#Mondochallenge : Il n’y a pas meilleur héritage pour nos garçons que le féminisme

En partant du simple principe que le féminisme est la lutte pour la libération de la femme, pour une grande visibilité de celle-ci dans la société, sinon pour une égalité de ses droit avec l’homme, il ne fait l’ombre d’aucun doute qu’il n’y a pas combat plus noble, et il n’y a pas non plus meilleure héritage que l’on puisse laisser à la génération future, au garçon surtout,  car une femme libérée, émancipée et autonome, c’est toute la société qui en profite.  Ces états de fait en témoignent.

1- La femme, première patriote

Plus patriotes que les femmes il n’y a certainement pas. Et le patriotisme de la femme se révèle par exemple d’abord dans les saintes écritures, autant que dans notre histoire récente.

Dans la Bible d’abord, en son ancien testament notamment, le patriotisme de la femme est visible à travers certains personnages féminins  dont l’amour pour la patrie a poussé à  réaliser  des sacrifices et des prodiges pour sauver  celle-ci. Ce sont la reine Esther et Judith ainsi que  Ruth la Moabite.

Ainsi, près avoir été suppliée par son tuteur Mardochée de faire quelque chose pour obtenir les faveurs du roi pour son peuple contre qui se préparait une conspiration en vue de leur extermination, la reine Esther dut jeûner et humilier son corps trois jours de suite :

« saisie d’une angoisse mortelle.  Elle avait enlevé ses vêtements de reine et revêtu des vêtements de misère et de deuil. Au lieu des riches parfums, elle s’était recouverte la tête de cendres et d’ordures. Elle humiliait sévèrement son corps : loin de le parer de bijoux, elle le couvrait de ses cheveux défaits » (Esther 14, 1-3).

Judith également dut abréger son deuil pour sauver son peuple affamé et assoiffé, assiégé qu’il était par la puissante armée assyrienne.

Là où les hommes n’avaient aucun pouvoir ou étaient prêts à capituler, ces femmes ont pourtant obtenu le succès.   Esther obtient du roi, par la grâce de Dieu, que son peuple soit épargné, la conspiration qui le visait se retourna plutôt contre celui qui en était l’instigateur (Aman) ;

Judith,  elle, élimina, grâce à son courage et par la ruse, le général (Holoferne) de l’armée qui assiégeait son peuple. Celui-ci put donc contrattaquer aisément et vaincre ses soldats paniqués et en déroute.

Ruth la Moabite quant à elle nous apprend que la véritable nature du patriotisme n’est  ni la violence, ni le mépris, encore moins la xénophobie ou même le fait de partager  un lien de sang avec des individus. C’est pour cette étrangère au peuple de sa belle mère Noémie l’Israélite,  une mise en pratique de l’amour. L’amour de Ruth pour cette femme qu’elle a suivi dans son pays lui vaudra de faire entièrement parti de  son peuple, de donner, par la loi du lévirat, une descendance à Noémie là où ses propres fils avaient échoué, et d’être même une aïeule de  Jésus Christ que le christianisme présente comme le sauveur de l’humanité.

Dans un environnement aussi patriarcal que celui de la Bible, la femme à le pouvoir de sauver les siens, il va sans dire que plus de liberté pour elle serait un avantage indéniable pour l’ensemble de la communauté.

Et cela d’autant plus que plus proche de nous et dans l’histoire récente de certains pays, en Afrique particulièrement, des femmes ont démontré leur pouvoir de protestation dans des moments de crise a priori sans issus.

À ce sujet, l’on peut se souvenir de deux grèves du sexe menées par les femmes et qui leur ont permis d’atteindre leur but.

  • 2002 : Grève du sexe au Liberia pour établir la paix

Lauréate du prix Nobel de la paix 2011, Leymah Gbowee avait lancé en 2002 une grève du sexe pour obliger le régime de Charles Taylor (président du Liberia de 1997 à 2003) à associer les femmes, jusque-là écartées du processus de négociations, aux pourparlers de paix. Une pression à laquelle ne résiste pas Charles Taylor, ex-chef de guerre devenu président.

  • 2009 : Grève du sexe au Kenya pour forcer au dialogue

« Pas de réforme, pas de sexe ! »,

tel est le mot d’ordre du mouvement lancé, en mai 2008, au Kenya, par l’Organisation de développement des femmes, lasses de voir s’éterniser une crise politique entre le président, Mwai Kibaki, et le premier ministre, Raila Odinga.

« Les grandes décisions sont prises sur l’oreiller, donc nous demandons aux deux dames (les épouses du premier ministre et du président) lorsqu’elles se retrouvent dans l’intimité avec leurs maris, de leur demander : ‘Mon chéri, peux-tu faire quelque chose pour le Kenya ?’ « ,

explique alors Patricia Nyaundi, avocate membre de l’organisation. Très structurées, les femmes kényanes proposent même un dédommagement aux prostituées afin qu’elles s’associent au mouvement et interdisent toute échappatoire aux mâles en manque. Pour la coalition d’ONG féminines, l’objectif de la grève est atteint : le président et le premier ministre, qui ne se parlaient pas depuis des mois, se rencontrent à plusieurs reprises, des rencontres qui permettront une décrispation de l’atmosphère politique, indispensable au développement.

2- La femme, agent de développement

La vie serait moins difficile sous certains cieux s’il y était reconnu en la femme sa capacité à favoriser le développement et si elle était soutenue en ce sens. En Colombie par exemple,  face à la passivité des hommes, les femmes décident de faire encore la grève du sexe jusqu’à ce que les autorités s’engagent à construire une route pour désenclaver le petit village de Santa María del Puerto de Toledo de las Barbacoas, sur la côte Pacifique. Après trois mois de « jambes croisées », les pelleteuses débarquent dans le village.

Il faut reconnaître qu’une femme qui a accès au travail, peut non seulement s’épanouir, mais c’est une source de revenu en plus à la maison et un soutien financier pour son époux et toute  la famille. Il va sans  dire que quand elle est en outre éduquée, c’est son environnement immédiat et toute la société qui gagne en dynamisme à plusieurs niveaux, notamment sur les plans économique et social. En Afrique par exemple de simples vendeuses arrivent à assumer les charges familiales par  leur activité.  Les plus en vue sont les célèbres  Nana Benz du Togo jusque dans les années 90 et toutes ces femmes qui tiennent un petit commerce quelque part sur le continent.

Un véritable accès à l’instruction et à la formation pour ces femmes et jeune filles, loin d’en faire des concurrentes aux hommes, comme on le pense dans des sociétés patriarcales, est un atout grâces aux opportunités économiques qu’elles offrent. La prise en charges de l’instruction et de la formation  de femmes déjà actives économiquement, et même des filles  ouvriraient à la gent féminine la porte à un plus grand engagement en politique.

Ce qui ne serait pas nouveau par exemple pour des femmes africaines. Car en Afrique il a eu des reines. La Reine Abla Pokou, fondatrice du royaume Baoulé, en Côte d’Ivoire,  en est l’illustration  parmi d’autres. La femme en politique sera un réel avantage pour son pays car en raison de sa capacité à porter et à donner la vie,  celle-ci est à même d’être un contrepoids au pouvoir patriarcal,  autoritaire, autoritariste, égoïste et égocentrique des hommes.

Ces derniers ont des femmes pour les conseiller dans le secret de leur chambre pourrait-on objecter, mais celle-ci sont dans l’ombre de leur époux, alors qu’à l’origine, c’est l’homme qui était dans l’ombre de la femme que celle-ci fût reine ou reine-mère. Son opinion comptait car l’on était conscient qu’étant celle qui porte et donne la vie, elle ne pouvait décider ou conseiller qu’au profit de l’intérêt général comme le démontra symboliquement la reine Pokou en sacrifiant, selon la légende, son fils unique pour sauver son peuple.

Avec la modernité et l’ère coloniale cependant, en Afrique, pendant que les femmes était invisibilisées, des hommes parce que simplement homme ou pour avoir lu Marx, Hegel ou à cause de leur grand diplôme en économie ou même pour avoir combattu pendant des guerres de décolonisation, et souvent grâce au plafond de verre qu’ils érigent contre la femme, maintiennent la société sous leur pouvoir.

3- Combattre les injustices subies par la femme, c’est garantir la paix

Mais le féminisme c’est aussi lutter contre les injustices et les inégalités entre femmes, notamment au niveau des sociétés qui pratiquent l’héritage selon le système matrilinéaire. Dans ces communautés, la veuve et ses enfants ne peuvent hériter des biens du défunt époux et père. Ceux-ci reviennent aux enfants de la sœur de ce dernier. C’est une aberration non seulement dans un monde moderne, mais aussi en considérant le fait que  les époux ont été unis par les liens du mariage et que le patrimoine familial que convoite la belle famille de la veuve a été constitué par l’association et  la collaboration de l’homme et de la femme avec quelques fois le soutien de leurs enfants. Dans quelle société peut-il régner la quiétude sociale et la paix avec de telles frustrations et injustices ? En œuvrant  donc pour la  reconnaissance à la veuve le droit que lui reviennent les biens qu’elle et son défunt époux ont constitué, le féminisme se fait une garante de la paix non seulement dans les familles mais dans  l’ensemble de la communauté.

En somme, au delà de la lutte pour les droits de la femme, le féminisme  préserve de tout temps la mère-patrie, est un facteur de développement et  une garante de la paix sociale. Il n’y a donc pas meilleur héritage aux générations à venir, particulièrement à nos garçons exposés à une culture machistes qui  tend à réduire la femme à son corps, notamment à travers une pornographie de plus en plus agressive.

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