15 novembre en Côte d’Ivoire : journée nationale de la paix ou journée nationale de l’hypocrisie ? (1)

Avant tout propos, je m’incline en mémoire de toutes les personnes  qui ont perdu la vie lors des différentes crises qu’a connues notre pays.

Le 15 novembre dernier, était célébrée la paix en Côte d’Ivoire, comme à cette date depuis 1996. Les beaux discours prononcés ce jour, lors de manifestations pompeuses présidées par des autorités en grand apparat et fanfaronnant, qu’applaudissait une assistance sur son 31, cachent pourtant mal la laideur d’une Côte d’Ivoire, si prompte à faire la fine bouche lors de célébrations, en particulier pendant celle dédiée à la paix, mais dont le cœur demeure ténébreux.  

« Léopard est joli, mais son cœur est mauvais »

Rappelle historique de la date du 15 novembre

Le 15 novembre a été décrété journée nationale  de la paix en Côte d’Ivoire en 1996 par Henri Konan Bédié, alors président de la République. Ce décret  a été pris un an après les troubles lors de l’élection présidentielle de 1995 qui, à  l’époque déjà, avait causé des morts d’hommes. Il avait été motivé par la volonté de rappeler le besoin d’œuvrer pour la paix dont le premier président de République, Houphouët-Boigny, s’était fait le chantre. Ce dernier avait d’ailleurs cette phrase pour illustrer le fait que la paix engage tout l’être :

« La paix n’est pas un vain mot, c’est un comportement ».

Ce 15 novembre dernier était donc la 22ème journée nationale de la paix. Et quand l’on sait les crises que la Côte d’Ivoire a traversées durant tout ce temps, on ne peut que constater  que cette  journée avait été plus une journée de l’hypocrisie que de la paix, et malheureusement, elle l’est encore aujourd’hui.

Bien que la mort fasse partie de l’existence des hommes, lorsqu’elle frappe, ce n’est pas un événement banal, le temps semble s’être arrêté. Dans plusieurs communautés à travers le monde et particulièrement dans celles d’Afrique, singulièrement en Côte d’Ivoire, en cas de deuil, un nombre de rites ont lieu, des attitudes sont adoptées, avant que la vie puisse reprendre son cours normal.

  • Une période de deuil

Il s’agit effectivement dans un premier temps de vivre une période de deuil. Pendant celle-ci on adopte une attitude qui nous fait rappeler qu’on est dans  un moment particulier, un moment douloureux.  Ce temps est marqué entre autres par une grande retenue dans le comportement à travers  une restriction au niveau de la  nourriture, une abstinence sexuelle et un changement de l’habitude vestimentaire, non seulement réduite juste à l’essentiel, mais dominée par les couleurs noir et sombre pour dévoiler l’état de tristesse intérieure que cette disparition nous fait endurer.  On adopte en somme une attitude d’affliction.

  • La levée de deuil

Après ce temps de douleur, il y a dans un second temps la levée de deuil. Pendant cette cérémonie,  la communauté se retrouve. On  se débarrasse des habits de deuil, pour des vêtements aux couleurs plus gaies, rassurés qu’après avoir été honorée, l’âme du défunt repose en paix. Les visages auparavant fermés deviennent moins tristes et s’ouvrent petit à petit à la gaieté. Mais que constate-t-on en Côte d’Ivoire ?

  • Ignorance, Hypocrisie, mépris

Après tant de morts depuis l’an 2000 et même avant, qui ont atteint un pique sans précédent en 2010   avec plus de 3000 morts

officiellement, aucune période de deuil à l’échelle nationale n’a  été   observée à  la mémoire de tous ces disparus, comme s’il n’y avait jamais eu de tels morts en Côte d’Ivoire, ou comme si ces pauvres défunts n’avaient jamais été des êtres humains, ou même comme si leur disparition était normale. Il va sans dire que la levée de deuil n’a jamais été à l’ordre du jour. Est-ce par ignorance, par hypocrisie… ou par mépris ?

On ne saurait le dire.  On  sait pourtant que chacun à son niveau, en particulier nos autorités qui ont le devoir de garantir la quiétude sociale, se soumettent à ces obligations et rites lorsqu’elles perdent un proche.

Alors il serait louable de les réaliser pour de simples personnes avec qui nous étions liés par la terre ivoirienne, mieux avec qui nous partagions la condition humaine. On gagnerait à le faire pour que les âmes de ces personnes violemment arrachées à la vie et inhumées pour certains dans des conditions déplorables quand leur cadavre n’a pas été dévoré en pleine forêt par les rapaces, reposent définitivement en paix, leur mémoire ayant été reconnue et honorée par ceux qu’elles ont précédé dans l’au-delà.

Il nous serait avantageux d’effectuer ces cérémonies  car elles nous feront prendre conscience des méfaits de toutes les entraves à la paix, et partant de l’impériosité d’une véritable culture de la paix.

Il ne sert à rien d’ignorer ces  simples cérémonies ô combien essentielles pour le repos de l’âme de nos défunts au profit malheureusement d ’opération d’indemnisation  des victimes de guerre et des ayants droit des défunts.

Ces démarches  responsables sont à féliciter. Mais il n’y a pas que les indemnisations, surtout que celles-ci  sont source de polémiques qui soulèvent cette problématique : dans un pays qui, pendant près de 20 ans a subi la crise du Nord au sud, de l’est à l’ouest  sans oublier le centre,   où chacun à son niveau  a d’une façon ou d’une autre enduré ces moments tragiques, y-a-t-il des gens qui sont moins victimes d’autres ? C’est une autre  question qui nécessite un article complet …

Seulement le constat est que nos défunts sont ignorés quand des personnes injustement écartés  des indemnisations ne sont pas plus considérés. Finalement  défunts et vivants ont de quoi ne pas être en paix, même si les seconds peuvent bien se convaincre du contraire car le pays n’est pas en guerre.  Mais absence de guerre ne signifie  pas présence de paix.

à suivre

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