Nouvelles Constitutions ivoiriennes : le et, le ou et le ni

Crédit photo : rfi.fr

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Le 8 novembre 2016 le président Alassane Ouattara a promulgué la nouvelle constitution ivoirienne votée à plus de 93%  par les 42 % (sic) d’Ivoiriens qui se sont déplacés aux urnes. Le chef de l’État peut se réjouir d’avoir fait passer une constitution qui, pour lui, garantira la paix en Côte d’Ivoire, comme l’indique les gigantesques panneaux de la campagne pour le oui à travers le pays : « Je vote oui pour la paix ». Mais cette nouvelle constitution dont le cœur est encore une fois l’article relatif aux conditions d’éligibilité à la présidence de la République, en particulier le « ou » qui y vient prendre la place du « et », apportera-t-elle la paix comme l’entrevoit le président ? Une autre coordination, celle-là ignorée de tous, nous le dit pourtant. Il s’agit du « ni ».  Faisons donc une incursion dans cet environnement dramatico-grammatico-politico-grotesque ivoirien.

  • Le « et« 

Le « et » a été accusé de tous les malheurs de la Côte d’Ivoire. Rappelons que selon la précédente constitution (celle de 2000), le candidat à l’élection présidentielle devait être né de père et (sic) de mère, eux-mêmes Ivoiriens d’origine. Ce texte qui faisait clairement la distinction entre les Ivoiriens pour ce qui est de l’accession à la tête de l’État aurait  été la cause des conflits en Côte d’Ivoire à partir de son vote en 2000. Certains chefs rebelles  mêmes, en 2002, ne sont pas passés par quatre chemins pour affirmer qu’elle a été la raison de leur prise des armes parce qu’elle empêchait, à tord ou à raison, un originaire comme eux du nord, le premier ministre Alassane Ouattara, d’être président de la République.

Mais, mis à part les faux procès contre lui, le « et » a réellement fait la distinction entre les Ivoiriens. La première constitution ivoirienne elle, celle de 1960 disait simplement que pouvait être président de la République de Côte d’Ivoire tout Ivoirien né de père ou de mère ivoirien. La durée de vie de cette première constitution  qui ne catégorisait pas les Ivoiriens correspond à la longue période de paix qu’a connue la Côte d’Ivoire. Elle n’a cependant pas empêché le coup d’État de décembre 1999. Rappelons que l’article relatif aux conditions d’éligibilité à la présidence en cette première constitution avait entre-temps été amendée. Le texte disait alors que le candidat à l’élection présidentielle devait être Ivoirien né de père et de mère ivoirien. Les conditions d’accès à la présidence de la République sont-elles alors la cause de l’instabilité politique en Côte d’Ivoire ? Je ne crois pas. Pour plus d’honnêteté, il serait raisonnable d’en chercher la cause ailleurs, notamment l’autoritarisme du pouvoir d’alors, la répression et les intrigues politiques ainsi que les intérêts particuliers, la discrimination, la corruption, la gabegie, etc.

La pauvre coordination « et », elle a été à tord accusée de tous les malheurs de la Côte d’Ivoire. La preuve, aucun parti politique n’avait contesté un an plus tard la constitution de 2000 à laquelle tous avaient à l’époque appelé à voter oui, même le RDR (rassemblement des républicains) de l’actuel président de la République, président de la République qui en appelant à voter « oui » à la nouvelle constitution, a clairement fait campagne pour le « ou ».

  • Le « ou« 

Encore une fois, la constitution comporte plusieurs articles, mais celui qui focalise les attentions est celui relatif à la filiation des candidats à la présidence de la République. La nouvelle constitution dit que le candidat à l’élection présidentielle doit être exclusivement de nationalité ivoirienne, né de père ou (sic) de mère ivoirien d’origine.

Le plus intéressant est l’atmosphère dans lequel a eu lieu le vote de la nouvelle constitution. Il  était émaillé de troubles. De plus, le tau de participation était faible ; et puis selon la cartographie du vote, les populations du nord  sont celles qui se sont plus senti concernées par le scrutin que celles du sud par exemple, donnant à la 3ème République Ivoirienne l’allure d’une République du nord.

Troubles, faiblesse du tau de participation, vote sectaire, tous ces éléments disent que le « ou » venu remplacer le « et » pour garantir la paix à la Côte d’Ivoire n’a rien arrangé. On a plutôt à tord investie le « ou » d’une charge qu’il n’arrivera pas à assumer car le problème de la Côte d’Ivoire ne se situe pas encore une fois dans les livres de grammaire française que quasiment aucun Ivoirien ne parcourt d’ailleurs. Il se trouve  ailleurs.

Ce n’est pas en effet que le président de la République soit né de père et/ou/ peut-être/jamais de mère eux-mêmes Ivoiriens avant la création du monde qui garantira la paix à la Côte d’Ivoire car il y règne encore les environnements dans lesquels ont eu lieu le coup d’État de 1999 et la rébellion de 2002 :

En plus de l’environnement social très peu rassurant, il existe encore des germes confligènes, pour employer une expression du président de la République, dans et autour de cette nouvelle constitution voté avec moins de la moitié des électeurs, et votée beaucoup plus dans le nord du pays. Est-ce une revanche du nord sur le sud avec de ce que cela comporte comme stigmatisation et sous-entendu ? Dans tous les cas, le ou   nie l’évidence qu’une partie des Ivoiriens ne sont pas pour le ou.

  • Le « ni« 

Ainsi ni le et, ni le ou ne garantissent la paix sociale en Côte d’Ivoire. Seul le consensus, ce qui a manqué lors de l’écriture de la nouvelle constitution, pourrait y parvenir, autant que la bonne foi et la bienveillance qui avait également manqué à la précédente aurait pu éviter qu’on accuse vainement le « et » d’être la source des troubles qu’a traversés la Côte d’Ivoire.

Ce billet semble pessimiste certes, mais mieux vaut parler des drames afin d’éveiller les consciences pour qu’ils n’arrivent jamais que d’angéliser une situation dramatique qui cache d’autres tragédies. Il en va pour la paix en Côte d’Ivoire… A bon entendeur, salut.

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