Côte d’Ivoire-Gabon : de l’ivoirité à la gabonéité : quand il règne une forte odeur de la Côte d’Ivoire au Gabon

 

les présidents Ali Bongo et Alassane Ouattara by re.ivoire-blog.com cc

les présidents Ali Bongo et Alassane Ouattara by re.ivoire-blog.com cc

Dans son dernier livre, le journaliste Pierre Péan dit que le président Ali Bongo n’est pas né gabonais. Je ne m’intéresse de savoir ce qu’est Ali Bongo ou de prendre partie soit pour Monsieur Pierre Péan, soit pour  le clan Bongo. Je remarque simplement qu’un tel discours s’est tenu à une certaine époque en Côte d’Ivoire à propos du président Ouattara, alors opposant. Et jusqu’à aujourd’hui, la Côte d’Ivoire s’en mord encore les doigts. Il serait vraiment dommage que les Gabonais ne tirent pas de leçons de l’expérience malheureuse de la Côte d’Ivoire.

Qu’est-ce de tels propos ont fait gagner à la Côte d’Ivoire ? Tout ce qu’un pays qui court au suicide : désobéissance civile  ; incursion des machettes à l’université ; crise économique (l’opposant Ouattara étant à lui tout seul un projet de société pour ses adversaires politiques, ajouté à l’incompétence de ceux-ci) ; coup d’Etat militaire ; complots sur complots ; insurrection armée ; rébellion ; guerre civile ; partition du pays ; dispersion des richesses humaines et intellectuelles de la Côte d’Ivoire, ainsi que des ressources économiques au quatre coins du monde , sans compter des milliers de familles endeuillées brisées ou en quête de repères.

Aux sorties du débat sur la nationalité, la Côte d’Ivoire n’a en somme gagné que sa condamnation à un perpétuel recommencement.

Son processus d’autodestruction, la Côte d’Ivoire l’a enclenché à partir de la création d’un concept ambigu : l’ivoirité. Ce concept qui en son temps avait fait la fierté de ses initiateurs est désormais bâtard. Ses pères, par honte ou par remord ont du mal à en assumer la paternité, quand ils ne la nient pas carrément.  Ces derniers étaient conscients ou peut-être pas ( j’en doute fort car ils se réclament intellectuels et brandissent à la moindre discussion leurs diplômes obtenus en Occident)… ils étaient donc conscients ou pas du mal qu’ils faisaient à la Côte d’Ivoire en créant un concept culturel qui loin de rassembler les populations autour d’un idéal commun, le développement de leur pays,  a plutôt provoqué (et c’était prévisible à cause du caractère culturel de ce concept dans un pays qui compte 60 ethnies, donc autant de cultures et de visions du monde)   un effilement minutieux du tissu social ivoirien.

Ainsi,  les Ivoiriens étaient divisés (et l’on en ressent encore les séquelles) par la religion, entre musulmans et chrétiens ; par l’ethnie, entre Dioula, Bété, Baoulé ; par grands groupes ethniques entre Malinké, Krou et Akan ; par régions : ressortissants du nord et populations du sud ; par partis politiques : FPI (Front Populaire Ivoirien), RDR (Rassemblement Des Républicains) et PDCI (Parti Démocratique de Côte d’Ivoire) ; le tout alimenté par les commentaires des journalistes occidentaux ignorant les réalité ivoiriennes, notamment le brassage des populations en Côte d’Ivoire.  Ces journalistes, sans le savoir, attisait le feu et conditionnaient les Ivoiriens en accolant à telle région ou telle ethnie, une religion, un parti politique, un homme politique, etc. au point qu’aujourd’hui  encore l’Ivoirien, en fonction de sa région d’origine, de son ethnie, de sa religion, de sa commune et même de son quartier, se définit par le politique qu’il est supposé soutenir.  Ainsi, cherchez un Ivoirien, ou même un être humain en Côte d’Ivoire, vous n’en trouverez pas. Vous verrez plutôt des pro-Gbagbo et des pro-Ouattara, ou encore des militants du RDR, du PDCI et du FPI, ou même des musulmans et des chrétiens, ainsi que des Baoulé, des Dioula, des Bété, des Guéré, etc.

On dit que le président Ali Bongo n’est pas gabonais. Demain, que dira-t-on ? « Il est musulman » ; et le jour d’après ? On dira qu’il appartient à tel groupe ethnique et à telle région. Je ne serai pas surpris qu’après cela, on donne malheureusement naissance à la sœur de l’ivoirité au Gabon : la gabonéité. tous les éléments seraient alors réunis pour une division en règle du Gabon.

Le drame est que l’opposition gabonaise pense avoir trouvé en la question de la nationalité du président Ali Bongo, un contre-argument politique de poids. Mais, la question de la nationalité n’est pas un projet de société. je crois que la Gabonais lambda a d’autres préoccupations que de savoir si Ali Bongo est gabonais ou pas, n’en déplaise à ces opposants dont le comportement s’apparente à de l’immaturité politique, après que ceux-ci aient, par le passé, fait preuve d’égoïsme. Ils ont en effet, rappelons-nous, été incapables de s’unir au seul tour de la dernière élection présidentielle gabonaise pour l’emporter. Pas étonnant que ces prototype de l’opposant africain, dont on imagine aisément ce qu’ils feraient du pouvoir s’ils l’obtenaient, rabaissent le discours politique au niveau de l’appartenance ou non au Gabon.

« Le Gabon n’est pas la Côte d’Ivoire, se leurreraient certains. Tout ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire ne risque d’arriver au Gabon, ajouteraient-t-ils ». Mais, que ceux qui auraient de telles pensées et persisteraient à rabaisser le discours politique au Gabon au niveau d’un fait aussi volatil que la nationalité sachent que 1+1= 2, que ce soit en Papouasie nouvelle Guinée, sur la lune, en Amazonie, dans la Grèce antique, etc. Bref, les mêmes causes produisent les mêmes effets quelque soit l’endroit où l’on se trouve, surtout quand son pays recèle de tant de richesses (pétrole, bois, etc.) et fait des efforts pour créer une industrie locale à ses matières premières : la décision du gouvernement d’Ali Bongo d’interdire l’exportation du bois avant transformation favorise l’émergence d’une industrie du bois au Gabon.

Que les Gabonais, les opposants surtout se ressaisissent car l’orientation du débat politique vers  la nationalité entraînera immanquablement des troubles au Gabon, comme en Côte d’Ivoire. Et les vautours, les vendeurs d’armes par exemple,  n’attendent que cela pour profiter de la situation. Mais, à la différence de la Côte d’Ivoire dont la population avoisine les 23 millions, la population gabonaise n’est que de 1,5 millions d’habitants, soit 500 mille habitants en moins  que la seule commune de Yopougon, à Abidjan.

Je touche du bois, imaginons une guerre civile dans ce pays : il disparaîtra. Que le Gabonais lève simplement la tête et regarde autour de lui : Centrafrique : 4,5 millions d’habitants, 1,6 millions d’individus victimes de la crise,  625000  déplacés, un non-Etat ; RDC : guerre interminable, des zones du pays en perpétuel conflit, occupées par ses voisins et les richesses exploitées par ceux-ci ; Côte d’Ivoire : 20 ans de crise, 20 ans d’errance, un Etat aujourd’hui si fragile qu’il pense devoir son salut à des chefs de guerre qu’il laisse régner en maître et s’accaparer ses richesses, reléguant ainsi au second plan les secteurs vitaux pour un pays que sont la santé, l’éducation, la formation et la sécurité.

Il ne s’agit pour les opposants gabonais de faire cadeau au président Ali Bongo, mais d’être raisonnable et de recourir à des procédés purement démocratiques (la critique du programme de gouvernement de son régime et la proposition d’un projet de société) pour animer la vie politique de leur pays. Ils ne doivent par ailleurs accorder le moindre crédit à des propos tenus dans un livre qui n’a (on pourra prétendre tout ce qu’on veut) qu’une visée commerciale (et d’autres desseins inavoués qu’il reste encore à prouver) et dont les bénéfices ne seront jamais reversés à aucune oeuvre caritative que ce soit au Gabon ou ailleurs dans le monde. Personne ne pourra être raisonnable à la place des Gabonais, de l’opposition gabonaise surtout.

Tellement de désagrégations d’Etats existent dans toute l’Afrique qu’il serait vraiment, vraiment stupide que les Gabonais provoque la leur en faisant du débat sur la nationalité de leur président, un débat politique.

S’il ne veut pas sentir de cette forte odeur de cadavre qui empeste encore en Côte d’Ivoire, alourdit notre quotidien et nous tire sans cesse  vers le bas, pour son pays le Gabonais doit faire parler sa raison s’il est incapable d’écouter son cœur pour celui-ci. Mais, la balle reste et demeure dans le camp des Gabonais, des opposants et de la société civile surtout.  Plus que jamais, l’opposition gabonaise a là l’occasion de prouver son désintérêt, sa maturité, sa clairvoyance et sa capacité à diriger un jour ce pays dont les populations ne demandent rien d’autre qu’une existence paisible. Dans tous les cas, si elle persiste à entretenir un débat aussi dangereux que celui de la nationalité, aura-t-elle un jour un pays à gouverner ?  Je croise les doigts pour qu’elle abandonne sa stratégie d’opposition car l’Afrique a besoin de toutes ses filles et de tous ses fils.

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