Il y a ministre et ministre (2)

Pour revenir à notre court extrait de la Bible :

« Yahvé répondit : “Sors et tiens-toi dans la montagne devant Yahvé.” Et voici que Yahvé passe. Un vent fort et violent passe en avant de Yahvé, il déchire les montagnes et fend les rochers, mais Yahvé n’est pas dans le vent. Après le vent, un tremblement de terre, mais Yahvé n’est pas dans le tremblement de terre.  Après le tremblement de terre, un feu, mais Yahvé n’est pas dans le feu. Après le feu, ce fut le murmure d’un souffle léger. Lorsque Élie l’entendit, il se couvrit le visage avec son manteau, il sortit et se tint à l’entrée de la grotte. Alors une voix se fit entendre : “Que fais-tu ici, Élie ?” » (1Rois, 19, 11-13),

Comme Yahvé vient à Élie dans cette brise légère, ainsi les vrais ministres viennent vers les opprimés, ceux qui souffrent ou même les personnes qu’ils veulent aider… ils viennent donc vers celles-ci en toute humilité avec avant tout la volonté de les écouter.  C’est le cas par exemple de mère Theresa  à Calcuta en Inde, ou encore ces ONG et ces missionnaires qui chaque jours travaillent à l’amélioration des conditions de vie des personnes en situation précaire.

Nelson Mandela CC Flickr.com

L’Homme ou l’autre est ainsi au centre des préoccupations des vrais ministres. Avec eux tout est une question de logique car en effet, comment peut-on venir en aide à une personne sans l’écouter auparavant pour connaître sa souffrance parce que ce qu’on peut voir ou qu’on semble savoir d’une personne n’est pas forcement la réalité ? A cet effet, dans des zones où le pragmatisme est de rigueur, les projets publics sont précédés d’enquêtes d’opinions où les points de vue des  futures bénéficiaires sont pris en compte au sujet de tel ou tel projet ; et les citoyens sont encouragés à faire des propositions  car nul, en dépit de son autorité, ne détient le monopole de la réalisation du bien-être. Dieu, lui-même omnipotent, omniprésent, donc qui est supposé tout savoir, dans notre court extrait, a l’humilité de s’informer auprès d’Élie :

“Que fais-tu ici, Élie ?”

Le vrai ministre sait en outre s’effacer car le pouvoir use et s’use. Le grand prophète Élie qui fit tant de miracles (ressuscita notamment le fils de la veuve de Sarepta (1Rois 17 17-23)) bien que n’ayant pas réussit symboliquement  à débarrasser le peuple d’Israël de ses idoles ne s’imposa pas, il consacra Élisée, son serviteur, comme prophète à sa place comme le missionna Yahvé. Cerise sur le gâteau, selon la Bible, il gratifia Élisée de deux fois sa puissance (2Rois 2 9-14) en lui laissant symboliquement son manteau.

Comme lui Élisée fera aussi des choses remarquables. Un parallèle avec le monde réel fera remarquer que Nelson Mandela, le héros de la lutte anti-apartheid, le patriarche, le père de la nation arc-en-ciel, le Prix Nobel de la paix 1993, si aimé et estimé de tous, qui avait tous les arguments pour se maintenir au pouvoir en Afrique du Sud et y mourir même laissa pourtant la place  à la nouvelle génération. Thabo Mbeki qui lui succéda réalisa une bonne performance au pouvoir en relevant l’économie sud-africaine dans un pays auparavant réconcilié et apaisé grâce à son prédécesseur Mandela. Comme son prédécesseur Thabo Mbeki ne s’accrochera pas au pouvoir lorsqu’il sera mis en cause pour des interférences judiciaires.  À l’image de l’humus, le vrai ministre, comme Mandela, nourrit et enrichit sa patrie, voire l’humanité.

Les ministres de la trempe de Mandela ne meurent pas. Comme un Élie qui, symboliquement, « monta au ciel dans un tourbillon » (il ne connu pas le pourrissement du tombeau ou la perte de son souvenir) le souvenir en bien de Mandela demeure et demeurera.  Ce n’est évidemment pas le cas de Blaise Compaoré, qui ne peut s’aventurer dans son pays après avoir été chassé du pouvoir.  Ce n’est pas non plus forcement le cas (ne nous voilons pas la face) d’Houphouët-Boigny, en Côte d’Ivoire, qui mourut au pouvoir après 33 ans de règne.

Son héritage politique et en terme d’infrastructure en souffre encore aujourd’hui. Sait-on jamais, la réputation de la Côte d’Ivoire de pays stable en Afrique avec le Sénégal se serait encore raffermi s’il avait comme MandelaLéopold Sédar Senghor et Abdou Diouf, quitté le pouvoir sans que la mort s’en mêle. Il aurait été un garant de cette stabilité. L’actuelle situation politique désastreuse au Togo dont l’ancien despote, Yassingbé Eyadema, mourut également au pouvoir en est la preuve. Le Cameroun n’est pas à l’abri de cette situation.

Pour revenir à la Côte d’Ivoire, sa classe politique, au pouvoir comme dans l’opposition semble tenir son goût du pouvoir de son premier président.  Ce goût  est si grand que cette classe politique s’investit plus dans la violence et la répression que dans les programmes de développement ou même le simple entretient des infrastructures déjà existantes : mépris de la loi, coup d’État militaire, insurrections armées, rebellions, massacres, complots, abus de pouvoir,  justice à deux vitesses, répression des opposants et de manifestants en sont l’illustration. Mais au fond, en Côte d’ivoire une génération monopolise le pouvoir si bien que le pays est condamné à un éternel recommencement, chaque président de cette génération voulant se rattraper de ce qu’il aurait subi de la part de ses prédécesseurs. Pas étonnant que l’alternance se déroule dans la violence.

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