Côte d’Ivoire : enlèvement des enfants, la population entre psychose et colère

rassemblement devant une école primaire Crédit photo : Christ Koffi

Rassemblement de parents d’élèves devant une école primaire à Yopougon Crédit photo : Christ Koffi

 

Depuis plusieurs mois maintenant, la Côte d’Ivoire fait face à l’horrible phénomène d’enlèvement d’enfants. Ce phénomène est d’autant plus ignoble que ces enfants sont retrouvés morts avec des parties de leur corps manquant. J’en avais même parlé dans un précédent billet en décembre. Mais ces derniers temps, ce phénomène a pris des proportions inquiétantes. Les autorités ivoiriennes, jusqu’alors malheureusement muettes, commencent à s’y intéresser au point de prendre des mesures pour rassurer les parents. Mais, apparemment, la population n’est pas rassurée.
Ce jeudi matin, je sors de chez moi à 8 heures. Les gens vaquent normalement à leurs occupations. Après avoir cherché en vain une connexion dans des cybers café de mon quartier, je décide de remettre à plus tard tout ce que j’avais à faire sur le net ce matin là. Aux environs de 11 heures, en train de travailler à la maison, je sens qu’il y a beaucoup d’agitations dehors. En tendant l’oreille, des récits d’enlèvement d’enfants, le matin même, et dans mon quartier, me parviennent. Je décide donc de sortir pour aller me rendre compte de moi-même de ce qu’il se passe.

Parents partis chercher leurs enfants à l'école Crédit photo : Christ Koffi

Parents partis chercher leurs enfants à l’école Crédit photo : Christ Koffi

Dès que je me retrouve dehors, je me rends compte que c’est la panique : des parents rentrent précipitamment à la maison avec leur enfants qu’ils sont allés chercher à l’école et dont ils tiennent fermement la main ou qu’ils portent au dos ou dans les bras.

Je remonte la rue. Devant une première école primaire de mon quartier, il y a une foule compacte et très agitée. Pères, mères, grands frères, grandes sœurs, oncles, tantes ou domestiques sont venus chercher les enfants à l’école. Mais, impossible de laisser partir ceux-ci sans la présentation de la carte scolaire, selon le directeur, lui-même à la tâche au portail ce jeudi matin.
Je décide de faire un tour dans le quartier. C’est la panique partout dans les rues, comme devant les écoles primaires. En allant un peu plus loin, je vois un groupe de femmes en short ou en pantalon et avec de casseroles. Elles tentent d’improviser une marche pour protester contre l’enlèvement des enfants. Mais elles n’auront que leur bouche pour proférer des malédictions contres les auteurs de ces enlèvements. La marche n’a pas eu lieu. Elle s’est plutôt et très vite transformée en contrôle des voitures. Avec l’aide de jeunes gens qui érigent des barrages, ces femmes se mettent à fouiller les voitures qui passent par là, à la recherche des enfants qui auraient été enlevés ce matin là. Les nombreuses déviations dans Niangon (Yopougon) permettent d’avoir un grand nombre de voitures à fouiller. Ces femmes sont par ailleurs décidées à en découdre avec les automobilistes qui montrent la moindre réticence à laisser fouiller le coffre de leur véhicule.

Fouille de véhicules à Yopougon Crédit photo : Christ Koffi

Fouille de véhicules à Yopougon Crédit photo : Christ Koffi

Il est midi.  Un peu plus loin se trouve un centre de protection de la petite enfance ou une école maternelle publique. Les maîtresses causent entre elles devant le portail car elles ont libérés leurs petits élèves depuis bien longtemps.

Ce jeudi après midi, il n’y aura pas cours dans les écoles du quartier, et même ce vendredi, les enfants sont à la maison.
Après avoir tenté de vérifier les informations d’enlèvement d’enfants ce jeudi matin, je me rends compte qu’il ne pourrait s’agir que d’une simple rumeur car le lieu de l’enlèvement des enfants, et le nombre de ces enfants varient selon les personnes et les versions. Il ne faut néanmoins pas minimiser les événements, ni ignorer la psychose et la colère que ce phénomène crée dans Abidjan car à Marcory, Yopougon et attécoubé, des communes d’Abidjan, des suspects ont été lynchés.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que, excédées par la persistance des rapts d’enfants, les femmes ont décidé de faire la police à ces kidnappeurs d’enfants qui les utilisent pour des sacrifices. Selon le ministre de l’intérieur 21 cas de disparition d’enfants ont été signalés aux forces de l’ordre. Les auteurs de ces enlèvements seraient selon Madame la ministre de la famille, de la femme et de l’enfant, Madame Anne désirée Ouloto : « des jeunes gens (…) d’un âge variant entre 15 et 25 ans qui seraient en général menés par des personnes tapies dans l’ombre, des diseurs de bonne aventure qui promettent richesse à ces enfants là (les jeunes gens) ».
Ainsi, comme on le voit, et selon cette déclaration de la ministre, les auteurs de ces crimes sont au moins à deux niveaux : les exécutants et les commanditaires. Ce qui annonce déjà la difficulté à mettre fin à ce phénomène. C’est sans doute pour cette raison que 1500 éléments des forces de l’ordre sont mis à contribution par le ministère de la sécurité et de l’intérieur.
Le clergé ivoirien même n’a eu de cesse d’interpeller les Ivoiriens sur ce phénomène horrible d’enlèvement des enfants dont la motivation est l’enrichissement facile et illicite. Et, les évêques ont enfin formalisé leur répugnance de ce phénomène à travers une déclaration commune dans laquelle ils appellent simplement les hommes politiques à éviter les crimes rituels.
Bref, ainsi se présentait ce jeudi matin dans Niangon. Nous espérons seulement que la mobilisation générale contre le phénomène d’enlèvement des enfants à Abidjan permettra de mettre un terme à cet acte immonde et d’arrêter les auteurs de celui-ci. Dans le cas contraire cette mobilisation créera la psychose parmi la population et la colère de celle-ci avec ce que cela peut engendrer comme victimes collatérales ou drames. Pour éviter cela, il revient aux autorités ivoiriennes d’assurer leur responsabilité : la sécurité des Ivoiriens.

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