Pas de spectacle en Côte d’Ivoire en 2015 (ll)

Pascal Affi N'guessan, opposant ivoirien, from Wikipedia Credit common

Pascal Affi N’guessan, opposant ivoirien, from Wikimedia commons

Qui a dit que faire de la politique en Côte d’Ivoire, c’est se donner en spectacle ? D’ailleurs, les rideaux n’ont jamais été levés, la scène n’a jamais été mise ; de comédiens même, il n’en existe pas. Alors comment un spectacle pourrait-il encore avoir lieu en Côte d’Ivoire en cette année d’élection ? L’appel de Daoukro à lui tout seul en est un signe car il privera certainement de spectacle les amateurs de tragicomédie ivoirienne. L’opposition ivoirienne ne demeure pas en reste non plus, car, à travers ses stratégies politiques et son unité, elle affirme plus que jamais son sérieux à conquérir le pouvoir.

Oui, comment la Côte d’Ivoire pourrait-elle se donner en spectacle cette année encore ? Sur ce plan, j’ai une totale confiance en l’opposition de mon pays. Elle compte de sérieux opposants. Ces derniers excellent tellement dans l’opposition qu’ils ont remarquablement fini par s’opposer entre eux. Ainsi vous verrez par exemple qu’au sein même du premier parti de l’opposition : le FPI (Front Populaire Ivoirien), il y a d’un côté des partisans du camp Affi N’guessan et d’un autre côté les frondeurs. Après avoir terrassé David (sic) uniquement à l’aide d’une fronde, le roi David doit certainement se réjouir d’avoir fait des émules des milliers d’années après.

Et puis, cette opposition est tellement engagée à l’opposition aux « politiques hasardeuses » du pouvoir et contre les inégalités, les insuffisances et les injustices sociales qu’elle a fini par s’assigner elle-même en justice. Ainsi, le camp Affi N’guessan, a, en son temps grâce à une première assignation, pu faire reporter le congrès du FPI à une date qui n’existe certainement que sur le calendrier du pouvoir ivoirien auquel Affi N’guessan est supposé être un opposant.

Deuxième assignation : après s’être fait débarqué de la présidence du FPI, le camp Affi N’guessan, toujours, se tourne à nouveau vers la justice ivoirienne pour protester contre ce « coup d’État » réalisé par les frondeurs.

Ces frondeurs ont ainsi réalisé une véritable performance politique contre celui qu’il soupçonne d’être à la botte du pouvoir ivoirien. Pour avoir réussi à chasser Affi N’guessan de la tête du FPI, ils tiennent certainement, en plus du grand politique, du footballeur intrépide qui ne craint pas les crampons (ou peut-être les matraques et les gaz lacrymogènes) de ses adversaires.

Quoi de plus normal puisque nos frondeurs-footballeurs sont en réalité assez rusés pour ne pas aller au contact. Ils évitent ainsi un pouvoir ivoirien qui veille au grain et est dévoué à faire régner la légalité « constitutionnelle » (sic) au sein du FPI, parti d’opposition.

Les frondeurs sont donc assez rusés. Ils préfèrent plutôt jouer dans leur cinq mètres cinquante, quitte à marquer ensuite contre leur propre camp, ou plutôt contre le camp Affi N’guessan.

Avec de telles performances politiques, qui peut encore prétendre que faire de la politique en CI, c’est se donner en spectacle ? Ce n’est certainement pas Madame Nady Bamba, elle qui a arraché les clefs de sa maison au camp Affi N’guessan après que celui-ci ait été évincé de la tête du FPI par les frondeurs du parti. Rappelons que cette maison servait de siège provisoire au FPI.

De mauvais critiques politiques diront que le FPI prépare la réélection du président Ouattara. Mais la tête de file de notre opposition (le FPI), et l’opposition ivoirienne en général ne peut se donner ainsi en spectacle en se combattant elle-même. La preuve, cette opposition s’est coalisée. Elle se renforce ainsi avec les frondeurs du PDCI (parti démocratique de Côte d’Ivoire), les frondeurs du FPI, les anciens du FPI, notamment Mamadou Coulibaly et « d’autres  partis politiques de l’opposition, comme par hasard, sortis des entrailles du FPI ».

Au regard de cette judicieuse stratégie politique, qui peut encore prétendre que faire de la politique en Côte d’Ivoire, c’est se donner en spectacle ?

Après s’être coalisé, l’opposition ivoirienne new look est ainsi prête pour affronter le président Ouattara car son caractère hétéroclite ne rend pas improbable la désignation d’un candidat unique (sic).

Cette opposition peut ainsi affronter le président Ouattara car son caractère hétéroclite ne rend pas improbable l’élaboration d’un programme de gouvernement clair (sic). D’ailleurs de programme de gouvernement, les Ivoiriens n’en ont pas besoin, puisque le vote tribal et régional est le plus grand argument de compagne en Côte d’Ivoire ;

D’ailleurs, de programme de gouvernement, les Ivoiriens n’en ont pas besoin puisque l’on pourrait par exemple retourner dans le passé et battre campagne avec l’ivoirité. Le débat sur l’article 35 de la constitution qui commence à enfler en est une preuve. Rappelons que cet article dit que le candidat à l’élection présidentielle

 » doit être ivoirien d’origine, né de père et de mère eux-mêmes ivoiriens d’origine. Il ne doit n’avoir jamais renoncé à la nationalité ivoirienne. Il ne doit s’être jamais prévalu d’une autre nationalité »

Et la démission du président du conseil constitutionnel serait lié à son refus de violer cet article qui viserait directement le président Alassane Ouattara, selon ses détracteurs.

On pourrait encore retourner dans le passé pour battre campagne avec des questions du genre : « qui a envoyé la guerre en Côte d’Ivoire ? Ou qui est le commanditaire du coup d’État de décembre 1999 ? », coup d’État, qui pour les Ivoiriens, serait la source de tous les malheurs de leur pays. Et puis, le seul fait que l’acquisition du pouvoir pourrait être une véritable aubaine pour des règlements de compte pourrait suffire à se coaliser malgré les différences de vision et de projets de société. Mais pour que des visions et des projets de société soient différents, il faut qu’il en existe. Ce n’est pas la nouvelle coalition des frondeurs et d’autres opposants qui dira le contraire, elle qui semble avoir fait du tout sauf Ouattara son slogan.

Avec de telles performances politiques de notre opposition, il n’y a aucun doute qu’il n’aura pas de spectacle en Côte d’Ivoire en cette cette nouvelle année d’élection ?

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