Côte d’Ivoire : Bouaké, ville martyre

 

 

Batiment délabré au quartier ahougnassou de Bouaké, crédit photo : Christ Koffi

Bâtiment délabré au quartier ahougnanssou de Bouaké, crédit photo : Christ Koffi

Bouaké, la deuxième ville de la Côte d’Ivoire, naguère connue pour feu son grand marché, parti en fumée en 1998 et dont l’espace  n’est plus qu’un vaste dépotoire, pour sa piscine municipale, sa bouillante semaine commerciale, son célèbre carnaval, etc. n’est plus remarquable que par les événements dramatiques  qui s’y sont déroulés, notamment pendant la crise de 2002 (massacre des gendarmes et de leurs garçons) s’y déroulent  (grand nombre de viols à Bouaké : 80 depuis  Janvier selon la délegation des nations unies à Bouaké )ou, je touche du bois, pourraient s’y dérouler.

Loin de moi l’idée de replonger les Ivoiriens dans un passé douloureux qui, d’ailleurs semble se répéter (Révolte des soldats du 18 novembre 2014 à partir de Bouaké), mais quel Ivoirien n’a pas été témoin du martyre qu’a souffert la ville de Bouaké, comme d’autres d’ailleurs de Côte d’Ivoire, durant les  longues années de crise qu’a connues leurs pays ?

Située au centre de la Côte d’Ivoire, Bouaké est une ville carrefour où l’on pouvait voir, à l’époque, une forte communauté des originaires des pays de la sous-région ouest-africaine, et où commencent heureusement à se retrouver les ressortissants de toutes les régions de la Côte d’Ivoire. Elle est également une ville scolaire. Elles compte d’innombrables établissement scolaires dont certains de renom comme le Collège Moderne Nimbo de Bouaké (ex COB). Elle a également une université qui, malgré le fait qu’elle avait été déplacée et ballotée dans Abidjan entre 2003 et 2013, puis replacée à Bouaké, reste parmi les plus performantes en Côte d’Ivoire.

Au de-là de tous ces atouts, Bouaké était, et de là vient peut-être son malheur, la capitale des forces armées de Côte d’Ivoire : les vestiges d’un camp commando, d’un camp de gendarmerie, d’un camp de sapeurs pompiers militaires, d’une citée de douaniers, d’une école des forces armées, d’une école des sous-officiers, d’un hôpital militaire, etc. y sont visibles. Le camp génie, le bataillon de l’armée de terre et la brigade de gendarmerie de Bouaké, heureusement reprennent petit à petit vie après avoir longtemps été des repères de serpents, de perdrix, de rats et pis, de brigands.

 

Un des bâtiments délabrés du camp pompier de Bouakés

Vestige du camp des sapeurs pompiers militaires de Bouaké, crédit photo : Christ Koffi

La vie reprend  donc à Bouaké. Mais, elle n’est pas aussi rassurante que par le passé ; et rien ne dit qu’elle le sera à l’avenir. En effet, dès que l’on foule le sol de la ville de Bouaké, on a les larmes aux yeux : des maisons délabrées, de nombreuses maisons délabrées de simples citoyens surgissent de toute part ; et vous pouvez en voir un nombre impressionnant si vous avez la force et le courage de parcourir cette immense  ville. Vous ne pouvez tourner la tête à gauche ou à droite, ou même regarder tout droit devant vous sans en voir une. Et, il y en a de tous les standings : de grandes villas aux simples maisons sans oublier les appartements.  Le plus effrayant, mais aussi le plus consternant, c’est que ces habitations délabrées semblent vous demander :  » Que sont devenus nos propriétaires ? Qui viendra enfin nous réhabiliter, nous, comme les bureaux du trésor public, des impôts et des douanes ? Comme les bureaux de compagnie d’électricité et d’eau, et ceux de la caisse de prévoyance sociale, ainsi que les résidences du préfet et du président de la république, qui l’ont tous été en un rien de temps ? Qui ? Qui pensera enfin à nous après douze  ans ? Nos propriétaires ? Quand ils ne sont pas morts parce que n’ayant pu supporter le choc de perdre les sacrifices de toute une vie, à cause de la guerre, ils ont juré de ne plus  jamais y remettre les pieds car à jamais traumatisés, ou n’ayant pas les moyens de nous restaurer. Leurs enfants ? Beaucoup n’ont pas de travail. Et d’ailleurs qui reviendrait dans un endroit dont il garde les pires souvenirs, et que personne, en l’occurence les autorités, n’encourage moralement et/ou financièrement à regagner ? Qui viendra nous réhabiliter ? Qui ? Qui ? Nous attendons toujours. Mais, le dernier soulèvement de soldats FRCI (Force Républicaine de Côte d’Ivoire) à partir de Bouaké et les échanges de tirs, toujours à Bouaké, entre militaires et gardes pénitentiaires semblent nous dire que nous au moins qui avons vu Bouaké être la capiale de la rebellion sommes habitués au délabrement ; nous ne souffrirons pas d’autres troubles ; Pitié pour ces maisons qui pourraient être comme nous dans l’avenir …, pitié pour le CHU (Centre Hospitalier Universitaire) de Bouaké dont les deux étages supérieurs risquent de rester à jamais délabrés « 

Oui, en dépit du fait que Bouaké refait petit à petit peau neuve (bitumage des voie, réparation des feux tricolores),

Réparation d'un feu tricolore de Bouaké

Feux tricolores de Bouaké, en pleine réparation, crédit photo : Christ Koffi

les vestiges de la ville, en plus des nombreux viols qui y ont lieu, ainsi que les non moins nombreux accidents de motos, désormais reines à Bouaké, sont là pour nous dire qu’à Bouaké, le passé douloureux et le présent prometteur auquel aspirent ses nombreux élèves et étudiants sont en perpétuel combat.

Accident de motos à Bouaké

Accident moto vs voiture à Bouaké, crédit photo : Christ Koffi

Il n’est pas surprenant que sur plus de trente ans, il n’y ait rien eu de nouveau à Bouaké que la souffrance et la désolation : la disparition de son grand marché, la guerre et aujourd’hui des étudiants se logeant par leur propre moyen. Qui dans une maison délabrée ; mais un peu nettoyée, avec les moyens de bord ; qui dans une chambre hors de prix, dans des condition sanitaires qui laissent de plus à désirer. Pourtant les citées universitaires de la ville de Bouaké ont entièrement été restaurées depuis 2 ans, mais demeurent extraordinairement inoccupées.

Est-ce faire trop d’honneur à un être humain que de lui offrir le moindre confort ? Dans tous les cas, à Bouaké, il y a tellement de contradictions et de désolations que nous ne pouvons que dire :  » Pitié pour une ville ! » Mais, ne dit-on pas que la graine ne peut germer sans avoir auparavant pourrie ? C’est ce que l’on dit. Mais, puisque l’attente est désormais le bien le plus précieux de l’Ivoirien, nous attendons donc pour voir.

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9 Commentaires

    1. Oui, c’est vrai, je ne cite de quartier de Bouaké. Je l’ai fait sciemment pour éviter d’accuser certaines personnes, notamment des quartiers nord de la ville, qui pour d’autres auraient profiter de la guerre à Bouaké. Tous ces bâtiments dégradés de la ville de Bouaké ne sont que le signe extérieur de la souffrance intérieure que toutes les personnes qui ont un quelconque lien avec cette ville ont pu enduré.

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