Une chose est certaine, et en tenant compte des cas N’kurunziza, Sassou N’guesso et Kagamé, Bacongo donne du grain à moudre à ceux qui avaient soupçonné une accointance durant le temps* de la rébellion armée entre le RDR et les rebelles des forces nouvelles et leur branche politique, le MPCI (mouvement patriotique de Côte d’Ivoire) alors dirigé par l’actuel président de l’assemblée national ivoirienne, Guillaume Soro.

Cette relation, a priori, contre-nature est-elle réelle ? Seul l’avenir nous le dira, surtout qu’en 2020, il est prévu, selon un accord (l’appel de Daoukro) entre RDR ET PDCI (parti démocratique de Côte d’Ivoire) que le premier accorde son soutien au second à l’élection présidentielle, comme ce dernier l’a fait quand il s’est agit de soutenir Alassane Ouattara aux élections de 2010 et 2015.

Le RDR se rebellera-t-il contre cet accord en présentant un candidat à la prochaine élection présidentielle en Côte d’Ivoire ? Rien ne le dit clairement, même si ce parti politique a réussi un parfait alliage, politiquement comme militairement, avec les anciens rebelles ivoiriens. Cependant, gardons à l’esprit notre adage : « Chasser le rebelle, il revient au galop ».

* 19 septembre 2002 : Début de la rébellion armée en Côte d’Ivoire qui a officiellement pris fin en juillet 2007 avec la flamme de la paix à Bouaké.


Papa président, le sauveur, souhaite la bonne année

Superman de dragonofbrainstorms.deviantart.com CC
Superman de
dragonofbrainstorms.deviantart.com CC

En cette période de vœux, papa président, le sauveur, souhaite la bonne année à ses concitoyens. Écoutons le donc :

« Pour ce nouvel an, moi, papa président, le sauveur, je vous souhaite, tout le bien qu’un chef d’éclat peut vouloir pour son peuple. Depuis des dizaines d’année, je vous fais ces mêmes vœux, mais trop de viande ne gâtent pas la sauce, je réitère donc de nouveau :

– Tout d’abord, mon vœu d’une année de démocratie pour notre pays. Vous avez entendu dire : « Le chien ne change jamais sa manière de s’assoir ». Moi, je n’en suis pas un. Et même si j’en étais, je m’assoie différemment. Ces dizaines d’années d’évolution démocratique avec moi au pouvoir en sont la preuve alors que d’autres pays croupissent encore dans la dictature malgré leur supposée alternance au pouvoir.

Pour donc arriver à cette année de démocratie, dans un premier temps, je jure que je ne modifierai pas la constitution pour demeurer à vie au pouvoir, ou à défaut faire deux autres mandats, le temps de modifier encore la constitution pour en faire d’autres, ainsi de suite jusqu’à casser la pipe au pouvoir pour vous laisser dans des guerres de succession ou des conflits tribaux et régionaux à n’en point finir. Je suis trop humain, honnête et sage pour ça. Vous n’avez pas besoin d’un président éternel à la tête de votre pays, mais d’un homme qui, malgré le poids du temps ou sa jeunesse, ou encore en dépit de son carnet d’adresses ou de la peur qu’il peut vous inspirer, vous accorde de l’estime et renforce les institutions nationales par son détachement.

Dans un deuxième temps, toutes les élections seront transparentes comme l’eau de roche. Tout sera clair, si clair que vous y verrai à travers comme quand on regarde par le grillage *:)) Marrant.

Dans un troisième temps, toutes les opinions pourront s’exprimer librement sur la chaine de télévision publique, avec mon accord bien entendu. C’est la chaine nationale, et en tant que détenteur du pouvoir, j’ai un droit d’écoute sur ce qui se dit sur mes antennes *:)) Marrant.

Il n’y a que par toutes ces mesures démocratiques que notre pays cessera d’être énervent pour enfin devenir émergeant.

– Ensuite, mon vœu d’une année de grande probité : Fini le clientélisme. Mon pouvoir n’est pas une récompense ou un business pour mes alliés politiques, mes camarades de lutte, les ressortissants de ma région, encore moins pour les militants de la vingt-cinquième heure. A cet effet, Tous les agents de l’État ou les membres de mon administration ou de mon entourage qui marchandent les places d’accès à la fonction publique seront traqués, pourchassés, poursuivis, arrêtés, exposés et jugés à la télé nationale, puis jetés en prison *:)) Marrant.

Finis également à la fois les suspicions de président de la repu-brique et le temps du ministre spécialiste en détournement de fonds. D’ailleurs, moi, papa président le sauveur, j’ai les mains propres, saines, pures, immaculées. Regardez mes mains. Ne sont-elles pas plus blanches que la neige ? Et puis, les ministres véreux de mon gouvernement ont toujours été limogés. La preuve, soucieux de l’image de marque de notre pays, je les ai faits passer de leur poste juteux à un autre où il pouvait « manger » sans se faire voir et jeter l’opprobre sur moi et sur toute la nation. Le plus important est que le pays ne soit pas vilipendé à cause de leurs actes. Je ne parle pas pour moi *:)) Marrant, mais il faut tout de même les comprendre. Ils ont réalisé l’exploit de sacrifier leur jeunesse pour de grosses études, si grosses qu’elles constitueront pour eux un poids si l’on ne les voit pas s’enrichir. Et puis, peut-on griller des arachides sans en manger de temps en temps. Ce qui leur tombe dans la bouche, par manque d’attention d’ailleurs, n’est que la juste rétribution pour leurs grosses études et le temps consacré à l’État. Soit.

Donc, vœux d’une année de probité : « l’agent de l’éclat » qui se fera corrompre sera sévèrement puni, comme son corrupteur d’ailleurs. + de, … autant pour moi, jamais plus de contrats entre l’État et les opérateurs économiques sans appel d’offre. « Le poisson pourrit par la tête ». Ce n’est pas moi que ce pays sera invivable.

– Enfin, en ce nouvel an, homme de justice et de grande générosité que je suis, je gracie, bien que d’impénitents opposants et criminels, des détenus qui croupissent en prison depuis des années sans jugement. Qu’on ne vienne plus m’agacer avec les histoires de justice des vainqueurs ou des miens qui devaient également répondre de leurs actes. Par ailleurs, mes vœux de paix et de bonheur suffisent amplement à la réparation psychologique et sociale de ces libérés, mes opposants surtout. Eux qui passent leur temps à s’opposer becque et ongle à mon pouvoir doivent s’estimer heureux de retrouver la liberté après seulement quelques années de détention car Mandela a fait 27 ans en prison pour avoir simplement réclamé l’égalité entre les citoyens de son pays. En clair, certains prisonniers subissent pire ailleurs dans le monde. Réjouissez-vous donc du peu que vous avez endurez.

Pour résumer le tout : bonne, heureuse, pacifique et excellente année 2016 à toutes et à tous comme toutes celles que nous avons vécues ensemble avant. Et que Dieu maudisse ceux qui en veulent à notre pays. *:)) Marrant »


L’abécédaire de la formation Mondoblog 2015

revedehaut.mondoblog.org

Ceci a la prétention d’être un compte rendu détaillé, un peu coupé, mais surtout décalé des dix jours d’aventure dakaroise de 70 mondoblogeurs, du 28 novembre au 06 décembre 2015. Ceci dit :

A : comme AUF (agence universitaire de la francophonie). C’est sur ce site qu’a eu lieu la formation mondoblog 2015. Ça, vous le savez certainement. Mais là également, certains mondoblogeurs, dont moi, se sont initiés au mandat en plus, au deuxième mandat plus précisément.

J’explique : On se faisait simplement servir une deuxième fois au déjeuner parce que non seulement la nourriture proposée par le service traiteur de l’AUF était très bonne, mais le deuxième mandat était généralement stratégique pour certains camarades. Les fameuses pattes aux crevettes arrosées, selon certaines indiscrétions, de la sauce faite de lait de coco était passé par là. Ce plat dont la sauce rappelait certainement quelque chose aux garçons *:)) Marrant(aux filles aussi d’ailleurs) et devant lequel les mondoblogeurs avaient jeté les cuillères avaient apparemment fait travailler les esprits. Un homme averti en valant deux, il eut des adeptes du deuxième mandat. Pour éviter toute mauvaise surprise au diner, ces derniers faisaient donc « le plein » à midi dans une atmosphère plutôt bonne enfant. Apparemment, le problème n’a jamais été les deuxièmes, mais les troisièmes mandats et au-delà. Wade, Compaoré et maintenant N’kurunziza, Kabila fils et Sassou N’guesso peuvent en témoigner.

Mais, « A », c’était surtout l’Amitié entre mondoblogueurs. Les premiers arrivés à Dakar ou vivants sur place accueillaient chaleureusement les suivants. A cet effet, Lucres, vérifie, s’il te plaît, s’il te reste encore des empruntes digitales, ta grande gentillesse t’ayant surement fait saluer tout le monde*:)) Marrant .

Ah, J’oubliais : « A », c’est aussi Aristide Honyiglo, l’auteur de la question rappée à Xuman qui fait le journal télévisé rappé. Aristide ne passa qu’une seule nuit en chambre sur un séjour de 9 jours. Peut-être avait-il découvert un inespéré repère pour noctambule dans Dakar.  Si c’est le cas, indique-nous où c’est pour qu’à notre prochaine visite, in challah, à Dakar, nous y allions nous distraire. Mais attends, j’espère que tu ne passais pas tes nuits au bas de la fenêtre de …*:)) Marrant  sans rancune.

B : comme bara ou le travail en Dioula ou en langage Nouchi. Mais Barra, c’est aussi et avant tout Mélissa et les autres : sa « jumelle » Manon ainsi que Ziad et Simon, les quatre formateurs fantastiques, férus de travail jusque tard dans la nuit. Le vapotage et les cloppes devaient surement en être pour quelque chose *:)) Marrant. Enfin soit. Ils s’entendaient tellement qu’on aurait dit des frères et sœurs. Rien d’étonnant puisqu’ils sont tous de la même matrice : RFI. S’ils avaient néanmoins tous été des hommes, ils feraient certainement penser aux Daltons, avec Ziad qui réfléchit à la vitesse du son, et l’adresse d’un Lucky Luck (et pour une autre raison également que devinent aisément les mondoblogeurs) dans le rôle de Joe. Mais B, c’était surtout de la Bienveillance comme les motivations du projet Mondoblog et les sentiments des formateurs à l’égard des blogueurs durant tout le séjour à Dakar. Merci aux quatre fantastiques pour leur disponibilité et leur précieux cours.

C : comme Cheminée ? Ziad et Simon de véritables cheminées ambulantes. Ou C comme Culottes : ces fameuses culottes tropicalisée de Manon Méli qui ont tant fait …. Bon devinez la suite. Mais C c’est Camerounais. Oui, des Camerounais, je n’en ai jamais vu autant (7 + 1 au total) dans un même endroit hors mis sur un terrain de foot ou un plateau télé en train de débattre de la situation politique d’un pays africain. Juste pour *:)) Marrant, sinon les mondobloggeurs camerounais étaient très attachants… ou peut-être attachés, à leur Cameroun natal, notamment ? Dans tous les cas mon bun homme Florian Kapué est venu de chez lui avec deux cargaisons. Une de chips de bananes plantains et une autre de noix de kolas. Le soir du fameux plats de pattes aux crevettes, ses chips ont dépanné plus d’un. La kola, elle, lui était apparemment exclusivement réservée. Quand j’imagine Les vertus de cette noix, je comprends à présent pourquoi mon bun homme paraissait si dépaysé, semblait avoir froid tout le temps et était si pressé de rentrer à la maison. Je te salue bun homme, madame aussi à qui je souhaite de bonnes fêtes de fin d’année ainsi qu’à toute la communauté Mondoblog du Cameroun. « C » c’était avant tout cette Communion et cette Camaraderie entre mondoblogueur, particulièrement, le soir, autour des plateaux des interminables variantes de plats de riz.

Ça me démange dans les doigts… Permettez-moi donc de faire un saut de quelques lettres pour arriver à la « I ». Merci pour votre compréhension.

I : comme ces mondoblogueurs dont la nationalité est à elle seule toute une phrase. Devinez qui c’est…., c’est : « Les I voient rien » bien sûr, comme me le rappelait amicalement mon ami, le Togolais Arnaud Bocco chaque fois qu’on se croisait dans les couloirs de l’espace Thialy. Apparemment, il ignorait que Togo est une somme d’argent en Nouchi (argot ivoirien où Togo = 100 francs CFA). Mais on froisse pas un ami, j’évitai de l’en informer. Enfin bref.

Heureusement tout de même que les mondoblogeurs de Côte d’Ivoire ne sont des mondoblogueurs quivoiriens, parce que nous, nous voyons bien, et si bien que nous étions dans notre coin, observions et remarquions avec fascination que certaines attitudes des uns et des autres renvoyaient à nos proverbes Nouchi. Juste une anecdote à ce sujet.

revedehaut.mondoblog.org
Contingent « I voient rien » de la formation mondoblog saison 4

C’est l’histoire de la Gazelle aux frais de ceux qui s’étaient empressés de lever la main lorsque fraichement arrivés à Dakar et discutant chaleureusement autour des tables sous l’appâtâmes, Mélissa proposa une bière. « Qui veut une bière ? », demanda-t-elle gaiement. En bon africain pas du tout adepte du « gratuit » *:)) Marrant(ça reste à prouver), mais pensant certainement qu’il s’agissait de la traditionnelle boisson qu’on servait à l’hôte avant de lui demander les nouvelles, des mains se levèrent automatiquement. Mon Doc Koudjo Topkanou que je salue au passage et dont la Gazelle avait certainement un goût d’hyène dans la bouche doit certainement s’en souvenir *:)) Marrant. Dès lors il fit sien cette maxime ivoirienne « Premier gaou n’est pas gaou », et prenait soin, à chaque proposition, de s’informer d’abord à qui revenait les frais avant de se lancer ou pas.

Très discret jusqu’à un certain soir dans une calebasse transfoemée pour l’occasion en volcan, le contingent ivoirien avait certainement fait sien ce proverbe Nouchi : « Au début du fil, chef bandit est toujours Djaouli ». Entendez par là que le dernier mot revient toujours au héros ». C’est pas pour se lancer des fleurs, mais Benjamin le pigital, Abou le médecin qui dit les Gbès (vérités) mais qui, bizarrement, ne put les dire aux blogeurs venant le réveiller au milieu de la nuit à cause d’un bobo, son frère Seydou qui, sur ce coup là, ne grogna pas non plus, Aly, le guide du pays des éléphants, le célibataire pur sûr et dur (au carré s’il vous plaît) Kouakou d’Abidjan times (ce qui est une véritable performance pour un Abidjanais pur sûr et dur *:)) Marrant), Eugenio le poète abobolais, et votre serviteur qui, à la recherche certainement d’une bonne vue sur la république, eut le coup bloqué pendant 24 heures *:)) Marrant (un torticolis) et ne retrouva la motricité de son coup que par les soins de Manon (un privilège. Enfin, elle m’acheta mes médicaments. Mais c’est déjà un honneur)… Ce contingent d’Ivoiriens là donc, comme on le dit en Nouchi, a mis un pied sur la fête des mondoblogueurs à la calebasse. Ils ont simplement Dja la foule, ou si vous voulez, ils ont enjaillé tous le monde. Ils ont en effet procédé à une démonstration de Zouglou, Reggae, Décalé chinois, Aile de pigeons, même le N’dobolo congolais y est passé.

A un moment, ils prenaient même son micro au chanteur qui se retrouva à faire plutôt les chœurs. Ces Ivoiriens là étaient soutenus par les Haïtiens et leur ensemble géométrique…, enfin leur Kompas,*:)) Marrant le Togo et … et quoi déjà ? son coupé-décalé *:)) Marrant, la Guinée… et, et…, enfin tout le monde y compris la France et ses petites culottes, ses jupettes et ces machins trucs qui servent à faire sortir de la fumée par tous les orifices du visage *:)) Marrant, se défoula, même Mahmoud le Mauritanien qui préfère désormais défendre l’environnement que de crier à l’islamiste ; entre les feuilles et le fouet, y a pas match.

revedehaut.mondoblog.org
A la calebasse de Dakar, transformée en volcan par les mondoblogeurs

Mais, « I », c’est avant tout ces Inconditionnels de la vérité, de l’objectivité, de la cordialité, de la responsabilité, de tous ces bons « té » que représentent les mondoblogueurs, mondoblogeurs  qui ne demandent certainement qu’à se retrouver encore pour vivre d’autres moments magiques ensemble.

revedehaut.mondoblog.org
Petite aperçue de l’ambiance à la calebasse

Affaire donc à suivre, mais pour l’heure : bonne, heureuse et excellente année 2016 aux mondoblogeuses et mondoblogeurs, ambassadrices et ambassadeurs de l’information de proximité parée de ses plus beaux atours. Bonne fête à toutes et à tous. Je vous aime.


Année pastorale 2015-2016 ou le jubilé de la miséricorde

 Le pape François de by Martin Schulz CC flickr.com
Le pape François de  Martin Schulz CC
flickr.com

Le saint Père, le pape François, a annoncé un Jubilé extraordinaire, « Jubilé de la miséricorde, du 8 décembre prochain au 20 novembre 2016. Le chef de l’Église catholique ne semblait pas si bien décider car en ce temps gagné par le terrorisme et d’autres formes de violence, l’humanité a plus que jamais besoin de pardon, de bonté, de charité et de pitié.

A travers le monde entier, la violence est relativement visible: guerre civile en Syrie, conflits armés en Afrique, troubles en Libye, folies meurtrières dans les établissements scolaires et universitaires aux États-Unis, attentats terroristes au Nigeria, au Cameroun, au Tchad, en France, au Mali, en Tunisie, au Liban, attaques à l’arme blanche en Israël, etc.

Contre ce déferlement de violence, il est tout à fait légitime que l’on se défende surtout qu’il en va de la vie des victimes de ces actes ignobles. Les tueurs même semblent déjà s’infliger la peine capitale en se suicidant après avoir tué. Les kamikazes et autres terroristes ne demeurent pas en reste, ils scellent également leur sort. Les uns activent leur charge dans la foule, entraînant par ce geste leur mort et celle d’innocents et les autres demeurent en vie le temps de faire le plus grand nombre de victimes possible car, ils le savent, à cause de l’indignation et des douleurs causées par leurs actes, il n’y a que leur mort qui puisse apaiser l’opinion publique. Et malheureusement, les forces de sécurité se laissent avoir à leurs jeux en les tuant également, les faisant ainsi passer de tueur à héros pour ceux qui ont de la sympathie pour eux.

Ainsi, sans le savoir, on les érige non seulement en légende terroriste, mais on les fait alimenter une certaine mythologie terroriste qui ne fait que créer des émules dans le milieu. Et c’est l’humanité qui devra toujours faire face au cycle infernal du terrorisme, avec son corollaire de violence, de morts et de peur.

Nous sommes-nous donc au moins une fois demandé si notre réaction contre le terrorisme était adéquate ? A la mort qu’infligent les terroristes, l’on oppose la mort, la leur, et les bombardements de leur fief, au risque de faire d’innocentes victimes et leur offrir ainsi un précieux argumentaire pour l’endoctrinement de jeunes gens en quête d’une justice mondiale.

C’est en cela, c’est à dire en réaction au terrorisme et à toutes les autres formes de violence que le thème de l’année pastorale de l’Église catholique : 2015-2016, jubilé de la miséricorde, est le bienvenue. Il ne s’agit pas d’opposer à la violence une docilité béate. Les victimes pourraient alors se compter comme des mouches. Mais il est plutôt question de se pencher sur les causes du terrorisme :

Sommes-nous assez attentifs à toutes les misères des gens pour leur éviter de sombrer dans la marginalisation, l’isolement, l’aigreur, puis l’endoctrinement et enfin le terrorisme ?

Compatissons-nous suffisamment aux souffrances de peuples qui doivent subir le dictat de tyrans, dictateurs et autres autoritaristes ?

En tant qu’êtres humains, sommes-nous suffisamment justes et charitables avec des peuples dont on exploite les matières premières ?

Avons-nous le moindre scrupule à ne pas nous accaparer les richesses de l’humanité alors que tous les êtres humains ont des besoins ou encore à ne pas accorder plus d’importance aux matières premières qu’aux personnes ? La politique politicienne n’a-t-elle pas plus d’importance que la politique de l’humanité, c’est-à-dire la préservation de celle-ci ?

Un monde sans violence semble, de nos jours, utopique certes, mais en faisant l’effort de faire preuve de miséricorde (pardon, bonté, charité, pitié) l’on aura déjà coupé l’herbe sous les pieds de l’extrémisme, du terrorisme et de toutes les autres formes de violence. L’argumentaire de leurs adeptes aura été amputé de sa substance.

Il revient donc, comme le père de la Bible accueillant chaleureusement l’enfant prodigue (Luc 15 verset 11 à 24), de tuer en soi tout orgueil, mais aussi tout mépris, toute peur de l’autre, toute indifférence à sa souffrance. Comme également le bon pasteur abandonnant 99 brebis pour en retrouver une seule égarée (Luc 15, versets 3 à 7) les sociétés ne peuvent demeurer sans réaction à la perdition d’un seul de leurs rejetons, sinon non seulement pour finir, elles les perdront toutes, mais ces derniers se radicaliserons à loisir. L’on doit donc donner de son temps, ou même se donner pour retrouver l’autre. Il y va de la préservation de la quiétude mondiale, et au delà de l’humanité.

Bonne, vivante et heureuse année de miséricorde à tous et à toute. Que les âmes des victimes des attentats reposent en paix. Prompte rétablissement également à tous les blessés.


Harcèlement sexué à Abidjan

de pixabay.com
de pixabay.com

De nos jours en effet, à Abidjan, le harcèlement n’est plus sexuel. Il est simplement sexué. La différence ? Avant, les femmes étaient en général harcelées sexuellement (même si cette pratique a toujours cours, notamment en entreprise, lorsqu’elle recherche du travail, ou derrière les murs silencieux d’une demeure). Aujourd’hui la tendance s’est renversée, c’est elles qui harcèlent… si bien que ce harcèlement est identifié à leur sexe malgré le fait qu’il soit tacite. Il est devenu féminin, et c’est l’homme qui en pâtit.

Comment procèdent-elles ?

  • Une robe moulante si courte qu’en marchant elles tentent vainement, ou à dessein pour attirer certainement l’attention, de tirer vers leurs genoux ;
  • Des culottes qui, avec elles prennent tout leur sens. Culotte n’a certainement jamais autant été achetée dans les marchés à puce (pour plus d’élégance, sinon on pourrait dire dans les yougous-yougous (entendez friperies)) d’Abidjan qu’en ces temps-ci. Les plus osées se limitent à la base des fesses. Les moins, juste quelques millimètres en dessous. La différence ? Aucune, puisqu’ils sont portés en pleine Journée. Quelques fois, celles qui en ont fait leur uniforme se déplacent par bande, et en plein midi, comme des essaims d’abeille à la recherche des premiers gaous à bitumer. Ou si, il y a une différence tout de même. Le contenant de ces culottes, shorts et mini jupes bien entendu : peau martyrisée au produit décapant ou chair sortant directement du berceau ; ou encore chair fraîche se transformant pour l’occasion en domaine public ; ou même chair ayant subi, vraiment subi, l’assaut du temps et certainement aussi l’impact de toutes les crises qu’a connues la Côte d’Ivoire*:)) Marrant  , et qui ne demande que du repos, dans un foyer par exemple ou par une occupation saine.

« Qui va se négliger ? » dit-on communément à Abidjan. Certainement pas certaines de nos concitoyennes. D’ailleurs, elles le prouvent si bien par leur accoutrement.*:)) Marrant

Elles semblent avoir fait de cet harcèlement sexuel leur domaine de définition. Ainsi, sans qu’on en soit conscient, il est vraiment devenu une pratique féminine. Les clips vidéo, mais surtout la course au mariage et la lutte pour l’affirmation de sa beauté, physique bien entendu (parce la beauté intérieure, c’est une autre affaire), ainsi que la peur de ne pas être vu comme dépassée semblent être passés par là. Qui tapera dans l’œil ou impressionnera le prince charmant ? Les princes charmants  pullulent certes à Abidjan, mais ils sont plus occupés au jeux de dame, de Ludo, de scrabble ou à se chercher aux premières lueurs du jour qu’en rajouter à leurs soucis en s’entichant d’une fille qui pensera trouver avec eux la solution à tous leurs problèmes ? Telle est la course à laquelle sont engagées des femmes jeunes, comme plus âgées, des quartiers populaires  d’Abidjan.

C’est par ailleurs partout que ces femmes de tous âges s’adonnent à leur activité favorite : l’harcèlement sexué. Il faut le voir pour le croire. Une véritable compétition. En côte d’Ivoire, on dirait un vrai championnat*:)) Marrant : Séniores contre minimes, Juniores contre espoirs, espoirs contre séniores, amatrices contre professionnelles, néophyte contre doyennes. Toutes les confrontations sont possibles. Des retraitées à priori, n’ont pas encore abandonnées les crampons, pardon, les culottes, collant et autres jupettes.

Et L’avantage … l’avantage ? c’est que cet harcèlement est tacite. Dans un espace publique par exemple, vous en verrez avoir la main constamment à la jonction de la base du dos et la hauteur des hanches, juste pour éviter de faire voir un dessous qu’un Jeans taille basse et un body récalcitrant n’arrivent pas à cacher. D’autres encore se réduisent, gênées  *8-| Les yeux sur roulement à billes à étirer un haut sur un collant collé (comme le disent des chanteurs ivoiriens). Ce geste régulier parce que le fameux collant collé fait un fidèle rapport au dépend de celle qui le porte (ce qui reste à prouver) de toutes les formes en dessous de la ceinture qu’il est censé cacher.

Mais certaines ont coupé court. Elles trainent avec elles un morceau de pagne ou un grand foulard plus que douteux dans un sac à main ou un sac plastic non moins suspect. Ainsi pagne ou foulard est noué autour de la taille lorsqu’elles exécutent des mouvements tout aussi louches : s’abaisser ou se courber par exemple. Ces accessoires évitent ainsi que leur accoutrement les trahisse et dévoile ce que leur grande pudeur les ont fait cacher sous leurs vêtements *:)) Marrant . N’ayez surtout pas la prétention d’en conscientiser. Les moins venimeuses vous diront avec assurance : « C’est la mode ». Dure dure cette mode, un véritable esclavage.

Mais les premières personnes à jeter la pierre à ces femmes se plaisent à oublier que ces dernières ne sont que les premières victimes, les plus visibles d’ailleurs, d’une société ivoirienne post-crise en déliquescence, en quête de repère et de modèle.

Alors que ceux ou celles qui pensent  se vouer corps et âme à la restauration de la Côte d’Ivoire*:)) Marrant   jettent la première pierre à ces femmes que l’on traite de tous les noms…


Le chapelet de la Divine sécurité

Chapelet ordinaire chrétien CC Flickr.com
Chapelet ordinaire chrétien CC Flickr.com

« Chers amis,
Je vous invite à méditer le psaume 91 que Dieu nous a inspiré à mettre sous la forme d’un chapelet. Nous l’avons baptisé « Chapelet de la Sécurité divine » ou  »Chapelet de la Divine sécurité ». Recommandez-le à vos amis et connaissances. Que Dieu nous protège ; qu’il protège nos pays, nos continents et le monde entier. Fraternellement ! » : Valentin Memel Ly (Fondateur de l’Éveil Missionnaire Catholique – Association au service de l’évangélisation des communautés rurale – Côte d’Ivoire)

Comment méditer le Chapelet de la Sécurité Divine ?

Utiliser un chapelet Ordinaire

A. Commencer le chapelet normalement par :
1. sur le Croix : Réciter le Crédo (Je crois en Dieu…)
2. 1er gros grain : Notre Père (Pater)
3. 3 petits grains : 3 Ave Maria (3 Je vous salue marie) suivis de Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit. Comme il était au commencement, maintenant et toujours, dans les siècles des siècles. Amen.
4. 2ème gros grain : Notre Père

B. Sur la médaille : Lire tout le Psaume 91 :
Celui qui s’abrite sous la protection du Très-haut
repose à l’ombre du Tout-puissant.
Je dis au Seigneur : « Tu es mon refuge et ma forteresse,
mon Dieu en qui je me confie. »
Car c’est lui qui te délivre du filet de l’oiseleur
et de la peste funeste.
Il te couvrira de ses ailes
et sous ses plumes tu trouveras un refuge.
Sa fidélité est un bouclier et une curasse.
Tu n’auras à craindre ni les terreurs de la nuit,
ni la flèche qui vole pendant le jour,
ni la peste qui marche dans les ténèbres,
ni la contagion qui ravages en plein midi.
Que mille tombent à ton côté
et dix mille à ta droite,
tu ne seras pas atteint.
De tes yeux seulement, tu regarderas
et tu verras la rétribution des méchants.
Car tu as dit tu es mon refuge, Seigneur,
« tu as fait du Très-haut ton asile.
Le malheur ne viendra pas jusqu’à toi,
aucun fléau n’approchera de ta tente ».
Car il ordonnera à ses anges
de te garder dans toutes tes voies.
Ils te porteront sur leurs mains
de peur que ton pied ne heurte contre la pierre.
Tu marcheras sur le lion et sur l’aspic,
tu fouleras le lionceau et le dragon.
« Puisqu’il s’est attaché à moi, je délivrerai,
je le protégerai puisqu’il connaît mon nom.
Il m’invoquera et je l’exaucerai ;
je serai avec lui dans la détresse.
Je le délivrerai et je le glorifierai.
Je le rassasierai de longs jours,
et je lui ferai voir mon salut. »

C. A la place des 10 Ave Maria dire la prière suivante :
« Aucun Malheur ne nous arrivera, aucun fléau ne s’approchera de notre famille car Dieu a ordonné à ses anges de nous garder dans toutes nos voies »
(NB : à la place de notre famille, on peut dire par exemple : Notre pays, notre maison, nos biens, nos enfants, etc. …selon notre besoin de protection)

D. A la fin de chaque dizaine dire :
« Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit…. »

E. A la Place de « Notre Père… » dire :
« Celui qui s’abrite sous la protection du Très Haut,
repose à l’ombre du Dieu Tout Puissant. »

F. Finir le chapelet en bouclant avec le Psaume 91 sur la médaille (Psaume 91 à lire entièrement)
(Fait à Abidjan le 23 octobre 2015)

Bonne méditation à toutes et à tous et que Dieu nous garde, nous et notre monde si tourmenté. Qu’il nous donne la force et le courage pour changer nos cœurs de pierre en cœur de chair afin que l’amour soit plus fort que tout autre sentiment dans nos relations interhumaines.


A propos de la constitution ivoirienne : Kourouma avait écrit «Quand on refuse on dit non !»

Votant ivoirien, Crédit photo, la croix.com
Votant ivoirien à Abobo (Nord d’Abidajn), Crédit photo, la-croix.com

Après les débats de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire remportée par Alassane Ouattara, d’autres débats s’annoncent très houleux. Il s’agit en l’occurrence de ceux relatifs à la modification de la Constitution. Pour l’heure, il n’est pas question d’imaginer les argumentaires qui se développeront pour ou contre ce projet, mais ce dernier soulève quand même certaines interrogations, notamment en faisant un retour dans le temps et en considérant l’œuvre posthume, « Quand on refuse on dit non », de ce génie littéraire que fut Ahmadou Kourouma.

Ahmadou Kourouma Crédit photo : rfi.fr
Ahmadou Kourouma Crédit photo : rfi.fr

Le président Alassane Ouattara a pour projet de proposer une modification de la Constitution ivoirienne pour la débarrasser selon lui, de « ses germes « confligènes » », qui seraient donc selon lui, la cause des différentes crises qu’a connues la Côte d’Ivoire. Dans cette Constitution, l’article 35 est celui qui est en ligne de mire des autorités ivoiriennes. Rappelons que cet article est relatif à l’éligibilité à la présidence de la République. Les trois phrases qui seraient la cause de tous les malheurs de la Côte d’Ivoire sont celles-ci : « Le candidat à l’élection présidentielle doit être Ivoirien d’origine, né de père et de mère eux-mêmes Ivoiriens d’origine. Il doit n’avoir jamais renoncé à la nationalité ivoirienne. Il ne doit  jamais s’être prévalu d’une autre nationalité. ». Apparemment, cet article exclurait certains Ivoiriens tentés de briguer la magistrature suprême.

De gauche à droite : Robert Gueï, Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié Crédit photo rfi.fr
De gauche à droite : Robert Gueï, Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié Crédit photo rfi.fr

Apparemment, parce que jusqu’à preuve du contraire, la Constitution de 2000, celle de laquelle est tirée cet article n’a jamais été imposée à aucun Ivoirien. Chaque citoyen en âge de voter a eu la possibilité d’exprimer son avis par rapport à cette Constitution lors du référendum du 23 juillet 2000 au terme duquel le « oui » l’a largement emporté sur le « non ». Et ce résultat était d’autant plus objectif et légitime que tous les partis politiques de Côte d’Ivoire, y compris les principaux que sont le PDCI* de Konan Bédié, le FPI* de Laurent Gbagbo et le RDR* d’Alassane Ouattara ont tous battu campagne pour le « OUI ». Maintenant d’où vient-il que cette Constitution est la cause des crises successives qui ont secoué la Côte d’Ivoire ? Sérieusement !

Quand on refuse on dit non - Ahmadou Kourouma Crédit photo amazone.fr
Quand on refuse on dit non – Ahmadou Kourouma Crédit photo Amazone.fr

« Quand on refuse on dit non » ; nos chers politiques ivoiriens ont fui leurs responsabilités en appelant à voter « oui », alors que certains articles de cette Constitution excluaient ou constituaient ouvertement un obstacle à l’accession à la tête de l’État d’une frange de la population dont eux faisaient peut-être partie ?

« Quand on refuse on dit non » ; on ne se montre pas irresponsable en disant « OUI » pour ensuite revendiquer ses droits ou espérer s’arranger à accéder au pouvoir par des voies autres que démocratiques, pacifiques et civilisées.

« Quand on refuse on dit non » ; en tant que démocrate (ce dont tous les politiques ivoiriens se réclament à corps et à cris), on se montre responsable en affrontant le débat surtout que l’on a des arguments en sa faveur : dans un premier temps l’égalité de tous les Ivoiriens et leur appartenance à la même terre parce que partageant justement la même nationalité, et dans un second temps le danger de ce concept diviseur et hautement irresponsable qu’est l’ivoirité.

Sur ces derniers points, nous aimerions partager avec vous une toute petite analyse, mais un peu plus profonde de l’œuvre posthume d’Ahmadou Kourouma : « Quand on refuse on dit non ». Ce bijou littéraire est un véritable et formidable procès des irresponsables de toutes les couleurs dont pullule la Côte d’Ivoire post Houphouët-Boigny, notamment dans le domaine politique.

Selon ses initiateurs Konan Bédié et le PDCI ce concept d’ivoirité est  :  « […] l’affirmation de notre personnalité culturelle, l’épanouissement de l’homme ivoirien dans ce qui fait sa spécificité, ce que l’on peut appeler son ivoirité […] La symbiose harmonieuse et distincte de nos cultures locales dans le monde moderne implique nécessairement des brassages. L’ivoirité, c’est aussi ce mouvement qui pousse au métissage culturel » (Boa Thiémélé, L’Ivoirité entre culture et politique, Coll. « Point de vue concret », Paris Editions l’Harmattan, 2003, p. 155 et p. 157)

A partir de son sens, l’ivoirité, concept purement culturel, loin de diviser serait inclusif. Mais, cela n’est pas de l’avis de Kourouma qui attaque le fondement même de ce concept à travers ces propos de son personnage principal Birahima : « Tout le monde [toutes les populations de Côte d’Ivoire] est descendants des pygmées »*.

Ahmadou Kourouma sans jouer d’hypocrisie ou de lâcheté critique vertement et sans faux fuyant l’ivoirité. En prétendant que tous les Ivoiriens auraient un ascendant commun (les pygmées), l’ivoirité, par les objectifs de métissage culturel qu’elle poursuivait, n’a plus aucune raison d’être puisque tous les Ivoiriens auraient le même mythe de naissance et de renaissance, donc la même culture, la même histoire, la même raison d’être. L’ivoirité serait du coup de trop et pas du tout dénuée de mauvais desseins dans une Côte d’Ivoire dont l’histoire montre qu’elle a bien et depuis bien longtemps réalisé ce pourquoi le concept d’ivoirité a été créé : l’inclusion de tous les Ivoiriens.

Selon Kourouma, elle a réalisé cette mission dont l’ivoirité se fait le chantre à au moins deux moments de son existence :

  • 1 : Tout d’abord, selon Fanta (un personnage du roman), entre le « dixième siècle » et  le début du vingtième siècle, période qui correspond d’une part au début des migrations des grands groupes ethniques de la Côte d’Ivoire moderne sur « l’espace actuel ivoirien » et d’autre part à leur présence sur cet espace avant la colonisation : « Les Bétés, c’est-à-dire les Krus, sont venus de l’ouest (actuel Liberia) du dixième au douzième siècle. Les Malinkés, issus du Nord (actuel Mali et Burkina) sont arrivés du treizième au quatorzième siècle. Les Baoulé, les Agnis et les Abrons du groupe akan sont venus de l’est (actuel Ghana) du treizième au quinzième siècle » ;
  • 2 : ensuite, « en 1904 lorsque dans le cadre de l’AOF*, le colonisateur européen a précisé les frontières de la Côte d’Ivoire ».

Cette dernière date est très significative, car elle renouvelle toutes les populations vivant sur « l’espace ivoirien », les faisant passer d’un statut de simple occupant de cet espace à individus de nationalité ivoirienne vivant sur un territoire bien délimité appelé la Côte d’Ivoire.

Ainsi, pour Ahmadou Kourouma, l’histoire commune d’installation des différentes ethnies de la Côte d’Ivoire sur ce territoire constituait déjà un facteur d’inclusion de tous les Ivoiriens. En voulant s’ériger en mythe de naissance et de renaissance d’un Ivoirien nouveau, surtout à partir des faits culturels, l’ivoirité, selon Ahmadou Kourouma, viendrait diviser ceux que l’appartenance à un territoire commun unifié déjà. Rappelons que ce concept d’Ivoirien nouveau est, certes dans un autre contexte (ce qui reste à prouver), mais encore malheureusement d’actualité. Attention !

Pour revenir à Kourouma, disons que pour lui et à travers ce roman chargé d’une parodie du langage des journalistes occidentaux épris de détails fallacieux sur les réalités africaines (les musulmans du Nord, partisans d’Alassane Ouattara […] et les chrétiens et animistes du Sud, fidèles de Laurent Gbagbo), l’ivoirité fait ressortir les particularités des uns et des autres telles que :

  • L’identité (« nous les Dioulas, sommes toujours en train d’acheter de fausses cartes d’identité pour avoir et obtenir l’ivoirité ») ;
  • L’ethnie (« Bété, Dioulas, Baoulé, Agnis, Abron »)
  • le peuple (Krus, Malinkés, Akan)
  • La religion (« musulman, catholique »),
  • La région, notamment d’origine des Ivoiriens (Liberia, Mali, Burkina, Ghana) et de présence sur le territoire (« nord de la Côte d’Ivoire », « de la forêt profonde ») ;
  • Les stéréotypes (« Dioulas opportuniste versatiles, obséquieux envers Allah, toujours en train d’acheter de fausses cartes d’identité », «  rebelles du Nord plein de Dioulas » Les Bétés violents, grégaires, toujours prêts à manifester et à tout piller [les maisons et les bureaux] toujours prêts à se battre) ;

Ainsi tous ces faits supposés ou réels que fait ressortir l’ivoirité à travers sa notion de culture, ne sont pas aussi unificateurs que l’appartenance à un territoire commun, donc au même pays, en clair à la même nationalité.

En créant l’ivoirité, ses initiateurs jouaient avec le feu, car les différentes cultures qu’elle prétendait unifier cachaient ces particularités ci-dessus énoncées qui, naturellement, divisent.

Cette situation avait déjà éveillé les consciences sur les motivations réelles de l’initiation d’un tel concept qui, parce que portant sur des faits culturels, est facilement sujet à manipulation à des fins politiques. Mais ceux qui, comme Kourouma ont eu cette vision, ont été traités de tous les noms par les assoiffés du pouvoir et, malheureusement aussi, par des intellectuels.

L’on pourrait même aussi par ailleurs se poser des questions sur la création de ce concept qu’est l’ivoirité qui avait, non seulement été inutile, mais aussi négatifs dans un contexte ivoirien où au lendemain du décès du président du parti unique d’antan, Félix Houphouët-Boigny, les partis politiques ivoiriens se sont fortement ethnicisés, comme l’illustre la division du PDCI, qui aboutit à la création du RDR,  parti politique qui prétendait défendre les injustices subies par les populations du nord de la Côte d’ivoire. Ce communautarisme politique s’est accentué au lendemain du coup d’État du général Gueï Robert et l’entrée de celui-ci en politique (il créa l’UDPCI, essentiellement, un parti implanté dans sa région d’origine, l’Ouest). Ce communautarisme est devenu critique après la rébellion armée du 19 septembre 2002 dont les membres revendiquaient la défense des droits des populations du Nord et protestaient contre les injustices que subirait alors le premier ministre Alassane Ouattara, originaire comme eux de cette région.

Ainsi tels sont, selon Kourouma, d’une part les dangers auxquels était exposée la Côte d’Ivoire et d’autre part les arguments que ceux qui s’opposaient à la Constitution de 2000 pouvaient faire prévaloir, à juste titre, pour la défense de leur droit, mais au-delà pour la maturation de la démocratie et la préservation de la paix dans leur pays. Mais qu’ont-ils fait ?

1- Ils se sont d’abord occupés de Kourouma en le qualifiant de traitre *:( Tristesse (notre auteur en parle de manière voilée dans son roman, notamment à travers certaines prises de position son personnage Birahima). Ils pensaient en effet avoir trouvé en cet humaniste que fut Kourouma un soutien ethnique ou tribal de poids à leurs desseins inavoués.
2- Puis, face à des attitudes et un concept irresponsables (parce que marginalisant une frange de la population ivoirienne), ils ont simplement opposé leur irresponsabilité en appelant à voter « OUI » pour une Constitution qui ne les arrangeait pas.

Irresponsabilité des ‘‘ivoiritaires’’ contre irresponsabilité des opposants à la Constitution de 2000 = guerre civile, conflits armés, instabilité politique, suspicion générale, déliquescence du tissu social, etc. comme l’écrit si bien Kourouma dans Quand on refuse on dit non

Il n’y a donc rien d’étonnant que 22 ans après le décès de Félix Houphouët-Boigny et 15 ans après l’adoption de la Constitution actuelle de la Côte d’Ivoire, l’atmosphère sociale est toujours autant crispée.

Il ne fait l’ombre d’aucun doute que pour la paix en Côte d’Ivoire, plus que des modifications constitutionnelles, les Ivoiriens, singulièrement leurs autorités administratives comme politiques  doivent avant tout être responsables.

Et, aujourd’hui, plus que jamais cette responsabilisation passe par la justice : justice certes envers les marginaux d’hier par une reforme objective et raisonnable de la Constitution, mais aussi justice envers les marginaux d’aujourd’hui, c’est-à-dire toutes les victimes de la crise postélectorale de 2010, particulièrement envers celles qui ont perdu la vie ou ont subi un quelconque sévice ou des préjudices tout simplement parce qu’elles ont été étiquetées pro-Gbagbo.

Et ces derniers délits, impliquant directement des partisans du régime accusés d’en être les auteurs, sera certainement un os pour le pouvoir Ouattara II. Nous espérons seulement que les autorités ivoiriennes auront le courage nécessaire et de la vision pour affronter ce nouveau test de responsabilité en n’accompagnant pas la justice d’injustice. Sinon, l’avenir pourrait se révéler sombre pour notre pays.

*PDCI : Parti démocratique de Côte d’Ivoire
FPI : Front populaire ivoirien
RDR : Rassemblement des républicains ; UDPCI : Union des démocrates pour la paix en Côte d’Ivoire
AOF : Afrique occidentale française
En Italique : extraits de Quand on refuse on dit non


Présidentielle ivoirienne : attention à certains slogans de campagne !

Alassane Ouattara, président de la République de Côte d'Ivoire de Flickr.com
Alassane Ouattara, président de la République de Côte d’Ivoire de Flickr.com CC

A la dernière élection présidentielle en Côte d’Ivoire, on a eu ces slogans : « Ya rien en face ! », « Devant, c’est maïs ! », « On gagne ou on gagne ! ». Chacun de ces slogans, émanant du candidat du pouvoir à l’époque est très parlant. Ainsi, le premier dévoile la sous-estimation de l’adversaire politique. Ce qui voudrait dire que son auteur se surestime. Le deuxième révèle le manque de respect pour l’adversaire. Autrement dit, son auteur se croit supérieur à ce dernier. Le dernier quant à lui traduit la volonté de s’accrocher vaille que vaille au pouvoir.

Avec de tels slogans, il n’est pas surprenant que l’élection présidentielle ivoirienne de 2010 se soit terminée sur une crise, avec à la clef, au moins 3000 morts, officiellement.

En raison donc du passé de la Côte d’Ivoire en matière de slogan de campagne, pour l’élection présidentielle de 2015, un des slogans du candidat Alassane Ouattara attire notre attention. Il s’agit du « Un coup K.O », c’est-à-dire la victoire du candidat du pouvoir au premier tour. Sans verser dans le pessimisme et le misérabilisme, sans même insinuer que ce slogan cacherait mal certaines motivations, on est tout de même amené à se demander :

Dans tous les cas, si le président Alassane Ouattara n’obtenait pas la majorité absolue au premier tour, le deuxième risque d’être très disputé. Et rien n’exclut que ce soit lui qui aille au tapis.

Le plus important, par-dessus tout, est que ce scrutin se tienne et se termine dans l’ordre. Le blason de la Côte d’Ivoire en sera redoré.