Compaoré : l’I voit rien nouveau

 

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Blaise Compaoré
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Blaise Compaoré, ancien président burkinabé a été fait ivoirien par Alassane Ouattara, chef d’État de la Côte d’Ivoire. Face aux interrogations et suspicions que suscite cette naturalisation, la ministre de la communication, porte-parole adjointe du gouvernement dira que « Compaoré est Ivoirien un point un trait ». Mais au-delà des émotions que peut susciter l’acquisition de cette nationalité, celle-ci a des implications que cet « I voit rien » nouveau, qu’est Blaise Compaoré semble ignorer.

En attribuant la nationalité ivoirienne à Blaise Compaoré, la Côte d’Ivoire évite, on le sait de devoir extrader celui-ci, un de ses citoyens, vers le Burkina Faso, qui le réclame après les accusations de crime portés contre lui. L’on peut certes reprocher aux nouvelles autorités burkinabés leur partialité (ce qui reste à prouver), mais en adoptant sa nouvelle nationalité, cet I voit rien nouveau qu’est Blaise Compaoré avoue implicitement sa culpabilité des faits graves qui lui sont reprochés dans son pays d’origine : son implication présumée dans la mort de l’ancien chef d’Etat burkinabé Thomas Sankara, tué avec douze de ses compagnons le 15 octobre 1987.

L’on entend de plus dans les commentaires que Blaise Compaoré a été automatiquement fait ivoirien parce que son épouse est ivoirienne, mais aussi parce qu’il a été d’un grand soutien pour Ouattara ces dix, voire ces seize dernières années.

Mais, quel genre de soutien a-t-il été ? Un Soutien pour avoir fait de son pays la base arrière de l’ancienne rébellion ivoirienne aujourd’hui parfaitement fondue politiquement comme militairement dans les autorités de la Côte d’Ivoire ? Ce qui en dit long de la relation entre cette rébellion et Ouattara depuis l’opposition. Ou soutien pour l’accession au pouvoir d’Alassane Ouattara ?

Dans tous les cas, cet I voit rien nouveau semble dans un premier temps ignorer que sa nouvelle nationalité confirme ce que certains politiques et observateurs avaient dit avant à propos de son implication dans la longue crise ivoirienne : il fait partie des déstabilisateurs de la Côte d’Ivoire en ayant fait du Burkina Faso la base arrière des anciens rebelles ivoiriens. Sa nouvelle nationalité ne serait donc qu’une juste rétribution pour service rendu aux anciens rebelles ivoiriens, aujourd’hui alliés du pouvoir.

Cependant, cet I voit rien nouveau ignore dans un second temps que sa nouvelles nationalité fait de lui un caillou dans la chaussure de ses nouvelles autorités. Mais le lien doit certainement être très fort pour que le pouvoir ivoirien accepte de souffrir le martyre. En effet, Blaise Compaoré, en tant qu’ancien soutien de rebelles ivoiriens discréditent en effet ce gouvernement. Sa nationalité diligemment offerte met à nu toutes les contradictions au sein d’un pouvoir qui s’accommode parfaitement d’une association avec d’anciens rebelles dont certains sont accusés de crimes pendant la crise post-électorale (ou réclamés par la justice) alors qu’il clame à longueur de journées, et par de grandes affiches,  la moralisation de la vie publique. Cette nébulosité est certainement la marque de la mentalité de l’I voit rien nouveau dont Blaise Compaoré doit certainement être fier de brandir le certificat de nationalité.

Sans jouer les rabat-joies, nous voulons rappeler à cet I voit rien nouveau que la justice a son temps que ceux qui tentent vainement de lui échapper même ignorent.

Les Autorités ivoiriennes en attribuant a leur illustre hôte la nationalité lui évite, on le sait, d’être extradé au Burkina Faso, lui pour qui elles sont si reconnaissantes. Elles lui font ainsi clairement comprendre qu’elles fonctionnent selon leurs intérêts. Il faudrait donc que le Burkina Faso propose plus (ce qui est improbable car Compaoré en Ivoirien,  c’est un bon débarras pour les nouvelles autorités burkinabés plus portées vers des projets de développement) ou même que Blaise Compaoré soit réclamé avec insistance par la justice Internationale pour son implication dans la guerre civile en Sierra Léone ou dans divers conflits de la sous-région, ou même ailleurs en Afrique pour que les autorités ivoiriennes, soucieuses de leur image de marque et qui ont déjà fort à faire à empêcher la comparution de leurs partisans devant la CPI un jour, lâchent d’une façon ou d’une autre l’I voit rien nouveau.

Devenir citoyen Ivoirien, surtout quand on n’y voit rien, ne met apparemment pas à l’abri de ce pourquoi on a réalisé cette « mue » : les soucis judiciaires.

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