15 novembre en Côte d’Ivoire : journée nationale de la paix ou journée nationale de l’hypocrisie ? (suite)

L’absence de guerre ne signifie pas présence de paix

Ceux des Ivoiriens, étrangement proches du régime,  qui ont vu leur situation, comme par enchantement, évoluer extraordinairement à l’accession justement d’Alassane Ouattara au pouvoir ne le reconnaîtront certainement pas, mais trop de frustrations et d’injustices existent encore en  Côte d’Ivoire pour prétendre que les Ivoiriens sont véritablement en paix.

Dans un premier temps,  des personnes qui ont perdu leurs biens dans les anciennes zones assiégées, ou même qui sont par exemple impuissantes devant le délabrement de leur maison là-bas, faute de moyens pour pouvoir les réhabiliter ne peuvent prétendre être en paix, habitées par l’incertitude, rongées par l’amertume  laissées pour compte qu’ils  ont.

Ensuite les dividendes de la remarquable croissance économique dont se vante le pouvoir ne profitent pas à l’ensemble des Ivoiriens alors que l’inflation, elle, est bien réelle autant que le chômage et la paupérisation grandissante d’une  population dont près de la moitié vit en dessous du seuil de pauvreté dans un pays gangréné  par la corruption et réduit au silence par l’autoritarisme du pouvoir. Il va sans dire qu’un quotidien aussi éprouvant  est non seulement source de tourments personnels, mais n’est pas une garantie de paix, qui plus est quand c’est seulement le clan présidentiel qui profite des bénéfices de la croissance. Ces nouveaux riches donnent ainsi l’impression que le pays, bien commun, est leur business personnel, mais encore plus grave ils font bien voir qu’ils construisent leur bonheur sur la misère et les malheurs des populations.

Les dernières élections municipales et régionales émaillées de fraudes, de troubles et pire de morts d’hommes sont enfin une confirmation de l’incertitude que couve sournoisement la Côte d’Ivoire. Elles incitent à tirer sur la sonnette d’alarme avant qu’il ne soit trop tard. Pour avoir malheureusement subi des pertes en vie humaines pour de simples élections locales qui n’ont d’ailleurs pas mobilisé l’électorat, on imagine bien ce qui pourrait se passer  lors de l’élection présidentielle de 2020 qui s’annonce très disputée comme celle de 2010 : le pire encore une fois.

En voyant toutes ces négligences et ces injustices persistantes que personnes n’ignorent, y compris les autorités, qui ont le pouvoir de les corriger mais demeurent dans une indifférence consternante et angoissante, il est tout à fait raisonnable de dire  que la journée nationale de la paix en Côte d’Ivoire y est plus une journée nationale  de l’hypocrisie. Visiblement, en Côte d’Ivoire, la paix n’est pas un comportement, mais plutôt de vains mots.

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