La responsabilité : l’enjeu du procès Gbagbo et Blé Goudé

revedehaut.mondoblog.org Laurent GBAGBO | Flickr - Photo Sharing!  flickr.com

Laurent Gbagbo de flickr.com

L’ex-président de la Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo, et son ministre de la jeunesse Charles Blé Goudé, sont actuellement jugés par la CPI (Cour Pénale Internationale) pour crime contre l’humanité pendant la crise post-électorale de 2010-2011. Défenseurs et accusateurs de ces deux personnages de la vie politique ivoirienne s’attendent pour les premiers à leur relaxe et pour les derniers à leur condamnation. Sans empiéter sur les espoirs des uns et des autres, je me rends compte que ce procès a, malgré lui et en dépit des émotions qu’il peut susciter, un autre enjeu : la responsabilité.

Oui, en jugeant Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé pour ce qu’elle leur reproche, dans un contexte proche de la guerre civile, la CPI joue sa responsabilité. Elle a en effet également le devoir de délivrer des mandats d’arrêt contre les partisans d’Alassane Ouattara, accusés de crimes pendant cette fameuse crise post-électorale. Et pour faire mentir tous ceux qui l’accusent de justice à deux vitesses, ces mandats devront être adressés, si les faits le prouvent, à des partisans de choix du régime Ouattara, de « gros poissons » à la dimension de Laurent Gbagbo et Blé Goudé.

Le régime ivoirien, par équité, a également la responsabilité de livrer à la CPI les partisans que la Cour pourrait réclamer. Mais, à ce niveau, il y a le précédent Simone Gbagbo. Celle-ci, bien qu’opposante au régime, n’a pas été extradée à la Haye, malgré le mandat d’arrêt lancé contre elle par la CPI. Pour justifier le non-respect de ce mandat d’arrêt, le président Alassane Ouattara a affirmé, je cite :  « les personnes qui ont commis des atrocités et des crimes durant la crise post-électorale seront jugées en Côte d’Ivoire quelles que soient les opinions nationales et internationales, car notre pays, qui est un État moderne et un État de droit, en a la capacité ».

Ça, c’est pour les discours. Sinon, il n’y a pas l’ombre d’un doute : le pouvoir s’est soudain senti capable de juger les accusés de crimes contre l’humanité en Côte d’Ivoire parce qu’il ne veut pas extrader des partisans susceptibles d’être réclamés par la CPI, de plus en plus sous pression depuis plusieurs mois maintenant, et plus que jamais avec le procès Gbagbo et Blé Goudé.

Si toutefois il lui arrivait, par miracle, de juger sur place ses partisans, le pouvoir aurait la responsabilité de veiller à ce que ce soit les véritables coupables, quelle que soit leur influence, et non des accusés de substitution. Il a également la responsabilité de faire en sorte que ces procès servent d’exemple par leur impartialité, comme le procès de Simone Gbagbo (*:)) Marrant),  si tant est que celui-ci s’est déroulé dans les règles de l’art. Mais cela reste évidemment à prouver.

Les insuffisances du procès de l’ex-première dame, ainsi que de son beau-fils Michel, et même le statut de pro-Ouattara des supposés futurs inculpés en disent long sur la capacité actuelle de la justice ivoirienne à juger ces derniers sans prendre parti.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le procès Gbagbo et Blé Goudé a des implications qui mettent la justice internationale face à ses devoirs. Ces incidences doivent à coup sûr perturber bien des sommeils au sommet de l’État ivoirien. A moins que le pouvoir ait, dans un premier temps, mis aux « calendes ivoiriennes » le passage devant la justice des pro-Ouattara accusés. Il pourrait dans un second temps se montrer irresponsable en jouant à cache-cache avec la justice, et laisser cette patate chaude entre les mains des futures autorités, à partir de 2020. Pour cela, il faudrait déjà que le RDR (Rassemblement des Républicains, parti d’Alassane Ouattara et principal allié des anciens rebelles ivoiriens parmi lesquels se trouvent les présumés coupables) renonce au pouvoir pour le PDCI (Parti Démocratique de Côte d’Ivoire), comme le stipule l’appel de Daoukro. Ce qui n’est pas gagné d’avance.

J’ose tout de même croire, bien que cela paraisse utopique, que les autorités ivoiriennes feront preuve de responsabilité en n’épargnant pas leurs partisans accusés de crimes de sang. Il en va de la réconciliation nationale, sans laquelle la Côte d’Ivoire ne peut amorcer sereinement sa marche vers l’émergence si chère à ses autorités.

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