Bonne fête, «pas pas»

 

CC de cybercarte.com

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Dimanche dernier, c’était ‘‘la fête des pas pas’’, ou si on veut la fête des pères. Une vingtaine de jours avant, ça avait été celle des mères. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la célébration de ces deux événements a été très contrastée à Abidjan.

D’abord, au moins une semaine avant la fête des mères, celle-ci se faisait pourtant sentir, notamment dans les spots publicitaires à la télé, comme à la radio. Des produits, des téléphones portables dernière génération notamment, étaient en promotion ; la vente de bouillons de cuisine dont l’achat pouvait permettre de gagner des seaux, des bassines, des paniers, des assiettes, des passoires à l’effigie de ces sociétés de fabrication de bouillons, a redoublé sur les marchés et dans les quartiers. Comme quoi, les clichés sur la femme ont vraiment la peau dure. Dans toujours la mouvance de la fête des mères, les prix des produits avaient connu une hausse formidable, digne de l’enjeu de cet événement : prouver aux mères qu’elles sont aimées malgré les infidélités de certains maris, les impolitesses des enfants, etc. Ça s’organisait donc tant bien que mal dans les quartiers pour célébrer valablement les mères.

Dans mon secteur par exemple, une fête fut organisée en l’honneur des mères le samedi 28 mai, en soirée. Cependant, une mère restant une mère, surtout que c’était sa fête, il y avait les plus petits enfants à pouponner et à aller faire coucher. Et puis, ça doit tout de même donner une bonne image de la femme, la mère ; ça doit respecter le couvre-feu familial, même si celui-ci a été prolongé un peu pour l’occasion ; ça doit donc rentrer pour honorer l’une de ses tâches, ô combien  importante de ministre de l’intérieur : veiller sur la maison et les enfants. *:( Tristesse

Finalement, ce sont ceux qui invitaient ce soir là, c’est-à-dire les pères, qui ont le plus fait la fête, jusque tard dans la nuit. Le mariage en Afrique, c’est vraiment pour le meilleur et pour le père. A l’aube, au jogging dominical, beaucoup de ces pères manquaient à l’appel. Comme quoi, la fête des mères cache toujours celle des pères.

Mais, ce n’était que partie remise car, le lendemain, jour j de la fête, les mères se sont rattrapées des déconvenues de la veille. Des bâches, en effet, avaient été disposées ça et là dans les quartiers. Pour les célébrer, des mères, parées de leurs plus beaux atours, avaient été invitées à déjeuner, au son des musiques en vogue actuellement en Côte d’Ivoire. Elles ont bien mangé, ont reçu de supers cadeaux, ont également merveilleusement bien dansé. Mais après, il y avait la vaisselle à faire. Et qui pour la faire ? Les mères bien entendu. Une mère reste vraiment une mère. D’ailleurs n’est-ce pas elles qui avait cuisiné tout ce qui a été mangé ce jour là ?

Ce 19 juin, c’était donc la fête des pas pas. A-t-elle eu lieu ? Pas autant que celle des mamans, si en tout cas, on considère que les mères avaient été fêtées. Une chose est certaine, aucun signe dans les quartiers indiquait que ce dimanche était la fête d’un père. Mais finalement, des papas n’en avaient pas tant besoin car n’oublions pas qu’ils s’étaient déjà bien amusés à  la fête des mamans.

Et que feraient ces machos d’hommes des égards des femmes dont ils sont les papas des enfants ?

Petite anecdote : Lorsque par exemple certains hommes sont souffrants, leurs épouses sont à leurs petits soins :

« Chéri, qu’est-ce que tu as ? Demain, on ira à l’hôpital. Comment tu te sens ? Qu’est-ce tu veux manger ? Je t’ai fait une sauce gnangnan (sauce bonne pour la santé). Je t’ai chauffé de l’eau. Tu devrais te reposer un peu, tu sais. »

Mais ces derniers, en vrai machos, rejettent cette marque d’affection en râlant :

« Ah, je n’ai rien du tout. Je connais la route de l’hôpital. Un vrai homme ne se lave pas avec de l’eau chaude. Si je me reposais, comment est-ce que je vous nourrirais, tes enfants et toi ? « 

Ces protestations de l’homme sont simplement pour ne pas avoir à rendre cette marque d’affection à la femme en coupant avec l’habitude des longs moments passés hors du foyer conjugal à la descente du travail ou  à la moindre occasion. D’ailleurs, lorsque la femme, malheureusement est souffrante, l’homme prend simplement l’un de ses garçons avec lui. Tous les deux vont à la pharmacie, il achète les médicaments, paie le taxi de l’enfant pour la maison, et continue son route au damier, à l’awalé, au discutoire, ou à son deuxième bureau, entendez par là chez sa maîtresse.

Finalement que les ‘‘pas pas’’ ne soient pas célébrés à ce qui devrait être leur fête n’est pas surprenant. Mais, le drame, c’est de réduire la fête des mères à des cadeaux, des occasions de beuveries et des corvées inavouées. *:( Tristesse  Une mère, comme la femme, se célèbre au quotidien. Et plus que la fêter, il faut l’aimer *:-* Bisou en lui étant fidèle et en lui accordant tout le respect dû à son statut de femme ou de mère.

En conclusion, de véritables fêtes de pères ou de mères, en vérité, il n’y en a pas eu. Dommage !

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