« Chassez le rebelle, il revient au galop »

de wikipedia.org CC

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On s’interroge sur la raison qui pousse des chefs d’État, en particulier africains, à se maintenir vaille que vaille au pouvoir après leur temps constitutionnel d’exercice de ce pouvoir ; mais il suffit de se référer à l’origine de leur pouvoir ou à leur passé pour expliquer cet état de fait.

Ainsi Pierre N’kurunziza, qui effectue actuellement un troisième mandat présidentiel au Burundi au prix de centaines de morts, de violations quotidiennes des droits de l’homme, de viols et d’assassinats, en ayant même une Bible en main et un ballon de foot aux pieds, est un ancien rebelle. Il est issu de la rébellion du FDD (force pour la démocratie et la défense) . Sa volonté de se maintenir au pouvoir contrairement à ce que stipule la Constitution de son pays en la matière s’apparente à une rébellion contre les institutions de ce pays.

Dénis Sassou N’guesso, président du Congo, vient de modifier la Constitution de son pays. La limitation de mandats à deux et la limite d’âge ont sauté. Ces modifications lui permettront à lui qui était, non seulement, frappé de la limite d’âge mais aussi empêché de briguer un troisième mandat, d’effectuer d’autres et se maintenir à vie au pouvoir. Mais, rappelons-nous surtout son accession au pouvoir en 1997. Il y parvint après une rébellion armée contre le régime Lissouba.

La modification de la Constitution par ce chef d’État après avoir fait ses deux mandats comme prévus par celle-ci s’apparente également à une rébellion contre cette institution. Elle est incapable de parler, la pauvre Constitution, sinon elle crierait au viol. D’ailleurs les manifestations violentes contre cette reforme représente dame Constitution ou dame Nation qui se débattent contre leurs agresseurs qui, malgré leur farouche opposition, les frappent, les immobilisent et les forcent pour prendre leur plaisir, plaisir que représentent tous les avantages et privilèges liés à la fonction de chef d’État, ainsi que toutes ces choses qu’on s’y permet, notamment les biens acquis frauduleusement.

L’on pourrait trouver objectif et légitime cette reforme constitutionnelle qui, selon, ses instigateurs qui semblent tout droit sortis des livres d’histoire, a pourtant pour but de renouveler les institutions du pays. On peut, à cet effet, désormais faire acte de candidature à la magistrature suprême à 35 ans au lieu de 40. Mais, on oublie soigneusement de dire qu’on peut également être candidat à plus de 80 ans, qu’on peut même casser la pipe au pouvoir après s’y être interminablement maintenu.

Au Congo, on veut tout simplement faire du neuf avec du vieux. La preuve, l’actuelle président qui totalise à lui seul une trentaine d’année de pouvoir s’apprêterait, après cette reforme et avec l’empressement d’un jeune qui n’a jamais goûté au pouvoir, à se représenter à l’élection présidentielle qu’il a pris soin de rapprocher de juillet à mars 2016. Plus qu’une rébellion contre les institutions de son pays, c’est une rébellion contre le bon sens. Mais, c’est quelque part compréhensible puisqu’avec un passé de rebelle, on traîne surement des casseroles qui ne font pas autant de bruits quand on est au pouvoir que quand on n’y est plus.

Au Rwanda, c’est pareil, seulement avec des méthodes différentes. Paul Kagamé, issu de la rébellion ougandaise du NRA (National Resistant Army), puis rwandaise du FPR (Front Patriotique Rwandais), et actuel président du Rwanda briguera un autre mandat, après avoir… pardon, après que la population ait pétitionné, pétitionné, pétitionné pour une modification constitutionnelle lui permettant de demeurer au pouvoir beaucoup plus longtemps que Jésus-Christ sur terre. Mais, entre nous, y a-t-il une différence entre dame Constitution et dame nation qui sont abusée sexuellement avec force et violence comme au Burundi ou au Congo et les mêmes ailleurs qui, parce qu’elles ont une arme sur la tempe, se laissent faire ?

Abdoulaye Wade, ancien président du Sénégal, est l’exception qui confirme la règle : « Chassez le rebelle, il revient au galop ». Maître Wade a en effet échoué à effectuer un troisième mandat très controversé au Sénégal. Sa nature de simple politique a surement été la cause de son échec là où des anciens rebelles seraient passés haut les mains, en enjambant des corps aussi, et devant des loques humaines.

Les chefs d’État qui en sont les adeptes ont-ils une fois pensé à l’avenir de leur pays en se maintenant par divers calculs mesquins ou par la force au pouvoir ? Ils font ainsi le lit du cycle infernal des rébellions. La preuve, au Burundi est née une rébellion contre le pouvoir N’kurunziza.

Apparemment, certains dirigeant africains, et d’autres encore que nous n’avons pas cité ici, et qui feront l’effort de ne pas se reconnaître, ont fait l’extraordinaire choix de ne pas être ceux par qui l’Afrique nouera avec le départ pacifique de la présidence de la République, rompant ainsi avec l’accession sauvage au pouvoir et son exercice avec la même barbarie.

« Chassez le rebelle, il revient au galop. » :

Cet adage s’adresse également au pouvoir ivoirien dont l’ancienne rébellion des forces nouvelles est devenue une alliée. Avec la reforme constitutionnelle à l’horizon en Côte d’Ivoire, Ibrahim Cissé Bacongo, responsable RDR (rassemblement des républicains), parti du président ivoirien, Alassane Ouattara, a simplement proposé d’ « abroger la durée  de la limitation du mandat présidentiel » en Côte d’Ivoire. Ce cadre du parti du président de la République s’insurge ainsi contre un fondement de la démocratie.

Dévoile-t-il par là le vœu secret du RDR qu’Alassane Ouattara qui se réclame démocrate effectue d’autres mandats à la tête de l’État après ses deux mandats constitutionnels ? Une chose est certaine, et en tenant compte des cas N’kurunziza, Sassou N’guesso et Kagamé, Bacongo donne du grain à moudre à ceux qui avaient soupçonné une accointance durant le temps* de la rébellion armée entre le RDR et les rebelles des forces nouvelles et leur branche politique, le MPCI (mouvement patriotique de Côte d’Ivoire) alors dirigé par l’actuel président de l’assemblée national ivoirienne, Guillaume Soro.

Cette relation, a priori, contre-nature est-elle réelle ? Seul l’avenir nous le dira, surtout qu’en 2020, il est prévu, selon un accord (l’appel de Daoukro) entre RDR ET PDCI (parti démocratique de Côte d’Ivoire) que le premier accorde son soutien au second à l’élection présidentielle, comme ce dernier l’a fait quand il s’est agit de soutenir Alassane Ouattara aux élections de 2010 et 2015.

Le RDR se rebellera-t-il contre cet accord en présentant un candidat à la prochaine élection présidentielle en Côte d’Ivoire ? Rien ne le dit clairement, même si ce parti politique a réussi un parfait alliage, politiquement comme militairement, avec les anciens rebelles ivoiriens. Cependant, gardons à l’esprit notre adage : « Chasser le rebelle, il revient au galop ».

* 19 septembre 2002 : Début de la rébellion armée en Côte d’Ivoire qui a officiellement pris fin en juillet 2007 avec la flamme de la paix à Bouaké.

9 Commentaires

  1. On se demandera si l’auteur de ce beau billet n’est pas passé par le maquis avec ADO ou le type des coups de fils assez drôles! ahahah. sinon, il reviendra, à coup sûr, avec un nouveau billet comme les naturels reviennent au galop!

    Bravi man! c’est super bien pensé

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