Allez, on lève les rideaux en Côte d'Ivoire...

Image de rideaux de pixabay.com CC
Image de rideaux de pixabay.com CC

2015 est une année électorale en Côte d’Ivoire mais l’atmosphère sociale est si particulière, sinon explosive, qu’on a l’impression qu’il se prépare petit à petit des scènes auxquelles les Ivoiriens ont habitué le monde.

En Côte d’Ivoire, à l’approche de l’élection présidentielle de 2015, on lève les rideaux et le spectacle peut commencer. En 2010 déjà, les Ivoiriens s’étaient retrouvés dans la situation ubuesque, ridicule et honteuse d’avoir deux présidents de la République à la tête de leur pays. Ces derniers, hommes d’un certain âge, hauts cadres, hommes d’État et pères de famille de surcroît, n’ont pu se départager qu’après les bruits de bottes, de basket et de sandales de toutes les pointures ainsi que le déploiement et les crépitements de toutes sortes d’armes.

Oui, ce spectacle peut commencer comme durant ces longues années où le pays était divisé en deux, entre nord et sud, entre zone rebelle et zone loyaliste, entre « jeunes patriotes » et « forces nouvelles », entre orateurs des ‘‘Parlements’’ ou agora à Abidjan et orateurs des ‘‘Sénats’’ à Bouaké, entre miliciens et rebelles. Entre militaires républicains et assaillants …

Aujourd’hui encore, c’est vraiment reparti pour ce spectacle comme en 2000 lors des débats irresponsables au sujet du « et » et du « ou » à propos de l’éligibilité à la présidence de la République. Ou bien comme le 24 décembre 1999, ce jour où des Ivoiriens saluaient le premier coup d’État dans leur pays et dansaient au son des compositions musicales à la gloire des jeunes mutins, « moutons », « bovins » et autres « porcins » qui leur faisaient ainsi vivre le meilleur Noël de leur existence. Ils offraient même à boire à ces sauveurs quand ils ne s’affichaient pas avec eux sur des clichés larges sourire aux lèvres. Et pourtant, dix mois après, notamment à la suite de la présidentielle d’octobre 2000, les sauveurs d’hier, voulant coûte que coûte s’accrocher à ce pouvoir qui ne les intéressaient pas *:)) Marrant se transformaient en bourreaux.

Eh oui, cette tragi-comédie peut enfin avoir lieu comme dans les années 2000 où dans les Parlements et autres places publiques. A la défunte ‘‘Sorbonne’’ du plateau, notamment,  on se félicitait chaleureusement que la Côte d’Ivoire fasse enfin partie des grandes nations du monde, à l’image de l’Irak et de l’Iran, tout simplement parce qu’il avait été voté à l’ONU un embargo sur les armes en Côte d’Ivoire.

Notre pays, c’est du pain béni pour les amateurs de dramaturgie. Rappelons-nous les remous causés par l’appel de Daoukro au sein du vieux PDCI (Parti démocratique de Côte d’Ivoire) ; et que dire de ces tiraillements chez l’intellectuel FPI (Front populaire ivoirien) ? nous n’oublions non plus ces grands *:)) Marrant calculs politico-judiciaires du pouvoir ivoirien pour sauver la tête de ses partisans qui auraient commis des crimes lors de la crise post-électorale de 2010-2011. Mais, la Côte d’Ivoire, c’est surtout une somme d’incompréhension pour l’Ivoirien lambda que je suis.

Aussi vrai que les mêmes causes produisent les mêmes effets, on ne peut être qu’amer quand l’on se rend compte que les Ivoiriens semblent ne rien retenir du passé, mais surtout donnent l’impression de n’accorder aucune importance à leur avenir. Le débat qui a précipité la Côte d’Ivoire dans la guerre, l’a couverte de tant de honte resurgit à quelques semaines de la présidentielle. Il s’agit de la question de l’éligibilité à la présidence de la République ou l’exclusion d’une frange de la population ivoirienne à cette fonction suprême. Et il n’y a vraiment rien de surprenant que ce débat refasse surface. C’était en effet prévisible.

Est-ce par mépris, par arrogance, par excès de confiance ou simplement par manque de sérénité que l’on a fait semblant d’ignorer la cause des crises successives qu’a connue la Côte d’Ivoire ? Dans tous les cas, 13 ans après qu’elle ait connue une rébellion armée et 5 ans après la crise post-électorale et des milliers de morts, le vieux démon refait surface : l’inéligibilité d’Alassane Ouattara qui serait né d’un parent non ivoirien et se serait prévalu d’une autre nationalité alors que la constitution ivoirienne dit que ne peut être candidat à l’élection présidentielle un individu qui se trouverait dans de telles situations.

Ce débat nauséabond, irresponsable, honteux et effrayant ne referait pas surface si les autorités ivoiriennes avaient eu le courage de crever l’abcès en proposant une modification de la Constitution. Non pas pour l’adapter à la situation d’un quelconque politique, mais pour permettre à la Côte d’Ivoire d’assumer son histoire de pays d’immigration, pays qui ne serait pas en avance dans la sous-région ouest-africaine sans l’apport de ces personnes que l’on désigne des décennies après, et avec mépris, comme des étrangers alors qu’elles font partie intégrante de la population ivoirienne.

Cette réforme constitutionnelle fera de la Côte d’Ivoire un pays responsable. Elle pourrait, en outre, non seulement lui éviter d’autres morts et des conflits à venir, mais aussi elle mettrait effectivement à sa disposition tous ses fils et filles quelle que soit la région du monde dans laquelle ils se trouvent.

On opposerait à cette proposition que ce n’est pas en étant forcement président de la République que l’on peut se mettre au service de son pays.
Ce n’est pas faux, mais il faut garantir la paix sociale en évitant que des gens se sentent exclus et veuillent accéder au pouvoir par des moyens autres que pacifiques. Et puis, en ayant à l’esprit que seul le développement de notre pays doit prévaloir, développement qui mettrait à l’abri de la pauvreté ou aurait des implications positives, il serait vraiment absurde de se priver des compétences qui permettraient d’atteindre ce but. Par ailleurs, envoyer les Ivoiriens à se prononcer par référendum pour une réforme constitutionnelle les rendraient par-dessus tout responsables face à leur choix quel qu’il soit… J’en suis convaincu, même si j’ai en souvenir qu’en 2000, des politiques avaient fait preuve de mauvaise foi en appelant à voter « oui » pour la Constitution actuelle bien que conscients qu’elle ne faisait pas leur affaire. Soit.

Dans une Côte d’Ivoire qui se veut en émergence, ce n’était pas mauvais de construire des ponts, mais il aurait d’abord fallu s’occuper du problème de fond (la Constitution) pour éviter à la Côte d’Ivoire d’être de nouveau la risée du monde. Ces manifestations, ces troubles et ces morts d’hommes après la validation de la candidature d’Alassane Ouattara par le Conseil constitutionnel n’augurent rien de bon. *:-S Inquiétude

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Auteur·e

revedehaut

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