Connaissez-vous la génération D ?

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On connaît la génération X, la génération Y, la génération Z et la génération C.  Mais, depuis quelques temps, j’ai remarqué qu’une nouvelle émerge, sinon existe déjà depuis bien longtemps, sans qu’on s’en rende compte. Il s’agit de la génération D.  D comme une personne ayant un sac au dos.

En faisant plus attention autour de moi, je me rends compte que des enfants, des jeunes gens (fille comme garçon), des adultes, des femmes comme des hommes ont un sac au dos. Tous les âges étant concernés par ce phénomène, il  serait donc difficile de parler de génération D. L’expression la plus adaptée est, semble-t-il, l’époque D. Ce qui revient naturellement à se demander l’origine de ce boom du sac au dos.

Avant le boom du sac au dos, d’abord l’usage du sac à dos (faire la différence avec sac au dos) lui-même pourrait venir de son caractère pratique. Porté sur le dos à l’aide de bretelles donc libérant les mains, il favorise une certaine liberté de mouvement. C’est sans doute pour cette raison qu’il est, depuis des lustres, plus usité dans le milieu militaire, notamment chez les fantassins. Contenant tout l’équipement de ces soldats, il porte le nom un peu barbare de havresac. Celui-ci, bien calé sur le dos, les mains peuvent tenir l’arme de guerre, prêtes au combat.

Mais, en poussant un peu la recherche, en particulier dans Le Grand Robert de la langue française, on se rendra compte que ce terme – havresac – qui désigne le sac à dos a été adopté dans la langue française depuis 1735. Le sac à dos existait donc déjà à cette époque, voire avant. Hugo, Chateaubriand, Lesage, ces auteurs français, l’évoquent dans leurs œuvres, respectivement Les Misérables, Mémoire d’outre-tombe et Gil Blas.

Mais à notre époque, en Côte d’Ivoire notamment, le sac au dos est devenu une habitude, depuis quelques années, avec l’apparition des ordinateurs portables mais surtout avec leur accessibilité à une grande marge de la population. L’ordi, ce coûteux et précieux outil de travail et de communication dans le sac à dos, le sac ne quitte plus, sinon rarement, le dos.

C’est à croire que toutes les personnes qui ont un sac au dos possèdent un ordi. Ce n’est effectivement pas le cas. Le sac est par exemple au dos de voyageurs, de randonneurs, de scouts, d’élèves, d’étudiants, de fournisseurs de crédits de communication, de dépanneurs en électricité, etc. Quelques fois, on peut voir une scie, un marteau, une truelle, des fils électriques, ou une très longue règle déborder d’un sac au dos. De l’écolier à l’étudiant, de l’ouvrier à l’ingénieur en passant par le technicien supérieur, tous ont un sac au dos. Le prof d’université même n’est pas en reste. À la descente de sa voiture, ou à midi, le temps d’aller déjeuner au restaurant à côté et retrouver ses étudiants, le sac est au dos, contenant documents, PC, fiches de cours, devoirs, feuilles de compositions, et certainement d’autres choses encore.

En pleine rue, on peut croiser des personnes avec au dos  un sac exagérément renflé. Vendeurs, quelques fois à la sauvette, ou simplement ambulants, ces derniers vous proposent à acheter les articles que contiennent leur sac : friperies, téléphones portables, pagnes, montres, postes transistors, bijoux, produits de beauté, etc. Le sac est ici par exemple un véritable magasin au dos et ambulant.

Des petits cireurs des rues et des gares routières d’Abidjan ou de Bouaké, n’ayant pas les moyens de s’acheter un sac à dos pour mieux transporter leurs instruments  de travail – boîtes de cirage, brosses, mousse, bouteille d’eau savonnée, etc.- fabriquent tout simplement les leurs. De véritables génies de la récupération.  Un ancien petit sac de riz de (cinq) 5 kg  accommodé de deux cordes qui servent de bretelles, et le sac est de nouveau prêt pour le service, mais surtout pour retrouver sa place : le dos. Et c’est parti pour une journée de travail ; hélas, malheureusement pour des enfants qui auraient dû être à l’école à ce moment là.

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Je ne peux évidemment pas parler du sac au dos sans évoquer le mien, parce que j’en ai un. Le mien, ce sac que j’avais lors de la formation Mondoblog 2015 est certainement mon fétiche, se disent sûrement les personnes qui m’ont remarqué à cause de ce sac qui est à mon dos partout où je vais. Pas besoin de me connaître pour savoir qui je suis car mon sac toujours au dos, contenant un PC, des câbles de téléphones, des clefs USB, une clef internet, des stylos, des feuilles de rame, des documents, un nouveau testament, des chapelets, un vieux téléphone dont je me sers comme torche en cas de coupure d’électricité la nuit, des papiers personnels et quelques fois de la nourriture (pain, fruit ou beignets) ou des vêtements et des effets de toilettes lorsque j’effectue un voyage… Mon sac toujours au dos donc parle certainement mieux de moi que je ne saurais le faire moi-même. Le sac à dos est par conséquent en quelque sorte le miroir de notre personnalité. Heureusement qu’il est personnel. Le mien est certes lourd, comme d’ailleurs celui d’autres personnes qui en ont, mais le seul fait de penser qu’il est un prolongement de moi est réconfortant et procure une certaine estime de soi, sans verser bien sûr dans la fierté.

Le sac au dos a des mystères. Ah oui. Et l’un de ses mystères, ce que j’ai compris dans d’autres vies, c’est que son contenu peut se transformer. D’abord en argent. Lorsque par exemple on l’utilise pour la vente. Tôt le matin, Au début de l’activité, il est très lourd, mais par la suite, il devient léger au fil des mouvements du soleil vers le couchant. Tout son poids se transfert en effet dans la poche, transformé en argent, si le vendeur est bien sûr efficace. Ensuite en connaissance ou en intelligence : plus on approche de la fin des études, plus il devient également léger, son contenu (documents et autres cours) ayant été assimilé par l’esprit au fil des ans.  Mais plus que le fait d’avoir les poches, ou la tête pleine(s), c’est le sentiment ou la joie de la réussite qui est encore plus réconfortant. Comme quoi, autant la réussite se trouve dans les fesses (il faut s’asseoir pour bosser et réussir dans la vie), autant elle l’est également dans le sac. Une raison de plus de l’avoir tout le temps, comme une femme africaine portant son bébé, au dos.

Comme le fantassin, sac au dos, arme  au point et fixant sa cible, une fois le sac est au dos, seul compte l’objectif. Ainsi le sac au dos dévoile cette évidence : le quotidien se militarise quelque soit le point du globe, l’activité, l’âge ou le statut des amateurs du sac au dos. Cela, sans doute à cause de la dureté de la vie, avec la crise et tout ça …

La marque et la qualité du sac à dos importent peu. Seule son utilité semble prévaloir. De plus à cause de son accessibilité, utilisé qu’il est par différentes classes d’individus quelque soient leurs moyens, le sac au dos est très  populaire. Il est donc démocratisé. Il l’est plus que ne l’est par exemple l’école. D’ailleurs, s’il en était pareil avec l’école, en Côte d’Ivoire notamment, il n’y aurait plus de petit cireurs ou de jeunes vendeurs à la sauvette dans les rues aux heures de cours ou encore le coût de l’inscription dans les universités publiques n’aurait pas connu une augmentation stratosphérique, excluant du circuit de la formation tout étudiant qui n’a pas de quoi payer. Enfin, soit.

En somme, la génération D, comme dans un premier temps une génération toujours Devant ou ayant soif de progrès ou de réussite, ou dans un second temps une génération en quête de Démocratie, est très significative d’une époque pendant laquelle la liberté d’action et de mouvement est plus chère que tout. Quoi de plus normal car les sacs au dos contiennent les éléments qui garantissent cette liberté, ou simplement la Liberté ; Ce sont autant les outils électroniques et technologiques que les simples instruments de travail. Vive donc la génération D, ou si on veut, l’époque D !

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