L’ancienne colonie française de la Côte d’Ivoire, soixante-cinq ans après son accession à l’indépendance, n’a pas encore changé de nom, contrairement à certains pays africains qui l’ont fait, pour se réapproprier leur territoire.
Il s’agit notamment du Zimbabwe et de la Zambie, anciennement Rhodésie du sud et Rhodésie du nord, du nom d’un homme d’affaire et politique de l’ancienne puissance coloniale britannique : Cecile Rhodes. D’autres pays ont fait ce choix d’abandonner les appellations coloniales : la Côte-de-l’Or britannique (Gold Coast) est devenue le Ghana, la Haute-Volta est devenue le Burkina Faso et le Soudan français est devenu le Mali. Mais pour ce qui est de la Côte d’Ivoire, ce mouvement émancipateur et souverainiste ne semble pas encore à l’ordre jour. Cela ne saurait tarder, plusieurs impératifs l’exigent.
Refuser d’être gaou, I voient rien ou abruti
L’appellation Côte d’Ivoire, tout en français, sonnerait bien à l’oreille, selon des I voient rien. Ce nom tiré de la langue de l’ancienne puissance coloniale, le français, mettrait la Côte d’Ivoire à part dans la sous-région ouest-africaine, selon toujours des I voient rien.
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Cette particularité donnerait l’impression que le pays qui est ainsi nommé est civilisé, comme certains se plaisent encore à penser, contrairement aux territoires qui portent des noms originels ou authentiques qualifiés de « gaou » (bête, naïf). Et pourtant, en préférant toujours, depuis au moins trois générations après son ‘‘indépendance’’, une appellation coloniale à une appellation authentique provenant ou inspirée de ses langues locales (bété, baoulé, sénoufo et autres) c’est plutôt la Côte d’Ivoire qui est le « gaou » ou l’abruti. Avec des citoyens qui seraient des I voient rien, cela n’est pas surprenant. La Côte d’Ivoire serait même « gnata » ou d’une sottise chronique, vue sa persistance à demeurer « gaou ». La dénomination Côte d’Ivoire dévoile plutôt l’incapacité du territoire de se prendre en charge.
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Par ailleurs, certains I voient rien, surtout dans les milieux intellectuels et assimilés, en remplacement au nom Côte d’Ivoire pour leur territoire utilise le terme Eburnie. Pour rappel, Eburnie vient du latin ebur qui veut dire « ivoire ».
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Dans un premier temps, le nom Eburnie, comme celui de Côte d’Ivoire avec lequel il est supposé établir une rupture, est encore totalement étranger aux peuples qui vivent sur ce territoire. Les I voient rien ne sont pas d’origine latine ! Par conséquent c’est tout à fait logique que Eburnie ne convienne pas en remplacement au nom Côte d’Ivoire, puisque, Eburnie est une autre Côte d’Ivoire, comme l’ECO parasité et le franc CEFA.
Eburnie et Côte d’Ivoire ont les mêmes motifs dégradants. De tels noms qui rappellent l’ivoire au point de l’idolâtrer, ne fait que perpétuer la cause de tous les malheurs de ce territoire : le mercantilisme. D’abord, leur appellation est d’origine étrangère. Ensuite ils sont focalisés sur la matière première, la ressource, l’ivoire, plutôt que sur les êtres humains, les valeurs de ceux-ci en particulier. Eburnie est inadapté d’autant plus que ce nom est autant ancré dans la dégradation et l’abrutissement que le terme qu’il est censé remplacer.
Or pourtant, les peuples qui vivent sur le territoire de l’actuelle Côte d’Ivoire, sur lesquels, ce nom, encore une fois, n’est pas focalisé, ce qui est avilissant, n’existe pas avec les indépendances, voire avec la colonisation, ou même encore avec la conquête de leur territoire par les conquérants français. Les peuples indigènes de la Côte d’Ivoire ont une histoire.
Valoriser son histoire
Il faut rappeler en outre qu’avec l’appellation « Côte d’Ivoire », l’histoire des peuples indigènes sur ce territoire est limités dans le temps : 65 ans depuis son indépendance, tout au plus 131 ans si l’on considère l’année, 1893, où cette terre a été baptisée et décrétée colonie française par l’ancienne puissance coloniale.
Or pourtant, le territoire n’a pas été habité avec l’arrivée des colons ou même des conquérants français, ou même des missionnaires. Il est chargé d’histoires, de légendes et de mythes. Ce n’est justement pas l’ancienne puissance coloniale elle-même qui le niera, elle qui a dû faire face à une farouche résistance des peuples autochtones contre la pénétration coloniale sur l’ensemble du territoire. Mais ce pan de l’histoire précoloniale est savamment masquée par le colon.
De la part de ce dernier, ce n’est pas surprenant, puisque ses défaites le démystifient alors qu’il doit maintenir dans l’imaginaire des Ivoiriens, des anciens colonisés, le mythe de l’ancienne puissance coloniale toujours puissante.
Mais le plus déplorable, c’est que la farouche résistance des ancêtres des Ivoiriens aux colons n’est étrangement pas non plus dévoilée et valorisée par les descendants des résistants, ‘‘I voient rien’’. Or pourtant ils devaient être fiers de ce pan de l’histoire de leur territoire, car ils pourraient aisément s’en servir comme rampe de lancement et fondement du mythe fondateur d’une véritable nation vivant sur leur territoire, un territoire encore une fois dont le nom doit provenir de ses langues locales.
Le Ghana, le Burkina Faso et le Mali sont un exemple concret de cette vision. L’organisation centenaire politique, sociale et militaire du puissant empire du Ghana fait la fierté de ce territoire qui en porte le nom, il suscite dans un premier temps respect à l’international, même de l’ancienne puissance coloniale, la Grande Bretagne, qui a essuyé de cuisantes défaites contre l’armée ashantis, notamment en 1824 à la bataille d’Insamankou.
Il réclame dans un second temps discipline de la part de ses citoyens actuels qui ont de dignes repères historiques et culturel. Ce sont notamment le prestige de l’empire dont leur pays porte le nom, la royauté, l’excellente organisation sociale de ses peuples, et l’un de ses chefs emblématiques, Osei Bonsu (1779-1824), Asantehene (monarque absolu de la confédération ashanti) de 1804 à 1824. Durant son règne, les Ashanti ont affronté la Confédération Fanti et ont dominé le commerce de la région de la Gold Coast. Il battit les Anglais en 1824 à Bonsaso lors de la Bataille d’Insamankou.
Dans une période plus récente, l’indépendantiste Kwame N-krumah, et le père de la démocratie au Ghana, l’ancien président le Colonel Jerry John Rawlins sont les fiertés du Ghana. Il n’est donc pas surprenant que le Ghana soit une référence à l’internationale et un modèle de stabilité dans la sous-région ouest-africaines. L’arrestation et l’ouverture de procédures judiciaires contre les dignitaires du précédent régime impliqués dans des scandales avérés de corruption ou de détournements de deniers publics montre le sérieux de cet État.
Le Burkina Faso qui ne s’appelle ainsi que depuis 1984 par l’initiative de Thomas Sankara, est remarquable par sa résilience et sa capacité de s’assumer et d’évoluer avec ses propres moyens, vision insufflée justement par le révolutionnaire et visionnaire Thomas Sankara. D’où la fierté des Burkinabès, toujours dans l’innovation et dont le nom du territoire signifie le pays des hommes intègres, des hommes qui ne vivent pas dans le faux, des personnes qui ont une grande conscience que le développement de leur pays ne se fera jamais par procuration ; les actes concrets de développement réalisée par les autorités actuelles en sont des exemples palpables.
Le Mali enfin est remarquable par son refus de la vassalité avec pour repère historique le patriote et souverainiste Soundjata Kéita, qui battit à la fameuse et mythique bataille de Kirina, en 1235, l’envahisseur et impérialiste mandingue Soumangourou Kanté. Le Mali est par ailleurs la terre du panafricanisme, avec la création du RDA (Rassemblement Démocratique Africain) en 1946 à Bamako. L’actualité du Mali, notamment sa rupture avec l’ancienne puissance coloniale, n’est donc pas le fait du hasard ou le fait d’un concours de circonstance. Les Maliens ont l’affirmation de leur souveraineté dans le sang.
A l’image de « Dieu (qui) va chercher dans ce qui était passé » pour faire ce qui est et réaliser ce qui sera (Ecl 3,15) l’ancienne Gold Cost (actuel Ghana) l’ancienne Haute-Volta (le Burkina Faso) et l’ancien Soudan français (le Mali) se sont servis de leur histoire comme moyen de restauration de leur dignité, condition indispensable pour amorcer un développement déparasité et viable dans leur peau de nations indépendantes. Ce qui n’est pas le cas de la Côte d’Ivoire qui a sacrifié son histoire et son évolution sur les autels de l’imitation servile, du mercantilisme et de la subordination, si bien qu’elle semble vivre encore à l’ère de la colonisation.
Détruire les autels de l’imitation servile, du mercantilisme et de la subordination
La Côte d’Ivoire, contrairement à ces trois valeureux voisins qui ont renoué avec leur histoire originelle pour être maître de leur développement, semble devoir son existence à un concours de circonstance, la colonisation. Elle a en effet sacrifié son histoire sur l’autel de l’imitation servile, notamment dans l’appellation de ce territoire, de la langue de l’ancien colon et à travers beaucoup d’autres éléments encore : le baptême des édifices et des rues encore une fois de noms d’anciens colons et même de tortionnaires des populations locales, son système politique qui rappelle aussi celui dans l’ancienne métropole, son programme scolaire archaïque, qui date encore de la période coloniale et qui refuse de relever le défis de l’innovation, son droit qui n’est pas non plus plus originel et original, qui est même manipulé à des fins politiques au profit du pouvoir comme durant la colonisations où les subordonnés n’avaient pas de droits, etc.
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Ainsi la Côte d’Ivoire, comme son nom l’indique, donne plus l’impression d’appartenir à l’ancienne puissance coloniale ou d’en être un département ou une sous-préfecture. Dans tous les cas, ce territoire ne semble ni autonome, ni indépendant, encore moins souverain. Or pourtant ce sont les Samory Touré (le faama et l’almami), Kadjo Amangoua de Bonoua, Appiah Akaffou, dit Akaffou Blalé, chef des N’gbans dans le centre du territoire, et tous ces autres résistants à la pénétration coloniale et à la colonisation qui ont donné leur poitrine et versé de leur sang en refus de la domination.
Mais quand l’on sait que l’indépendance de la Côte d’Ivoire lui a été octroyée plutôt qu’arrachée par elle, à l’inverse de celles de l’Algérie et l’Indochine française – qui sont devenues le Vietnam, le Cambodge et le Laos – l’appellation Côte d’Ivoire n’est pas surprenante. Contrairement à ses grands groupes de populations indigènes (Akan, Gour, Krou, Mandé) la Côte d’Ivoire n’est que le prolongement de l’ancienne puissance coloniale avec des dirigeants eux-mêmes anciens élus français, qui, de plus, se sont enrichis grâce au système économique coloniale. Il s’agit notamment de l’ancien président de la Côte d’Ivoire Félix Houphouët-Boigny qui se désignait lui-même comme planteur, sur un territoire d’exploitation.
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Pour rappel, le système économique coloniale consiste à faire du territoire une terre d’exploitation, c’est à dire un endroit qui n’a pour seule vocation que de produire des cultures de rente ou de fournir des ressources ou de la matière première, sans les transformer, les unités industrielles ou de transformation n’étant pas construites sur place, mais en métropole. Ce qui fait par ricochet de ce territoire un espace de formation en priorité de manœuvres et de subalternes plutôt que de création d’entrepreneurs, d’industriels et de cadres.
Et lorsque par exemple des cadres sont formés dans les quelques grandes écoles et universités publiques – il en existe bien, parce qu’il faut sauver la face en donnant l’impression que c’est un territoire autonome avec des ambitions et des prétentions – ils sont dans un premier temps pillés par l’Occident, où ils vont faire valoir leur savoir-faire, en complicité avec le gouvernement local qui ne suscite aucun débouché pour eux parce que justement les administrateurs sont plus dans la rhétorique que dans le développement pratique. Ces derniers par ailleurs voient l’intérêt que l’Occident porte à leurs rares cadres comme un moyen de se débarrasser de futurs éventuels rivaux politiques.
Les cadres locaux sont dans un second temps soit sous-employés sur leur territoire, soit surexploités par leur propre État ou des firmes internationales, comme durant la période coloniale. Il y en a qui, dans un esprit de malveillance qui dépasse tout entendement, ne sont même pas employés du tout. Il s’agit notamment des milliers de docteurs formés dans les universités publiques, dont la condition ne tenait qu’aux frais d’inscription. Après la soutenance de la thèse, circulez.
Finalement en plus de devoir son existence à l’imitation servile, l’appellation Côte d’Ivoire était motivée par le mercantilisme et un esprit de subordination, voire de servitude, et même de ruine inspiré de la colonisation. Mais il y a pire à combattre.
Il faut détruire le programme de chosification congénitale
L’appellation même des citoyens de la Côte d’Ivoire : Ivoiriens, est tout un programme de dévalorisation, voire de réification, et même d’appauvrissement perpétuel de ses populations, qui ne dit pas son nom.
« Ivoirien » vient de Côte d’Ivoire, ancien comptoir français, et qui tient ce nom en référence à l’ivoire, marchandise qui était vendue ou échangée sur la côte. Étymologiquement, « Ivoirien » désigne l’individu qui est originaire de la Côte d’Ivoire. Ce qui n’est pas correcte car en tenant compte de la logique littérale, la terminologie exacte pour désigner le citoyen de la Côte d’Ivoire devrait être, « Côte d’Ivoirien » : de la Côte d’Ivoire.
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En réalité, « Ivoirien » vient plutôt, et ce n’est un secret pour personne, de la racine du mot à partir duquel il a été formé : « ivoire ». Ce qui veut dit que le citoyen ivoirien vient de la marchandise « ivoire ». L’Ivoirien ne serait donc que le produit de l’élément dont il tire son nom, c’est à dire l’ivoire, une marchandise, une ressource, un article, un produit, en somme de la matière première.
La dévalorisation de l’individu à travers la dénomination « Ivoirien » a été aussi perçue auparavant par des personnes. « Ivoirien » donne en effet plus à entendre à l’écoute I voit rien, c’est-à-dire un individu niais, naïf, crédule, en somme : un « gaou », comme on le dirait en nouchi, ou un abruti, en français.
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Les gens qui ont vu la dépréciation de l’individu préfèrent la nationalité ivoirois et ivoiroise, peut-être ivoiroi et ivoireine, afin de redonner de la considération à l’individu qui a cette nationalité. Mais quelle valeur peut bien procurer à un individu une réalité qui lui est totalement étrangère, qui n’a rien à avoir avec lui ? Et quel intérêt y-a-t-il à se débattre dans des termes qui viennent d’ailleurs ?
En faisant un simple rapprochement entre les nationalités de substitution Ivoirois, Ivoiroise ou Ivoiroi et Ivoireine et Ivoirien, Ivoirienne, on se rend compte de tout le ridicule de la nationalité qui est tirée de l’appellation Côte d’Ivoire. Tout cet ensemble rappelle l’ancienne appellation de la RDC, le Zaïre, qui avait pour citoyens les Zaïrois et Zaïroises. Ce que sont devenues ces appellations et comment elles ont disparu, pour un nom authentique, doivent déjà mettre la puce à l’oreille des actuels citoyens de la Côte d’Ivoire pour changer en douceur et de façon responsable le nom de leur territoire,
Par ailleurs, si l’on considère la nationalité, « Ivoirien », un peu plus en profondeur, notamment en faisant un rapprochement avec l’histoire de l’ivoire sur le territoire, l’Ivoirien ne serait que le produit du trafic et du marchandage dont l’ivoire était l’objet. Ainsi donc à la chosification, suit la commercialisation de l’individu.
Le commerce n’ayant jamais profité à l’objet qui est vendu, mais plutôt à ceux qui marchandent (l’un recevant le produit et l’autre la valeur du produit), ce n’est pas l’Ivoirien qui est l’objet de marchandage qui profitera des richesses de son territoire, comme durant la colonisation, où les richesses étaient exploitées au profit de la métropole.
La preuve, après 65 ans d’indépendance, la pauvreté est plus que jamais prégnante, surtout ces 15 dernières années avec ces évidences : des détournements de fonds publics aux vues et au sus de tous sans que les fautifs ne soient inquiétés, comme durant la colonisation où les biens de la colonie étaient à l’entière disposition des maîtres colons ; la dépendance à l’extérieur par des endettements démesurés là où le territoire pouvait se prendre totalement en charge, avec par exemple le concept du budget sécurisé expérimenté avec succès dans les années 2000 sous le régime de Laurent Gbagbo ; les liquidations des banques nationales cédées à des capitaux étrangers ; la ruse des augmentations salariales suivie de hausses considérables de l’impôt sur les revenues et de la taxe sur les marchandises si bien que l’augmentation salariale n’est qu’un leurre au point où le coût de la vie l’emporte sur les revenues. Les autorités ne s’en émeuvent pas non plus, comme durant la période coloniale où les indigènes devaient payer les impôts édictés par le pouvoir coloniale au profit de la métropole sans protester, au risque de subir brimades et bastonnades.
Le trafic que subit l’Ivoirien atteint son summum avec la signature il y a quelques semaines d’une convention entre trois institutions ivoiriennes et la compagnie aérienne française Corsair en vue de faciliter les voyages des membres des familles des membres de ces institutions en France, où ils pourront également bénéficier de soin à l’hôpital américain de Paris, toujours selon un accord signé avec cet établissement hospitalier.
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Finalement, le territoire de la Côte d’Ivoire semble diriger par des margouillats et autres usuriers, en clair par des profiteurs, des adeptes de la prédation, des mercenaires, comme au temps de la colonisation, plutôt que par les individus qui sont supposés en être les réels propriétaires. La Côte d’Ivoire subirait ainsi une seconde colonisation alors qu’elle serait indépendante.
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Or pourtant l’autonomie ne devrait pas être un mythe sur ce territoire, les fondements locaux d’un réveil fulgurant sont bien présents depuis des siècles, bien avant la création de la colonie de la Côte d’Ivoire en 1893, puis de l’État de Côte d’Ivoire en 1960 et de la Côte d’Ivoire dite « nouvelle » en 2011, et avant même la révolution française de 1789 qui a débouché sur la création de la République française, à l’origine de la colonisation en Afrique.
Il faut valoriser Abla Pokou
Abla Pokou est la reine à l’origine du mythe fondateur du peuple Baoulé. Au 18ème siècle, en raison d’une guerre de succession dans le royaume Denkira, dans l’actuel Ghana, Abla Pokou et ses fidèles prennent la fuite vers l’ouest ou l’actuel Côte d’Ivoire. Dans leur fuite ils font face à une barrière naturelle : un fleuve, le fleuve Comoé. Selon la légende, les fugitifs parviennent à passer l’obstacle après que la meneuse du groupe Abla Pokou accepte d’offrir son fils unique en sacrifice comme le demandaient les esprits de cette eau.
Un a été sacrifié pour l’ensemble, à l’image de Jésus, qui est mort pour la multitude, selon les évangiles qui rapportent l’avis du grande prêtre Caïphe quant au sort de Jésus : « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour tout le peuple, plutôt que de voir la ruine de toute la nation. » (Jean 11, 50)
Le sacrifice de Abla Pokou, au détriment de son statut de mère qui a aussi droit à l’amour filial, a non seulement une valeur religieuse indéniable, bien avant même les premières évangélisations en Afrique occidentale, mais il inaugure par-dessus tout un acte politique d’une valeur fondamentale. Il s’agit du réalisme-socialisme ou l’idée du sacrifice de ses intérêts personnels au profit du collectif, de la communauté, du peuple.
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Ce grand acte politique ou Cette noble vision du monde, ou encore ce grand fondement d’une vie en société saine, harmonieuse et rassurante vécue en Afrique, en particulier par des ancêtres des Ivoiriens, bien longtemps avant avoir été conceptualisé en Occident au 20ème siècle, et même bien avant la révolution française (1789) est remarquable autrement chez d’autres peuples qui vivent sur le territoire de la Côte d’Ivoire (les peuples de l’Ouest, de l’Est, du sud et même du centre). Il est visible à travers les mariages en dehors de sa lignée, de sa communauté et de son village
Les mariages en dehors de sa lignée, de sa communauté et de son village sont un choix délibéré de peuples indigènes de la Côte d’Ivoire pour éviter les risques de consanguinité. Ce phénomène est en effet un obstacle à la régénération du groupe si bien qu’il favorise avec le temps l’affaiblissement immunitaire puis la disparition de celui-ci.
Ainsi en se pliant à cette règle du mariage, l’on fait le choix de préserver le groupe de la disparition plutôt que de satisfaire à ses seuls sentiments, volontés et désirs au cas l’on serait tenté de se marier dans sa communauté ou dans son lignage. L’on renonce également à ses intérêts personnels en faisant ce choix d’union matrimoniale parce que le mariage dans sa lignée ou dans sa communauté préserve de facto un héritage ou des biens, ou encore le pouvoir car ces derniers ne sortent pas de la famille.
Par le mariage en dehors de ses lignées, de ses parentés ou encore de sa communauté l’intérêt général est donc mis au-dessus de l’intérêt personnel ou particulier. La communauté est épargnée des pathologies liées à la consanguinité, on lui évite donc l’extinction. Le mariage intercommunautaire favorise plutôt la régénération du groupe, soit dit en passant, selon le commandement de l’Éternel au premiers hommes, Adam et Eve (Génèse 1, 28) de se multiplier et de remplir la terre.
La gouvernance par génération ou par classe d’âge est pratiquée dans le sud du territoire par les peuples lagunaires. Dans ce système adossés sur la culture et les classes d’âge, des groupes d’initiés de la même génération sont chargés à tour de rôle de la gouvernance de la communauté.
Les luttes individuelle et égoïste, prétentieuse et égocentrique pour la quête du pouvoir, qui exposent le territoire aux mercenaires, opportunistes et autres imposteurs, prompts à recourir aux moyens les plus belliqueux et aux compromis les plus absurdes pour acquérir le pouvoir, et leurs soutiens étrangers sont sacrifiés au profit de la gouvernance communautaire et de la gouvernance par les réels propriétaires du territoire communautaire. Ce qui préserve de facto au territoire d’une part d’être dirigé par des étrangers, comme durant la colonisation où le territoire était sous la direction de Français ou d’individus travaillant pour les intérêts de ceux-ci. La gouvernance par génération préserve d’autre part de la dilapidation des patrimoines fonciers, culturels, humains et même environnementaux, les indigènes n’ayant aucun intérêt à brader le fondement de leur existence, de leur raison d’être.
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Les peuples indigènes de la Côte d’Ivoire, en privilégiant le collectif au détriment des intérêts personnels, comme l’avait fait la reine Abla Pokou, et par les mariages intelligents, ainsi que par la gouvernance par classe d’âge, ont ainsi à leur source des fondements divins, bien avant les premières évangélisations, bien même avant la Révolution en France (1789), de laquelle les « Ivoiriens nouveaux » semblent tirer leur nature ou devoir leur existence. Les peuples dont le territoire a été baptisé Côte d’Ivoire, sans que leur avis compte, sont donc totalement et complètement légitime sur les plans culturel, politique et même religieux pour changer le nom de leur pays pour un nom authentique.
Toute opposition à ce projet d’où qu’elle vienne serait la pérennisation de la spoliation des populations indigènes de l’actuelle Côte d’Ivoire de leur propre territoire, de leur bien-être, de leur avenir et de leur espérance, comme depuis l’accession des actuels gouvernants au pouvoir où ils ont également été dépossédés de leur système d’état civil ingénieux et progressiste, par une réforme sur l’état civil qui imite servilement le système archaïque et figé de l’état civil occidental. Il faut donc sauver l’état civil originel des Ivoiriens. Mais cela passe avant tout par le changement du nom de la Côte d’Ivoire.
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En somme avec un nom étranger, une histoire falsifiée, un système économique coloniale, des personnages historiques emblématiques oubliées à dessein, des actes culturels et politiques intelligents ignorés et un système d’état civil étranger, les peuples indigènes de la Côte d’Ivoire sont plus que jamais étrangers sur leur propre territoire, ils subissent une véritable imposture. Le changement du nom de leur pays par un nom authentique est plus que jamais nécessaire pour qu’ils se réapproprient leur territoire, on n’est jamais mieux que chez soi et dans sa peau.
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