Abidjan : « l’ouragan Ahne » a encore frappé

Mercredi 13 septembre 2017. C’est l’aube, à Yopougon, terminus 27, route de la central thermique d’Azito : la petite gare du village Azito est ouverte, les tenanciers des commerces s’installent nonchalamment ; les petites restauratrices et les vendeurs de garba rentrent fraîchement du marché et déballent leurs paquets; les vendeuses de bouillie de mil aux galettes, de sandwich, elles, sont déjà installés et ont commencé à faire de l’argent. Les minis bus, gbakas,  et les taxis communs allant au Plateau  sont également à ce rendez-vous quotidien à ce carrefour majeur de la commune de Yopougon.

Débris après démolition Crédit photos Christ Koffi

C’est le trantran habituel quand autour de 9 h du matin, le climat se gâte, les gbakas et les taxis ont vite fait de décamper en voyant venir l’ouragan Ahne : le Caterpillar du ministère de la l’Environnement et du Développement durable (dirigé par Mme Anne Désirée Ouloto) escorté  par trois cargos des forces armées de Côte d’Ivoire avec Kalaches et tout l’appareillage. vigilance aussi pour empêcher de filmer ou photographier.

Caterpillar en pleine action. crédit photo : Christ Koffi

Une heure après, le Caterpillar et son escorte quittent les lieux sous des regards agars,  après avoir semé l’incompréhension et la désolation : gare rayée de la carte, bouillie renversée, pancartes de cabine cellulaire brisées, conteneurs écrabouillés, baraques fracassées, étales et fours réduits à néant, salon de coiffure démolis, maquis désossés et pouffes éparpillés, devantures de magasins rasées,  fondations tournées, écrasée, retournés et savamment rassemblée en gravats sur lesquelles trônent fièrement de vieilles tôles.

Tel est le spectacle désolant qu’a laissé derrière lui l’ouragan Ahne  ce 13 septembre 2017 à Niangon Terminus 27, comme il avait également fait quelques jours auparavant à Yopougon-Siporex et comme il en est le cas depuis quelques années à travers la Côte d’Ivoire en raison d’une politiques d’assainissement des bordures des grandes voix et artères.

Assainissement et propreté : « OUI » ! Mais Mépris et irresponsabilité « NON ». Car c’est de cela qu’il s’agit.  Depuis, des hommes, des femmes et des jeunes gens dans la désolation ne savent où mettre de la tête car  c’est leur source de revenu qui a été ainsi anéanti par les dents du Caterpillar, surtout en cette période délicate de rentrée scolaire.

« C’est vraiment ça, l’émergence ! »

constatent amèrement certains victimes, quand d’autres jurent que le nombre de vol augmentera bientôt dans la zone. D’autres encore préfèrent récupérer ce qui peut encore l’être.

Les occupants de ces espaces ont-ils été prévenus de cette opération de déguerpissement ?

« Oui, on nous a envoyé des papiers ! »

avouent-t-ils. Certains avaient même déjà pris soins de s’en aller avant.

Mais sérieusement que vaut un simple avis de déguerpissement devant la dignité des ces personnes ?

Il aurait été plus civilisé et responsable de recenser tous les occupants de ses espaces qu’on veut assainir, d’évaluer le préjudice subi, de les dédommager et les relocaliser. La Côte d’Ivoire en a les moyens.

Ou même mieux : « …tout se transforme ». En effet en lieu et place de cette culture de la démolition, il serait judicieux de construire des boxs plus sains et propres sur ces espaces et d’encadrer leurs occupants en les en rendant responsable de la salubrité. Ils seront ainsi transformés en

éco-citoyens responsables.

Mais pour penser à ça, il faut déjà symboliquement déboucher les égouts, et réhabiliter cette voix boueuse par laquelle cette équipe de démolition est venue et est repartie.

« Le chien ne change vraiment pas sa manière de s’assoir »

Une riveraine même s’écrie après le départ du groupe : « Ils sont plus prompts à venir démolir qu’à réparer les routes défoncées de notre quartier ».

 

Voie délabrée menant à la centrale thermique d’Azito. Crédit photo : Christ Koffi

Ainsi va du quartier de Niangon route d’Azito, qui n’en demeure que plus sinistré après le passage de l’ouragan Ahne.

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