Pas de spectacle en Côte d’Ivoire en 2015 (I)

Un éléphant charge une giraffe dans la savane africaine via wikipedia.org cc

Un éléphant charge une giraffe dans la savane africaine via wikimedia.org cc

Qui a dit que faire de la politique en Côte d’Ivoire, c’est se donner en spectacle ? D’ailleurs, les rideaux n’ont jamais été levés, la scène n’a jamais été mise, de comédiens même, il n’en existe pas, alors comment un spectacle pourrait-il encore avoir lieu en Côte d’Ivoire en cette année d’élection ?

Moi non plus, je ne dis pas que faire de la politique en Côte d‘Ivoire, c’est pareil à faire du théâtre. D’ailleurs, au PDCI (Parti Démocratique de Côte d’Ivoire), on refuse de se donner en spectacle. La preuve, on s’accuse mutuellement de « frondeurs », voire de « rebelle ». Les 4 cadres du PDCI opposés à l’appel de Daoukro et candidat à la candidature à la présidentielle d’octobre 2015 en Côte d’Ivoire sont traités de « frondeurs » par le président Bédié. Ces 4, que sont Essy Amara, Charles Konan Banny, Jérôme Brou Kablan et Kouadio Konan Bertin (alias KKB), sont aussi traités de la sorte par les partisans de la candidature unique du président Alassane Ouattara. Ces derniers, que les journaux proche du RDR (Rassemblement Des Républicains, parti d’Alassane Ouattara) qualifient de « bande des 4 » traitent à leur tour Konan Bédié d’autocrate :

« L’appel, affirme Jérôme Brou Kablan sur RFI, nous croyons que c’est un appel qui ressemble à un diktat parce que émanant de quelqu’un qui, un jour, est tombé dans les pratiques autocratiques. C’est ça qui nous a révoltés. S’il y a rébellion, s’il y a une faute, il faut bien être clair et précis pour dire c’est Bédié et ceux qui le cautionnent qui sont les frondeurs ».

Avec cela, qui peut encore affirmer que les cadres du PDCI se donnent en spectacle ?

Mais comment ces personnages sont-ils arrivés à ne pas se donner en spectacle ? Tout a commencé par l’appel de Daoukro. Cet appel, à lui tout seul, résume le fait que la politique en Côte d’Ivoire n’a jamais été un spectacle.

Petit rappel : Appel de Daoukro : affirmation du président Konan Bédié (président du PDCI) de faire d’Alassane Ouattara (appartenant au RDR), le candidat du PDCI à l’élection présidentielle de 2015. Pourtant, deux ans auparavant, un précédent congrès du PDCI avait décidé que ce parti aurait un candidat aux élections de 2015. Les partisans de l’appel de Daoukro le justifient par la nécessité de préserver la paix en Côte d’Ivoire.

Petit retour dans le passé pour expliquer cette idée : souvenons-nous l’élection présidentielle tumultueuse de 2010. Elle avait opposée au deuxième tour Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara et s’était prolongée dans une éprouvante crise post électorale.

Pour revenir à l’appel de Daoukro, on est tenté de se demander d’où vient le risque qu’une élection ouverte, sans a priori le principal opposant Laurent Gbagbo, entrainera la guerre en Côte d’Ivoire ? Seul le président du PDCI pourra répondre à cette question, lui qui a muri tout seul et lancé l’appel de Daoukro. Mais les Ivoiriens ne sont pas dupes car l’histoire risque de se répéter dans leur pays. La démission du président du conseil constitutionnel à quelques mois des élections en est un signe.

En Côte d’Ivoire, ça spécule au sujet de la raison de cette démission. Pour certains, elle serait dû à un forcing du président de la République en vue de sa réélection, pour d’autres par contre, et à travers un véritable voyage dans l’esprit du président du conseil constitutionnel, c’est plutôt par orgueil que ce dernier a  démissionné après avoir été mis en minorité dans un débat au sein de l’institution qu’il dirigeait.

Dans tous les cas ça spécule au sujet des raisons de cette démission. Mais quelle qu’en soit les causes, c’est le symbole même de cette démission qui est plus parlant. On peut même n’accorder aucune importance à ce symbole car  par rapport à celui-ci  un autre symbole est encore plus significatif. Il s’agit de la nomination par le président de la République d’un de ses proches  à la tête de cette institution en remplacement au président démissionnaire.

Souvenons-nous,  avant les élections présidentielles de 2010 en Côte d’Ivoire, soit en 2009, le président de la République d’alors avait profité de la fin du mandat du président du conseil constitutionnel pour nommer à ce poste l’un de ses proches, M. Paul Yao-N’dré. Et le résultat de cette stradégie politique, on le sait : d’abord, une véritable comédie : les partisans de La Majorité Présidentielle empêchent la proclamation des résultats des élections présidentielles du second tour devant les cameras du monde entier, le président du conseil constitutionnel annule des résultats et annonce vainqueur de ces élections le président de la République sortant, son proche, alors que le président de la CEI (commission électorale indépendante) annonce vainqueur des élections, l’adversaire du président sortant. A cette grande comédie, suit une véritable tragédie : 3000 morts officiellement.

Mais au fait, je me rends compte que j’ai fait de la contrevérité dans ce petit souvenir car tous ces événements n’ont jamais été de la comédie, les politiciens ivoiriens ne sont pas des plaisantins. Cette succession d’événements a simplement été le résultat d’une réelle performance politique de nos politiciens. Voilà tout. Vive donc nos politiciens !

Revenons en 2015. Le président du conseil constitutionnel démissionnaire a été remplacé à son poste par M. Mamadou Koné, C’est un grand juriste, comme M. Paul Yao N’dré en son temps. Le nouveau président du conseil constitutionnel fait cependant partie de la coalition au pouvoir en Côte d’Ivoire : le RHDP (le Rassemblement des Houphouetistes pour la Démocratie et la Paix). M. Paul Yao N’dré, lui, à l’époque, était aussi membre du parti politique au pouvoir d’alors.

Je ne dis pas qu’il y a un nouveau recommencement ou une re-parfaite répartition des rôles pour que l’histoire se répète en Côte d’Ivoire. D’ailleurs, la politique en Côte d’Ivoire n’est pas un spectacle. Et puis, nos politiciens ne sont pas des comédiens. Mais, en se référant simplement au brillantissime passé politique de notre pays, on peut tout de même aisément imaginer la suite du film.

On peut par la même occasion percevoir qu’à travers son appel lancé avant la démission du président du conseil constitutionnel, le président Henri Konan Bédié, loin d’être un comédien, est un véritable visionnaire. Comme on le dit en Côte d’Ivoire : « Il a vu dans le film ». Et la suite des événements pourraient lui donner raison. D’où l’appel de Daoukro, censé justement ne pas lui donner raison. Autrement dit, grâce à son appel, la président Bédié évitera une nouvelle guerre en Côte d’Ivoire. Vive donc le président Bédié !

Le président Henri Konan Bédié fait donc preuve de prudence à travers son appel. Mais un proverbe baoulé dit : « Être prudent ne signifie pas avoir peur ».

Si préserver la paix, ce n’est pas avoir peur de la guerre, alors l’appel de Daoukro censé justement garantir cette paix ne serait que de la pure comédie. Mais l’appel de Daoukro, ce n’est pas de l’amusement, c’est du sérieux.

Grâce à cet appel, la Côte d’Ivoire aura la paix pour toujours. La preuve, il n’a jamais créé de dissensions au sein du PDCI car il a favorisé le rassemblement de Essy Amara, Charles Konan Banny, Kouadio Konan Bertin et Jérôme Kablan Brou et de tous leurs soutiens autour du président Bédié.

Grâce à cet appel, le président du conseil constitutionnel n’a jamais démissionné ; grâce à cet appel, un proche des autorités actuelles n’a jamais été nommé président du conseil constitutionnel ;

grâce à cet appel, le président de la République n’est pas soupçonné de vouloir tripatouiller la constitution ivoirienne en  modifiant l’article 35 de la constitution qui, selon ses opposants, pourrait l’empêcher de briguer un nouveau mandat présidentielle ;

grâce à cet appel, la Côte d’Ivoire n’est pas retournée 30 ans en arrière, au temps du parti unique ;

grâce à cet appel, la Côte d’Ivoire ne se donnera pas en spectacle devant les cameras du monde entier lors des élections de cette année ;

grâce à cet appel, il n’y aura pas d’autres 3000 morts ;

grâce à cet appel, justice sera rendu à tous ces morts, même au personnes tuées avant ;

grâce à lui, les anciens combattants seront tous désarmés et réinsérés ; grâce à cet appel, les soldats ne se soulèverons plus ;

grâce à cet appel, il n’y aura plus de corruption en Côte d’Ivoire ;

grâce à cet appel, l’indice de la pauvreté baissera en Côte d’Ivoire ;

grâce à cet appel, les jeunes gens de Côte d’Ivoire ne seront pas désœuvrés ;

grâce à cet appel, règnera la liberté d’expression dans notre pays ;

oui, grâce à l’appel de Daoukro, les cadres intègres de l’administration ivoirienne, comme Madame Evelyne Yapo, ex directrice de l’École Nationale d’Administration, ne seront pas limogés.

L’appel de Daoukro, à lui tout seul, n’apporte que grâces à la Côte d’Ivoire. Par conséquent, la politique aussi. Avec cela, qui peut encore prétendre que faire de la politique en Côte d’Ivoire, ce n’est rien d’autre que se donner en spectacle ?

Donc, cette année encore, on ne lèvera pas les rideaux dans mon pays. Il n’y aura pas de spectacle. Cependant, des personnes y ont choisi de faire les 1000 Ave Maria ou de méditer le chapelet du Crucifié. Cela, pour la simple raison que la danse d’un seul éléphant euphorique pourrait faire au moins autant de dégâts que le combat de deux éléphants en furie …

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