Démocratie au Bénin : bien… mais et après

Des partisans de Lionel Zinsou assistent au meeting du Premier ministre ...  rfi.fr

Des partisans de Lionel Zinsou assistent au meeting du Premier ministre … Crédit photo
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Le Bénin vient de voter pour l’élection présidentielle. Là où sous d’autres cieux cet exercice démocratique donne lieu à divers incidents ( coupure des réseaux de communication, fraudes, troubles, crise postélectorale) les choses se sont pourtant bien passées au pays du caméléon, Matthieu Kérékou. Ce n’est pas un hasard. Mais, après avoir relevé le défi de la stabilité politique, le Bénin, pour être complet, doit faire face à un autre, celui de la lutte contre la corruption, premier facteur, en mon sens, d’appauvrissement des populations.

« Vive le Bénin démocratique ! », moi, Ivoirien, je peux crier fièrement, et sans retenu. Du début de son processus électoral jusqu’à la fin, ce petit pays d’Afrique de l’ouest, par rapport à la Côte d’Ivoire, a fait preuve d’une grande exemplarité.

D’abord en amont. Le président Boni Yahi, contrairement à certains de ses pairs, notamment Denis Sassou N’guesso, Paul Kagamé, Abdel Aziz Boudeflikha, etc. n’a pas cherché à modifier la constitution de son pays pour tenter de se maintenir au pouvoir après ses deux mandats constitutionnels. Il faut simplement se référer à l’histoire de ce pays pour expliquer la dignité dont fit preuve Boni Yahi ainsi que son respect des institutions de son pays et de ses concitoyens. Bien avant lui, le caméléon, Mathieu Kérékou et Nisophore Soglo ne se sont pas accrochés au pouvoir.

Toujours en amont de ce processus électoral. Certainement par respect pour les candidats de l’opposition, mais surtout par réalisme politique et à cause de la probité de la commission électorale indépendante béninoise, le candidat du pouvoir, Lionel Zinsou n’a pas cédé à la sirène du « un coup K.O », ce slogan de campagne désormais très prisé par les pouvoirs de certains pays africains et qui masque difficilement de mauvais desseins. Je rappelle qu’il est né en Côte d’Ivoire lors de la dernière élection présidentielle, a été adopté avec succès par la Guinée d’Alpha Condé, n’a malheureusement ou heureusement (c’est selon) pas marché au Niger et vient de faire feu, vraiment feu Au Congo Brazza du président Dénis Sassou N’guesso.

Soit dit en passant, alors que dans certains pays, le candidat du pouvoir parle de « un coup K.O » au premier tour de l’élection présidentielle pour faire accepter aux opposants leur future défaite, ailleurs les visionnaires de la politique en Afrique avait déjà, depuis des années, vu venir la chose en instituant simplement le scrutin à un seul tour. Mais là encore, les choses ne semblent pas s’arranger. En RDC, par exemple, après l’instauration du scrutin à un seul tour, le régime Kabila doit à présent, après ses deux mandats constitutionnels, manœuvrer pour se maintenir au pouvoir tout en se convainquant qu’il ne fonce pas tout droit dans le mur. Or pourtant … : véritable génie politique ou simple bêtise politique *:)) Marrant. Attendons de voir. Soit.

Pour revenir au Bénin, il est resté un modèle de démocratie en Afrique jusqu’à la fin du processus électoral. Comme au Sénégal et au Nigéria, le perdant du deuxième tour de l’élection présidentiel, Lionel Zinsou, a simplement félicité le vainqueur, Patrice Talon, à qui il a souhaité bonne chance.

Par ce simple geste, le Bénin s’épargne non seulement une crise qui plomberait son économie, et le condamnerait à un perpétuel recommencement (lui qui fait déjà partie des pays les plus pauvres de la planète) mais il démontre la maturité et la dignité de ses hommes politiques. Ce dont n’ont pas su faire preuve avant eux certains dirigeants africains, notamment l’ancien président de mon pays, Laurent Gbagbo.

Le Bénin doit néanmoins descendre au plus tôt de son nuage démocratique et s’attaquer aux problèmes de fond, la corruption en particulier. La démocratie à elle seule ne suffira pas à juguler la pauvreté, sinon elle pourrait être considérer comme une simple illusion d’évolution. Durant la campagne électorale par exemple, des ONG se sont plaints de ce que beaucoup d’argent aient circulé pour l’achat de votes. Ce comportement  n’est pas nouveau lors de campagnes électorales en Afrique, mais, dans la vie courante même, le Béninois est obligé de payer un pot de vin pour bénéficier d’un service public. Démocratie oui, mais lutte contre la corruption aussi.

L’Ivoirien en sait quelque chose, lui qui, pour montrer son agacement face à l’accroissement de la pauvreté malgré la construction des ponts et des autoroutes par les autorités, clame haut et fort : « On mange pas goudron ». Le Béninois pourrait aussi dire que ce n’est pas la démocratie qui se retrouve dans les assiettes. Comme quoi l’évolution est un tout.

Autant donc le Bénin demeure un modèle démocratique en Afrique, de même la corruption doit y être combattue pour y réduire la pauvreté. Il en va de l’équilibre de ce petit grand pays qui ne pourra qu’ainsi être un véritable modèle pour toute l’Afrique.

 

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