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CAN 2023 : quelques proverbes nouchi pour galvaniser les Éléphants !

Le nouci est l’usager du langage nouchi, célèbre argot ivoirien. Il en est même l’animateur par son vécu quotidien. En tant que tel et grâce au pouvoir psychologique de ce langage et des proverbes, ce que le nouci dit le transforme. Les Éléphants de Côte d’Ivoire, à qui les Ivoiriens font le reproche, à cause de leurs contreperformances, de ne rien partager d’autre avec eux que la nationalité, ont donc par ce langage une source de transcendance indéniable pour réaliser de meilleurs résultats dans la compétition organisée sur leur territoire.

Les Éléphants de Côte d’Ivoire, Crédit photo : facebook.com

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« C’est quelqu’un on connaît pas, on appelle ‘‘Eh’’ » : ce proverbe nouci que l’on peut traduire par « Une personne avertie en vaut deux », appelle le Éléphants de Côte d’Ivoire à la lucidité, ils joueront face au champion en titre. Ils doivent faire preuve d’humilité, en ne considérant pas uniquement les bons résultats de leur équipe face au Sénégal (le Sénégal n’a jamais battu la Côte d’Ivoire), mais la forme du moment de leur adversaire. C’est ainsi qu’ils trouveront les stratégies pour conserver leur domination sur l’adversaire du jour. Car un autre proverbe nouci le dit :

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« C’est pas parce que bras est en haut qu’il va penser qu’il est grand frère de pied » : autrement dit,ce n’est pas parce que la Côte d’Ivoire n’a jamais perdu face au Sénégal qu’elle va penser pourvoir conserver sa suprématie au football sur cette nation. Dans le même temps, les Éléphants doivent se dire que le titre de champion d’Afrique du Sénégal et son parcours sans faute au premier tour de la compétition ne le rend pas meilleure qu’eux ; au foot c’est la forme du moment qui compte, car aucun match ne se joue sur papier, mais sur le terrain, à l’instant T. 

Crédit photo : facebook.com

Comme en 1992 lorsque la Côte d’Ivoire avait battu l’Algérie 3 buts à 0 alors que cette dernière l’avait laminée dans l’édition précédente, cet autre proverbe nouci est là pour  aider les actuels Éléphants de Côte d’Ivoire à prendre le dessus sur l’humiliant échec lors de leur dernière rencontre, contre la Guinée équatoriale.   « Premier gaou n’est pas gaou, c’est deuxième gaou qui est gnata » :

Ce proverbe qui a été rendu célèbre par le groupe Magics system dans son tube planétaire Premier gaou parle aux Éléphants de Côte d’Ivoire. Il leur dit qu‘une première erreur est excusable, quelle qu’en soit l’ampleur, parce que la situation nous était étrangère, mais persister dans l’erreur, c’est se montrer idiot et s’attirer la colère, voir le mépris. Le proverbe appelle donc les Éléphants à faire preuve de réactivité, en faisant mettant en avant leur intelligence de jeu et leur volonté de vaincre contre leur adversaire du jour, sinon l’antipathie de leurs supporteurs pour eux pourraient renaitre. Et l’un des proverbes nouci qui peut les inspirer en cela est :

« Quand on t’envoie, faut savoir t’envoyer », ce proverbe qui n’est pas du nouchi, mais est très prisé par ce langage pour son pragmatisme, vient tout droit du baoulé, langue locale. Il s’agit ici, pour avoir le succès dans la tâche qui vous ait confiée, de faire preuve d’intelligence, voire de ruse, en tout cas de ne pas lésiner sur les moyens pour atteindre les objectifs. Le commissionnaire ou l’envoyé est en effet une victime en puissance, un bouc émissaire qui s’ignore.

L’envoyé donc, pour préserver sa réputation, voire sa vie, doit faire preuve d’intelligence, et même de ruse, pour éviter les éventuels pièges ou les déconvenues auxquels l’expose sa mission. Lorsque l’on voit les passions que déchaîne le foot ainsi que les enjeux économiques et politiques, ce proverbe peut valablement stimuler certains des éléphants qui n’ont soit pas grandi en Côte d’Ivoire, ou sont carrément nés en Europe, ou encore sont coupés de la mentalité locale. Par exemple lu supporteur lambda des Éléphants reproche à Nicolas Pépé qui ne s’est pas affalé sur la pelouse sur une charge du défenseur équato-guinéen, et pour avoir ainsi manqué un pénalty décisif, de ne pas avoir su s’envoyer.

Et l’une des meilleures façons de s’envoyer est de faire preuve de sang-froid, de sérénité et de calme, en particulier dans les tâches compliquées, comme lors des interminables séances de tirs au but au terme desquels les Éléphants ont été sacrés Champion d’Afrique. Et ce proverbe nouci le rappelle aux joueurs :

« Gros cœur mange pas du riz chaud ». Ou encore, plus précisément : « La colère est une mauvaise conseillère ».

Le langage footballistique de ce proverbe est clair : Quand la situation sera compliquée sur la pelouse, les Éléphants ne doivent pas faire des choix de jeu irréfléchis et impulsifs, sans quoi la défaite sera inévitable, comme contre la guinée équatoriale ou même contre le Nigeria. Ils doivent simplement s’efforcer de faire de leur match la photocopie de leur séance d’entraînement sereine et dans une atmosphère familiale. Sinon, l’entraîneur intérimaire devra encore en payer les pots cassés après la démission de l’entraîneur titulaire ; car le proverbe nouci le dit : « Match est photocopie d’entraînement » : ta prestation en rencontre officielle est le reflet de tes entraînements. Si elle est sérieuse, c’est la preuve que tu ne te prélasses pas aux entraînements et même que tu t’entraînes.

Et la divine providence peut y mettre de la sienne. Oui le nouci est aussi croyant, mais pas un illuminé, il est plutôt un croyant pragmatique, il le montre à travers ce proverbe : « Dieu n’est pas gaou ». On peut le traduire par « Dieu est un Dieu de justice », pour le nouci Dieu n’a en effet que faire des imposteurs, des fainéants, des peureux et des opportunistes, il récompense les efforts et le courage.

Pour espérer donc profiter des faveurs de ce Dieu qui n’est pas gaou, les Éléphants doivent avoir à l’esprit que : « Dindinman n’a pas luck », plus clairement : « La chance sourit aux audacieux ».  La qualification quasi miraculeuse des Éléphants à ce 8e de final contre le Sénégal les appelle à l’audace, parce que « Cabri mort n’a pas peur de couteau ». Ils n’ont effet plus rien à perdre devant la meilleure équipe africaine, surtout après avoir subi une grande humiliation devant la Guinée équatoriale. « C’est l’homme qui a peur sinon ya rien », Qu’ils se laissent donc aller, qu’ils prennent du plaisir dans leur métier. Car comme le dit le proverbe baoulé « La femme qui a eu des jumeaux n’a pas peur d’une grosse verge », « Bla n’ga wou li n’da srô man toi pkli ».

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Auteur·e

revedehaut

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